Un mort à Charlottesville : Pourquoi la droite peut maintenant nous tuer

Le site américain CrimethInc a fait un texte sur l’attaque de Charlottesville et sur ce qui a amené à cette situation prévisible. Des rassemblements spontanés ont été organisés un peu partout dans le monde dès l’annonce de l’attaque, d’autres rassemblements sont prévus, n’hésitez pas à nous envoyer vos initiatives. Ni Oubli Ni Pardon :

Aujourd’hui, à Charlottesville en Virginie, des participantEs à un rassemblement fasciste sont passéEs à l’acte après les menaces, en conduisant une voiture contre la foule, tuant au moins une personne.

Nous ne sommes pas surprisEs.

En novembre, pendant le Standing Rock, la police avait failli arracher le bras d’une jeune fille de 21 ans, Sophia Wilansky, avec une grenade à concussion (qui produit une puissante onde de choc).

Les autorités du Dakota Nord n’avait alors pas répondu en condamnant la police pour ces violences, mais en proposant un projet de loi qui légitimerait les conducteurs amenés à renverser des manifestants.

Lors d’une manifestation antifasciste à Seattle en janvier, au moment de l’investiture de Trump, un militant de Alt-right avait tiré et blessé au ventre Hex, un manifestant anti-fasciste, membre du syndicat IWW (Industrial Workers of the World), non armé, l’envoyant plusieurs semaines à l’hôpital. La police avait initialement refusé de mettre en examen le tireur pour crime, tout en continuant de condamner, et de réprimer les manifestantEs antifascistes.

Après ces coups de feu à Seattle, nous avions écrit que le alt-right était "en train de travailler activement pour donner un élan à la création d’un mouvement fasciste, qui ne s’arrêterait pas sans meurtres".

Aujourd’hui le meurtre d’une militante antifasciste est le premier à se produire pendant une manifestation. Ce ne sera probablement pas le dernier.

Quand l’État passe le message que la police mais aussi des totalitaristes peuvent librement attaquer et blesser ceux qui protestent contre le racisme et l’injustice, personne ne devrait être surpris que cela se reproduise.

Quand l’État change ses lois pour permettre de tuer des manifestantEs avec des véhicules, personne ne devrait s’étonner que le alt-right réponde à l’invitation.

Pendant ce temps, le gouvernement a l’intention d’utiliser cette tragédie pour consolider sa position. Trump a condamné la haine et le sectarisme "aux différentes facettes", en entretenant le flou sur l’identité de ceux et celles qui perpétuent des violences et de ceux et celles qui les subissent, ainsi que sur les valeurs qui opposent les antifascistes et la haine des fascistes. Melania Trump est intervenue pour rappeler que "rien de bon n’émerge de la violence" – mettant de nouveau sur le même plan l’engagement antifasciste et le crime fasciste – pendant que son mari ravive la menace d’une catastrophe nucléaire, en conduisant le monde au bord du gouffre.

Et pendant que nos amis saignent dans les rues ou refroidissent à la morgue, les violences néonazies inexcusables atteignent un niveau qui n’avait pas été vu depuis des années, et le maire de Charlottesville nous dit de "rentrer à la maison". Il ne peut pas venir et dire "un néonazi a tué une personne qui se battait contre la suprématie blanche pendant que j’étais là et que je ne faisais rien". Alors il a diplomatiquement déclaré qu’ "une vie avait été perdue", comme un trousseau de clé que l’on aurait égaré, au lieu de dire qu’un horrible acte de violence raciste venait d’être délibérément commis.

Le discours autour de ’la loi’ et de ’l’ordre’ fonctionne de la même façon, que ce soit dans la bouche des libéraux comme le maire Signer, ou dans celle des zélateurs du culte de Blue Lives Matter. Il s’appuie sur nos peurs de la violence et du chaos pour nous convaincre que la seule alternative est d’accepter le status quo économique, politique, et racial, défendu par une surveillance et un contrôle toujours accrus.

Mais nous devons prendre conscience que ce sont leurs lois et leur ordre qui génèrent précisément cette situation – une situation dans laquelle les profits des entreprises pétrolières et gazières valent plus que la vie des défenseurs de l’eau, parmi lesquels les policiers ont tué des hommes noirs en toute impunité, parmi lesquels les nazis porteurs de flambeau peuvent tuer ceux qui s’organisent pour mettre un terme à leur programme raciste.

Nous devons identifier les forces latentes de leurs lois et de leur ordre – la suprématie blanche, le patriarcat, la police, le capitalisme, et l’État. Nous devons travailler ensemble pour nous préserver et ré-imaginer le monde sans eux.

Non, nous ne rentrerons pas à la maison. Nous n’oublierons pas. Et si nous pouvions un jour oublier, ce sera seulement lorsque nous serons sûrs que ni les policiers ni les fascistes ne seront plus jamais en mesure de causer le moindre mal à quoi que ce soit de vivant.

A bientôt dans les rues.
Traduction La Horde