Menaces racistes dans une école corse : actes spontanés ou organisés ?

Mise à jour le 18 juin 2015 à 18h :

À Prunelli-di-Fiumorbu, en Haute-Corse, c’est bientôt la kermesse de fin d’année à l’école primaire : dans ce cadres, deux institutrices ont proposé à leur élèves de CE2 et CM1 de reprendre la célèbre chanson de John Lennon, Imagine , mais en plusieurs langues, parlées par les élèves ou étudiées en classe : un couplet en français, un autre en corse, un autre en anglais, un autre encore en espagnol et enfin un dernier en arabe. Mais une dizaine de parents se sont concertés pour refuser que leur progéniture apprenne ce dernier couplet, allant jusqu’à menacer de ne plus envoyer leurs enfants à l’école, et, plus grave encore, de siffler le couplet en arabe pendant la fête ! Leur motivation ? Le refus de "l’islamisation", amalgamant au passage langue et religion, comme c’est désormais l’habitude dans les propos racistes (qu’il semble loin le temps où c’est le couplet en français qui aurait été boycotté…). Alors que les enseignantes avaient proposé une "dispense" pour les enfants de ces parents racistes (ce qui est en soi problématique) ces mêmes parents ont maintenu leurs menaces sur la kermesse, prévue le 26 juin prochain. Hier, mercredi 16 juin, une inscription raciste en corse ( arabi fora , "les arabes dehors", avec un petit cercueil dessiné) a été tracé en grosses lettres devant l’école…

Il faut souligner la région de Prunelli-di-Fium’orbu est une région où est concentrée une grande partie de la communauté pied-noir. Ces rapatriés après la guerre d’Algérie expriment, depuis de nombreuses années dans cette micro-région, un sentiment raciste à l’encontre de la communauté maghrébine de l’île, notamment autour de la ville de Ghisunaccia. À noter également, pour terminer la tableau, que la fondatrice Front National de la Jeunesse (FNJ) en Corse, Estelle Massoni a été candidate aux cantonales de 2011 à Prunelli.

S’agit-il d’une initiative isolée et spontanée, ou bien d’un coup prémédité et organisé [1]  ? Difficile de le dire à l’heure actuelle. La question peut cependant légitimement se poser quand on connait qui dirige l’Association des Parents Corses (APC), une association de parents d’élèves majoritaire sur l’île, présidée par Denis Luciani, professeur à l’université de Corte et membre de Femu a Corsica, mais aussi proche du cercle Petru Rocca, qui avait organisé en 2013 un débat sur « La Corse et l’Islam » dans le cadre d’une journée sur l’avenir de la Corse… Le bonhomme est également un farouche défenseur du droit du sang, définissant la communauté corse comme " une communauté charnelle ayant une terre, une langue, une culture, son atavisme propre. " Dans ces circonstances, on ne serait pas étonné qu’il s’agisse d’une campagne raciste organisée, et non pas une réaction "épidermique" de parents isolés, comme les faits sont présentés jusqu’à présent. Mais aucun élément pour l’instant n’implique l’APC dans cette affaire.

Le prisonnier politique, Nicolas Battini,jeune indépendantiste, membre de Ghjuventù Indipendentista (GI), actuellement incarcéré depuis fin 2013, détenu à Bois d’Arcy, en attente de jugement, a écris un message en langue corse de sa cellule pour condamner cet acte raciste et apporter son soutien inconditionnel aux enseignantes de Prunelli-di-Fium’orbu. Il finit son message par I Fascisti Fora ! (les fascistes dehors !).
La Horde

Notes

[1On a reçu le message suivant sur FB (extrait) : " Je peux vous dire que rien n’était organisé,connaissant moi même un des parents qui c’est opposé et qui n’a rien a voir avec une quelconque organisation politique.Il est vrai que pour chaque personne la chose peu différer et que le racisme est bien évidemment présent mais pas pour tous. Nous sommes confrontés parfois à des choses où ont a du mal à trouvé une opinion juste.Quand on peu voir que dans la commune voisine la communauté arabe à refusé que leurs enfants apprennent le Corse mais cela n’explique pas cela. Je tiens à préciser que je ne soutient en aucun ces actes racistes je tenais seulement à vous faire part de ces informations qui ne changent que peu de choses face à la réalité des actes ."