Béziers : les policiers municipaux mis en cause dans la mort de Mohamed Gabsi

En avril dernier, Mohamed Gabsi, 33 ans, a trouvé la mort lors d’une interpellation particulièrement brutale menée par la police municipale de Béziers, dont Robert Ménard n’a fait que renforcer le pouvoir depuis son arrivée à la mairie en 2014. On apprend aujourd’hui qu’au moins un des policiers se serait acharné sur lui…

Il aura donc fallu plus de huit mois pour que le parquet de Béziers se décide à placer en garde à vue les trois policiers municipaux pour «  violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner par personne dépositaire de l’autorité publique » et pour « non-assistance à personne en péril » À titre de comparaison, il aura fallu moins de huit jours pour arrêter et condamner à six mois de prison un Biterrois d’origine ivoirienne qui avait résisté à des policiers municipaux qui voulaient contrôler son attestation…

Au moment des faits, la presse, par exemple ici, avait signalé « la mort d’un SDF », « victime d’un malaise » au moment où « des policiers venaient de le déposer devant le commissariat de police ». Il était même précisé que la victime était « toxicomane », « connue des services de police », « très énervé [e] » nous précisait France bleu, et qu’elle se serait « rebellé et s’en est pris au véhicule des policiers » lors de son arrestation. Les journalistes, comme souvent dans ce genre d’affaires, reprenaient ainsi mot pour mot la version policière, dont on apprend aujourd’hui sans surprise qu’elle diffère fortement de ce qui s’est réellement passé.

Dix jours plus tard en revanche, alors que la mort de ce père de trois enfants avait provoqué des réactions de colère dans la population, la presse n’a pas manqué de signaler les « appels au suicide ou menaces de prendre une balle perdue » qui visaient les pauvres policiers municipaux, faisant d’eux les véritables victimes dans cette affaire.

Aujourd’hui, l’enquête apporte de nouveaux éléments. D’abord, on apprend que la victime était en possession d’une attestation dérogatoire horodatée à 17 heures. Ensuite, que la victime souffrait de schizophrénie, ce qui est de nature à expliquer une réaction possiblement violente. Enfin et surtout, si on en croit l’article très détaillé du Parisien, les policiers se seraient défoulés sur cet homme plus qu’ils n’auraient cherché à le maîtriser.

Si la scène s’est déroulée hors du champ des caméras de vidéosurveillance de la ville (dont le nombre a pourtant doublé à l’initiative de Ménard), deux témoins, depuis leur appartement situé au rez-de-chaussée, rapportent une version bien différente de celle des policiers. L’un a ainsi entendu un des policiers présents dans la voiture dire à la victime « je vais te faire dormir », et dire à un de ses collègues « laisse-moi le ». Le témoin dit ensuite avoir vu la voiture bouger, et le policier en sortir essoufflé et dire en rigolant : « ça fait du bien ». On apprend également que ce même agent aurait enfoncé ses genoux dans le cou de Mohamed Gabsi, dont la tête pendait à l’extérieur de la voiture…

Depuis le début de la crise sanitaire, la ville de Béziers s’est illustré en étant la ville moyenne ayant dressé le plus d’amendes pour non respect du port du masque ou défaut d’attestation, avec plus de 2 900 amendes dressées en trois semaines au mois de novembre (c’est pourtant au sein de la police municipale qu’on a constaté un cluster avec 17 policiers testés positifs !). Il y a un mois, Robert Ménard avait osé déclarer à ce propos, faisant mine d’ignorer le décès de Mohamed Gabsi : « On essaie de faire attention à ne pas verbaliser à tort ou à travers . » 

L’affiche qui avait fait parler d’elle en 2015…

Le maire de Béziers ne risque pas, il est vrai, de mette en cause sa police municipale, lui qui a tout fait pour qu’elle se sente tout permis : ceux qui se surnomment eux-mêmes les "GIPM", en référence au GIGN et au GIPN, se prennent pour de véritables cow-boys, surtout depuis que Ménard les a équipés de pistolet 7.65… Le collectif antifasciste Visa 34 rappelle qu’en 2018, les Biterrois ont déposé 6,5 fois plus de plaintes contre la PM que l’ensemble des Français contre la police nationale.
La Horde