Allemagne : présentation des objets de la vente aux enchères antifa (2)

21 août 2020 1 Imprimer ce billet Imprimer ce billet

Suite de l’article de mardi dernier sur la vente aux enchères d’objets antifascistes qui se déroulera samedi prochain à Chemnitz, en Saxe, en soutien aux antifas locaux, organisée par Peng!, un collectif d’artistes. Voici l’histoire de trois de ces objets.

Bombe de peinture
Bautzen, 2017, fer-blanc, plastique et laque rouge, artiste : Irmela Mensah-Schramm

Avec des bombes de peinture, du dissolvant et un grattoir, Irmela Mensah-Schramm, 75 ans, enlève depuis plus de trente ans des autocollants et des graffiti d’extrême droite. Surnommée « Sprayer-Oma » (Mamie graffiti) ou encore « Polit-Putze » (celle qui fait le ménage politique), Irmela Mensah-Schramm a fait disparaître plus de 85 600 autocollants d’extrême droite et des milliers de graffiti nazis depuis 2007 à travers toute l’Allemagne. Pour son engagement tenace contre l’expression de la haine dans l’espace public depuis les années 1980, elle a été récompensée notamment par le prix Aktiv für Demokratie und Toleranz (Actif pour la démocratie et la tolérance), par le prix pour la paix de Göttingen, par le prix Silvio-Meier et le prix Jochen-Bock.
La répression dont elle est victime marque une violente contradiction avec ces distinctions. En tout, pas moins de 18 informations judiciaires ont été ouvertes contre elle. En 2016, lors d’un procès à Berlin, la procureure a regretté qu’Irmela Mensah-Schramm ne montre aucun signe de « regret », qu’elle ne se montre « ni raisonnable, ni consciente de son rôle d’exemple » ; elle a ensuite fait appel du verdict qu’elle estimait « trop clément ».
L’année passée, Irmela Mensah-Schramm a été condamnée à une amende de 1050 euros sans sursis par le tribunal d’Eisenach, au moment-même où se produisait l’attentat terroriste d’extrême droite de Halle. En effet, le fait de recouvrir des graffiti haineux est passible de poursuites car constitutif de dégradations.
Avec la bombe de peinture qui est exposée à Chemnitz, Irmela Mensah-Schramm a recouvert à Bautzen un graffiti antidémocratique avec un cœur rouge et elle a immédiatement été signalée par un policier pour son « comportement criminel ».
Avec son exposition itinérante intitulée « Hass vernichtet » (la haine anéantit), Irmela Mensah-Schramm a fait plus de 400 fois le tour de l’Allemagne. Dans les écoles, elle fait des ateliers créatifs pour les élèves, dans lesquels elle parle de son engagement bénévole.

Smartphone
Chemnitz, 2018, électronique et plastique, artistes : « Antifa Zeckenbiss »

Le 28 août 2018, l’organisation Pro Chemnitz a appelé à une manifestation à Chemnitz. Plus de 6000 participant·e·s ont répondu à l’appel, parmi lesquel·le·s de nombreux extrémistes de droite violents du NPD, des organisations Der III. Weg (la troisième voie) Die Rechte et Identitäre Bewegung (mouvement identitaire), mais aussi de Pegida et de la scène des Kameradschaften.
Les 600 fonctionnaires de police de Saxe mobilisé·e·s, absolument pas préparé·e·s à cela, ont été complètement dépassé·e·s. Les nazis ont fait le salut hitlérien, scandé des slogans nazis et, à cause du défaut de stratégie d’intervention de la police, ont pu attaquer des personnes issues de l’immigration, des journalistes et des contre-manifestant·e·s. Un restaurant juif a également été attaqué.
L’une de ces chasses à l’homme, qui avait été filmée et brièvement mise en ligne par les fachos, a été récupérée par le groupe Antifa Zeckenbiss dans le cadre de son travail de recherche : les antifas ont alors mis la vidéo sur Twitter, ce qui a enflammé le monde politique et suscité un débat autour de l’idée de « chasse à l’homme ». Mais ce débat a été torpillé par le responsable au niveau national de la lutte contre l’extrémisme : l’ancien chef de l’Office fédéral de Protection de la Constitution, Hans-Georg Maaßen. Il a commencé par mettre en doute l’authenticité de la vidéo, puis il a insinué que l’Antifa Zeckenbiss diffusait à dessein des fake-news ; enfin, à grands coups de théories conspirationnistes, il a minimisé le danger de l’extrême droite, tout comme le ministre-président de Saxe, Michael Kretschmer.
Le gouvernement fédéral n’a pas tardé pas à réagir aux déclarations controversées de Maaßen, qui a tout d’abord été promu au poste de secrétaire d’État au ministère fédéral de l’Intérieur ; il a ensuite été « chargé d’affaires aux missions européennes et internationales ». Ce n’est qu’en novembre 2018 que Maaßen a été mis temporairement à la retraite en raison d’un large mouvement de protestation au sein du monde politique et de la société civile.

Pin’s
Berlin, 2019, aluminium laqué, artiste : Martina Renner

Le 26 septembre 2019, le demande « d’examen d’une interdiction fédérale de l’Antifa » déposée par l’AfD a été l’objet d’un débat houleux au Bundestag.
Martina Renner (députée DIE LINKE) a fait un discours où elle remerciait « l’Antifa » pour son travail constant et son engagement durable contre l’avancée de l’extrême droite. Elle a souligné « la tradition funeste qui consiste à dénigrer les politiques de gauche et à assimiler l’antifascisme à du fascisme ». En signe de remerciement, elle portait sur le revers de sa veste un pin’s de l’Antifaschistische Aktion, ce qui lui a valu un rappel à l’ordre associé à la menace d’une amende. En effet, le vice-président du Bundestag, Kubicki (FDP) a considéré que le pin’s antifa portait atteinte à « la dignité du parlement ». Quant à Uli Grötsch (SPD) qui arborait ce jour-là une broche de l’Eiserne Front (le Front de Fer), il n’a pas été rappelé à l’ordre. Voici comment Kubicki a justifié son acte : le rappel à l’ordre contre DIE LINKE devait mettre un terme aux scènes de tumulte qui agitaient le Bundestag, en particulier celles que faisait l’AfD. Un bien néfaste signal d’encouragement en direction de l’extrême droite.
Voici ce qu’a dit Christoph Bernstiel, de la CDU, au sujet de l’interdiction de l’Antifa : les élections du ministre-président de Thuringe (octobre 2019) devaient sonner le glas du gouvernement de ce land par des « sympathisants de l’Antifa » (au sujet du gouvernement régional de l’époque, gouvernement de coalition DIE LINKE, SPD et Verts).
Ce souhait, qui repose à la fois sur de l’anticommunisme et la « théorie du fer à cheval », a pris tout son sens au moment des élections en question. La CDU, l’AfD et le FDP ont élu Thomas Kemmerich (FDP) au poste de ministre-président après un accord secret. Mais après de très nombreuses actions de protestation (jet de bouquets de fleurs destinés au ministre-président nouvellement élu, manifestations, actions #Nichtmituns- Kein Pakt mit Faschist*innen: niemals und nirgendwo!, Sans nous, pas de pacte avec les fascistes, jamais et nulle part), la porte ouverte à une alliance entre les conservateurs et l’extrême droite en Thuringe a pu être refermée. Merci l’Antifa !
Martina Renner est la porte-parole du groupe parlementaire DIE LINKE au Bundestag pour les questions antifascistes.

Traduction : la Horde

(Suite et fin demain)

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