À l’heure où amis et ennemis se confondent

Le site Quartiers libres revient sur le confusionnisme savamment entretenu par de nombreuses figures d’extrême droite, Alain Soral en tête, qui visent à faire croire à une solidarité de fait des "anti-système". Or les ennemis de nos ennemis ne sont pas forcément nos amis, loin s’en faut. 

Nous sommes pris d’une telle colère envers les partis politiques qui ont dirigé le pays ces trente dernières années. Nous avons un tel sentiment de trahison envers les partis politiques à gauche du PS qui sont au pouvoir localement dans de nombreuses municipalités, que nous avons tendance à les mettre (à tort ou à raison) dans le même sac. Même si, sur le terrain, les mentalités évoluent et les lignes bougent et que nous nous retrouvons sur le terrain des luttes, le climat reste tendu.

La situation de conflit que nous vivons avec la gauche parlementaire dans son ensemble fait dire ou laisse penser à certains d’entre nous que, finalement, l’extrême droite n’est pas la plus dangereuse puisqu’elle n’a pas été au pouvoir à l’échelon national.

Certains militants amers font le choix de croire qu’il vaut mieux avoir en face un ennemi sincère et que le chaos s’installe.

D’autres perdus pensent qu’on peut traiter entre parias, que tous ceux qui subissent des attaques du pouvoir en place ont une communauté de destin.

Ce climat délétère a un impact au-delà du champ politique. Récemment, lors d’une interview sur radio Aligre, Kery James a fait preuve, dans ses propos, d’une clémence empruntée à l’égard d’Alain Soral. Cet ancien membre du bureau politique du Front National et président d’une association « Égalité et réconciliation », créée par des proches de Marine Le Pen, comme Philippe Péninque (l’avocat qui a ouvert le compte en banque de Jérôme Cahuzac) et Frédéric Chatillon. Leur ligne politique est hostile à l’immigration et à l’Islam. Mais ils comptent trouver des soutiens issus de l’immigration par le biais d’Alain Soral et son relai, Dieudonné.

On est face à une tentative d’intoxication politique dont l’objectif est de faire passer l’extrême droite pour autre chose qu’une force politique répressive anti-immigrés et économiquement opposée aux classes populaires.

Leur mission est de brouiller la lecture politique des habitants des quartiers afin de faire passer leur ligne politique pour une alternative au système en place.

Ce trouble est entretenu par le Front national et tous les partis et les associations qui gravitent autour du parti pour tenter de gagner du terrain chez nous.

Un nouvel axe défendu par certains de l’extrême droite pour nous séduire est de se revendiquer anti-impérialiste et anticolonialisme. Ils assimilent la France à un pays colonisé par une puissance étrangère et appellent les habitants à lutter contre la colonisation. Pour Soral et ses consorts, cette colonisation est le fait de pouvoirs occultes (juifs et francs-maçons) quand pour le reste de l’extrême droite, elle se matérialise avant tout par notre présence. Ce malentendu sur la « colonisation » permet de faire croire à certains d’entre nous que l’extrême-droite mène un combat similaire au notre.

Les renversements de discours permettant la confusion dans nos esprits sont notamment la réappropriation, par l’extrême droite, du concept de laïcité et d’un discours républicain pour en faire une défense de la France blanche et catholique.

De l’autre côté, ce sont des flatteries à destination des Musulmans qui, pour les militants d’extrême droite, incarnent une force réactionnaire aveuglée par une religion arriérée.

Étant donné la confusion politique et idéologique qui règne, certains militants d’extrême droite tablent sur le fait que le FN apparaisse alors comme moins dangereux.

« Là où les ennemis et les amis se confondent

Peux-tu dire qui sur ton sort viendra se morfondre ? »

Source : Quartiers libres