Attentat contre Charlie hebdo : ne pas céder à la panique

Nous publions un texte du fanzine Spasme, basé sur Avignon, qui participe à la réflexion à mener face au discours simpliste de "l’unité nationale", même si nous avons quelques réserves sur une partie de l’analyse (en particulier concernant les intentions prêtées aux auteurs de l’attentat).

Que l’on soit clair dès le début : Charlie Hebdo n’était plus un journal contestataire depuis un bon moment. Les amitiés entre l’ancien patron du titre, Philippe Val, et Nicolas Sarkozy sont là pour le prouver. Cela fait par ailleurs plusieurs années que le journal vend du papier en libérant une parole islamophobe de plus en plus assumée à gauche. Malgré tout rien ne justifie l’attentat perpétré contre les membres de la rédaction de ce titre. Cet événement est tragique et il ne peut être pardonné.

Face à l’émotion que l’on ressent il nous faut cependant garder raison. Il est plus que nécessaire de prendre du recul sur la situation et regarder où tout cela tend à nous mener. Cet attentat islamiste va plus loin qu’une simple vengeance au nom du « prophète ». Le but est clairement de diviser la société française et plus particulièrement les classes populaires. Comme le note un très bon article du blog quartiers-libres, en s’attaquant à un journal bénéficiant encore de sympathie chez une partie de la gauche, les intégristes religieux tentent de rompre les digues déjà bien mal en point de l’anti-racisme et d’agrandir encore un peu le fossé entre la population française « de souche » et celle « originaire de l’immigration ». L’effet s’en est fait ressentir dès les premières heures suivant l’attentat. Les appels à l’« unité nationale » et à des « marches républicaines » se sont multipliées dans un esprit cocardier des plus douteux. À Avignon sur la place de l’Horloge on a entonné la Marseillaise et visiblement on ne s’est pas offusqué, ou mollement, de la présence manifeste au rassemblement d’identitaires arborant drapeaux et brassard tricolore ainsi que t-shirt à tête de cochon. Nul doute que ces derniers ont en tête une idée très précise de qui est suceptible d’avoir un « sang impur ».

Mais par cette attaque, les islamistes visent certainement en premier lieu la population française d’origines maghrébine et africaine. Ils tentent de l’acculer dans une position intenable pour l’amener à choisir entre la peste et le choléra. Soit elle rase les murs et soutient une République qui lui crache à la figure depuis trop longtemps et continuera de le faire, soit elle se soumet aux réactionnaires intégristes qui prétendent la protéger et lui rendre sa fierté. Dans les deux cas il n’est plus question d’aucune liberté. À l’heure où nous écrivons ces lignes une mosquée a été visée par plusieurs grenades d’exercice au Mans, un restaurant où se retrouvait habituellement des membres de la communauté musulmane à Villefranche à été ciblé par une attaque à la bombe et à Poitiers une mosquée a été taguée.
Unissons nous contre la haine !

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C’est donc avant tout contre la division que tous, nous devons lutter. Si nous déplorons la mort des journalistes et dessinateurs du journal satirique, il faut maintenant se méfier d’une position laïcarde perméable à la xénophobie qu’il est d’autant plus facile d’adopter quand on est Blanc. Si l’antisionisme de façade d’un Dieudonné a été dénoncé à juste titre comme une manière de camoufler son véritable antisémitisme, il est urgent de regarder les choses en face ici aussi. Depuis un bon moment maintenant la laïcité (qu’il faut réellement défendre à tout prix !), est utilisée par le pouvoir pour instaurer un climat raciste. Et cela ce fait la complicité de la gauche qui semble perdue entre le combat contre l’« opium du peuple » et le combat pour les opprimés.
Il est donc primordial de s’unir dans un respect mutuel des différences pour ne pas laisser la place à la peur et à la haine de l’autre. Les musulmans n’ont pas à s’excuser d’un acte qu’ils n’ont pas commis et la liberté d’expression doit vivre plus que jamais !