Genève, 9 novembre 1932 : l’armée tire sur une manif antifasciste, 13 morts

Novembre 1932, partout en Europe et aux Etats-Unis c’est la crise économique. Depuis dix ans le fascisme règne en Italie, toutes les libertés sont supprimées. Les procès politiques se suivent. En Allemagne Hitler prépare le dernier assaut décisif qui le conduira au pouvoir le 30 janvier 1933. À Genève, l’Union Nationale de Géo Oltramare rêve d’instaurer en Suisse une dictature fasciste. L’un de ses membres siège depuis deux ans au Conseil d’Etat à côté des Radicaux et Libéraux. Leurs défilés en uniforme dans les rues n’ont qu’une cible : le Parti socialiste de Léon Nicole, et avec lui, tout le mouvement syndical et la gauche genevoise. Chronologie des faits :

1930  Elections cantonales : le Parti socialiste qui compte 37 sièges au Parlement genevois n’est pas représenté au Conseil d’Etat, où on n’y trouve que des représentants de la droite *.

1931  La gauche dénonce toute une série de scandales politiques et financiers, un Conseiller d’Etat radical démissionne.

1932  La Suisse compte 4 millions d’habitants et 54’000 chômeurs. Genève compte 178’374 habitants, 93’249 sont actifs et 29’514 sont assurées contre le chômage. Plus de 8’000 personnes sont au chômage, dont 1410 seulement reçoivent des secours des caisses d’assurance chômage.

Février  
Lors de la Conférence pour le désarmement à Genève le Conseil d’Etat fait appel à l’armée, des mitrailleuses sont montées sur des camions des travaux publics.

Juin  
La fusion de l’Ordre politique national (OPN, parti fasciste) et de l’Union de défense économique (UDE, issue des milieux patronaux) crée l’Union nationale (UN).

5 novembre  Apparition sur les murs de la ville de l’affiche annonçant la « Mise en accusation publique des sieurs Nicole et Dicker » pour le mercredi 9 novembre à 20h30 dans la salle communale de Plainpalais.

6 novembre  Le Parti socialiste demande l’interdiction de l’assemblée de l’UN.

7 novembre  Réponse négative du Conseil administratif de la Ville de Genève.

8 novembre  Réponse négative du Conseil d’Etat genevois. L’assemblée générale du Parti socialiste décide d’une contre-manifestation pour le lendemain.

9 novembre 

17h30  Arrivée à Genève des 610 soldats envoyés par le Département militaire fédéral à la demande du Conseil d’Etat genevois du même jour.

19h10  Arrivée des premiers contre-manifestants.

20h30  Début du meeting de l’Union nationale.

21h15  La 1ère compagnie, soit 108 hommes, se déplace du boulevard du Pont-d’Arve vers la rue de Carouge, elle traverse la foule de la queue de la contre-manifestation de la gauche, 18 soldats sont désarmés.

21h34  La troupe est rassemblée dos au mur du Palais des expositions et, sur le commandement du Major Perret, ouvre le feu : 150 coups sont tirés provoquant la mort de 13 personnes et en blessant 65.
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