Génération identitaireGénération cache-misère : dur retour à la réalité pour GI

Il y a une semaine, suite à l’annonce de la part du gouvernement de les dissoudre, les Identitaires ont connu une médiatisation inattendue et surtout, ils ont reçu un soutien très large, de la droite à l’extrême droite. Gonflés à bloc par ces soutiens, les cadres de Génération Identitaire se sont alors mis à rêver, s’imaginant se retrouver à la tête d’une manifestation rassemblant plusieurs milliers de personnes. Mais le soutien populaire n’a pas été pas au rendez-vous, c’est le moins que l’on puisse dire…


Pourtant, ils étaient nombreux à avoir appelé à soutenir Génération identitaire. Parmi ces "personnalités, on compte :
 des membres du clan Le Pen : Jean-Marie Le Pen, Marion Maréchal, Marine Le Pen ;
 des élus RN : Robert Ménard, Emmanuelle Ménard, Gilbert Collard, Stéphane Ravier, Gilles Pennelle, Nicolas Bay, Thierry Mariani, Philippe Olivier, Jérôme Rivière ;
 d’anciens cadres du FN/RN : Jean-Yves Le Gallou, Julien Rochedy (ancien directeur du Front - National de la Jeunesse (FNJ) de 2012 à 2014), Florian Philippot, Jean Messiha ;
 des dirigeants ou personnalités de mouvements néoconservateurs ou "souverainistes" : Jean-Frédéric Poisson (président du minuscule Parti Chrétien-Démocrate devenu cet automne « VIA, la voie du peuple »), Nicolas Dupont-Aignan (président de Debout la France), Philippe De Villiers, Nadine Morano, Samuel Lafont, Charles de Meyer (co-fondateur de SOS Chrétiens d’Orient), le général Antoine Martinez (président de Volontaires pour la France)…
 des collaborateurs plus ou moins connus de revues ou de sites ultra-conservateurs, en particulier Valeurs actuelles (André Bercoff, Grégory Roose) et CNews (François de Closets…)
 enfin, on peut également citer le soutien du député ex-LREM Joachim Son-Forget[Joachim Son-Forget est non-inscrit depuis 2019 après son départ de LREM en 2018, puis du groupe UDI, Agir et indépendants, qu’il avait rejoint peu après. Il fonde en parallèle son propre parti, Valeur absolue, qui est dissous en 2020.]], de Michel Onfray qui trouve "honteux de crier au fascisme partout", ou encore celui de Verlaine Djéni, un proche de Laurent Wauquiez soupçonné de détournements de fonds à Pôle emploi.
Du côté des partis ou associations, on trouve donc le Rassemblement national, mais aussi l’Etudiant Libre, la Cocarde Etudiante, la revue Elements, l’institut Iliade ou encore le collectif Nemesis.
Forts de ce soutien, les cadres de Génération Identitaire ont cru alors pouvoir rassembler plusieurs milliers de personnes, mélangeant militants issus de l’extrême droite radicale et personnalités d’une certaine droite réactionnaire, en activant leur réseau dans certaines rédactions (Valeurs Actuelles, Causeur, L’Incorrect)…

Un échec militant

Mais ce samedi 20 février 2021, les fantasmes de gloire de Génération Identitaire se sont fracassés au contact de leur réalité militante. D’une manif annoncée de plus de 1000 personnes entre Denfert-Rochereau à la place Saint-Michel, les Identitaires ont dû se contenter d’un rassemblement d’environ 350 personnes sur à peine un quart de la place Denfert-Rochereau [1]. Génération identitaire annonce régulièrement compter 3000 membres : on voit bien qu’en réalité ses militants sont dix fois moins nombreux.

Photo : Marion Lopez

Génération Identitaire avait loué une camionnette garée juste à côté du cimetière Montparnasse pour apporter du matériel : des drapeaux français et des drapeaux aux couleurs des Identitaires, des chasubles pour le service d’ordre officiel, des pancartes avec slogans. À ce propos, on regrette qu’un mouvement nationaliste dont on peut penser qu’il a à cœur la langue française ait réussi à faire une faute sur une phrase de moins de dix mots… Bref.

Il aurait fallu écrire : "Elle aussi, vous l’auriez dissoute", car lorsque le complément d’objet est placé avant le participe, il s’accorde avec lui…

D’ailleurs, au niveau des slogans, ce n’était pas d’une originalité folle : "Génération Identitaire", "On est chez nous", "Tout le monde déteste Darmanin", "Tout le monde déteste les antifas", ces deux derniers mots d’ordre étant de simples reprises ou détournements de ceux de leurs adversaires. Pour un mouvement qui se prétend créatif, on pouvait attendre mieux !
Du côté des invités internationaux, ce n’était pas la foule non plus : là encore, le mouvement est souvent présenté comme ayant des ramifications à l’international, mais on voit bien que c’est un mirage de plus. À notre connaissance, seuls les Flamands de Schild en Vrienden avaient fait le déplacement.

Des militants de Schild en Vrienden, avec leur leader au milieu, Dries Van Langenhove.

Plus inattendu, on pouvait également croiser dans le rassemblement plusieurs dizaines de gugusses avec des casquettes rouges pro-Trump, et quelques individus qui avaient apporté des pancartes personnelles (dont une demandant la « dissolution de l’oligarchie mondiale »).

Un échec politique

Politiquement, l’évènement est également un échec. Marine Le Pen a fait savoir en milieu de semaine à ses cadres et militants qu’il était hors de question de participer à l’évènement de Génération Identitaire. Robert Ménard, quant à lui, s’est finalement déballonné vendredi après-midi. La présence annoncée de personnalités médiatiques, comme Eric Zemmour [2], n’aura été qu’une chimère. C’est une chose de jouer les rebelles sur les plateaux télé en soutenant un groupuscule d’extrême droite menacé de dissolution, c’en est une autre d’aller se cramer dans un rassemblement de bras cassés.

De haut en bas, et de gauche à droite : Jean Messiah, Florian Philippot, Jean-Frédéric Poisson et Jean-Yves Le Gallou.

Lâchés rapidement par quasiment toutes les personnalités qui les avaient soutenus publiquement, Génération Identitaire s’est retrouvé avec Florian Phillipot [3] et Jean Messiha comme têtes d’affiche, et dans les seconds rôles Richard Roudier [4], Pierre Cassen de Riposte Laïque [5] et Jean-Yves Le Gallou [6].
On a connu plus excitant ou plus rassembleur. Notons que Messiha, qui passe sa vie dans les émissions télévisées du groupe Bolloré, aura eu son petit quart d’heure de gloire, avec un discours qui fut conclu par des « Messiha Président » scandés par les militants de Génération Identitaire !
Probablement par provocation et pour emmerder Génération identitaire, Maxime Brunerie, ce militant d’extrême droite qui, par sa tentative d’assassinat sur le président Jacques Chirac en 2002 a indirectement donné naissance au mouvement identitaire [7], avait annoncé sa venue sur Paris ; mais on ne l’a pas croisé, ni vu de photo de lui sur place.

Un échec médiatique

Ce fut également un échec par rapport à l’image que Génération Identitaire tente de promouvoir depuis des semaines dans les médias. Alors que ses membres aiment à se présenter comme l’équivalent d’une ONG [8] ou de lanceurs d’alertes, on a surtout pu constater que son public n’allait pas au-delà des cercles de l’extrême droite : La Cocarde, des groupes de naziskins, les Zouaves Paris et assimilés [9].

Conclusion : un triple échec

Clairement, cet évènement est un échec pour les Identitaires. Malgré une surmédiatisation et un nombre de soutiens politiques importants, ils n’ont pas pu étendre leur audience au-delà de la sphère de l’extrême droite radicale, que ce soit qualitativement ou quantitativement. En dehors du microcosme d’extrême droite, personne ne se soucie du sort de leur mouvement. Dix ans après la dernière grosse mobilisation sur son nom (à l’époque de la campagne "Une Autre Jeunesse"), les Identitaires ne parviennent toujours pas à rassembler largement autour d’eux, et n’ont pas non plus progressé en terme de recrutement, malgré tout ce qu’ils ont pu annoncer ces dernières semaines. Ce n’est pas nous qui nous en plaindrons…
La Horde

Notes

[1La place était certes coupée à la circulation, mais à cause du dispositif énorme mis en place par la préfecture avec camions à eau, gendarmes mobiles, BRAV-M en nombre, policiers en civil…)

[2On ne sait pas si Zemmour a eu l’intention de venir au rassemblement comme le laissait supposer (ou le fantasmait) certains Identitaires, mais curieusement ceux qui s’activent en coulisses pour essayer de lancer une dynamique autour de sa candidature, Jacques Bompard et Robert Ménard, n’ont visiblement pas jugé utile de venir à la manifestation

[3Étonnant quand on se rappelle que, quand il était encore membre du RN, Florian Phillipot n’avait que du mépris concernant les Identitaires. Il tentait même de bloquer leur recrutement au sein du Rassemblement National.

[4Ancien d’Unité Radicale, membre fondateur des Identitaires, qui avait quitté le mouvement dans les années 2010 pour jouer sa propre carte et fonder La Ligue du Midi.

[5Cassen peut être considéré comme un compagnon de route des Identitaires avec Riposte Laïque depuis juin 2010 avec la manipulation médiatique autour de l’apéro-saucisson pinard de la Goutte d’or.

[6Ancien du GRECE et membre fondateur du Club de l’Horloge, président de La Fondation Polemia et membre de l’institut l’Iliade, Jean-Yves Le Gallou a toujours gardé un œil sur les Identitaires. Depuis le retrait des dirigeants historiques du mouvement (Philippe Vardon et Fabrice Robert), Le Gallou se fait plus présent aux initiatives des Identitaires. Ainsi le samedi 16 janvier 2021 pour la Marche en hommage à Sainte Geneviève, organisée par Paris Fierté, une association créée et dirigée par les Identitaires Parisiens, il était l’un des orateurs de l’évènement.

[7Depuis, y compris dans un livre, il a toujours affirmé avoir rompu avec le milieu d’extrême droite : pourtant, ces dernières années, on le revoit régulièrement en guest star dans différents rassemblements nationalistes.

[8Ce parallèle n’est pas nouveau : Fabrice Robert, membre fondateur des Identitaires et dirigeant du Bloc Identitaire il y a encore quelques années, aimait à présenter le mouvement identitaire comme un Greenpeace de la Nouvelle Droite…

[9Le service d’ordre de Génération Identitaire, facilement identifiable avec les chasubles bleues, fonctionnait main dans la main avec les Zouaves présents lorsqu’il était question d’aller attaquer toutes personne suspectes d’être un opposant politique.