L’espion qui venait du SIEL

9 juillet 2020 1 Imprimer ce billet Imprimer ce billet

Quand un ancien des services secrets français candidat sur une liste nationaliste vend des secrets à la Chine, ça la fout mal !

Le 7 juillet dernier, on apprend que deux anciens agents de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), ainsi que la femme de l’un d’entre eux, passent en procès pour avoir vendu aux services secrets chinois des documents classés secret-défense.

L’affaire fait du bruit, car il est extrêmement rare que de tels procès pour espionnage aient lieu, les services préférant en général laver leur linge sale en famille, et loin des regards.
Mais l’histoire est aussi intéressante car l’un d’entre eux, Pierre-Marie H., accusé de « livraison à une puissance étrangère d’informations portant atteinte à la nation »…  était présent sur une liste souverainiste, celle du SIEL en 2017, comme le révèle le site Opex360.

Le mouvement Souveraineté, Identité et Libertés (SIEL), est une formation dont nous avons déjà parlé ici : lancée fin 2011 par Pierre-Marie Coûteaux, un farouche défenseur de l’Union des droites (il sera le directeur stratégique de Marine Le Pen pour les présidentielles de 2012), le SIEL est à l’origine de la création du Rassemblement Bleu Marine, afin d’élargir la base de candidats FN ou apparentés. Les choses se gâtent avec le FN en 2014, Marine Le Pen ne voulant plus travailler avec Coûteaux, qui se fait virer dans la foulée de la direction du SIEL. C’est Karim Ouchikh, lui aussi un ancien du RIF[1] qui prend alors la direction du mouvement, le tirant toujours plus vers la droite : proche de l’Action française et des Identitaires, Ouchikh va également se rapprocher de Riposte laïque avec laquelle le SIEL a organisé quelques manifestations confidentielles, généralement islamophobes, comme le 4 juillet 2016 au Trocadéro.

Karim Ouchikh derrière Pierre Cassen, en juillet 2016 à Paris, en compagnie (à droite) de Roland Hélie (Synthèse nationale) et Carl Lang, alors encore président du Parti de la France.

Plus récemment, le SIEL s’est associé à Renaud Camus, le promoteur de la fumeuse théorie dite du “grand remplacement”, pour les élections européennes de 2019.

En avril dernier, on pouvait lire sur le site du SIEL la traduction d’un article fustigeant la “duplicité” de la Chine, qui chercherait à “satelliser l’Occident – et le reste du monde – autour de son économie et de son idéologie” : et c’est pourtant dans les propres rangs de la formation souverainiste que les communistes chinois ont pu trouver un complice dans son projet de destruction de la nation française, il est vrai moyennant finances.

“Défendre avec passion la cause de la Fra[nce] ” : Ghislaine peut-être, mais Pierre-Marie c’est moins sûr !

En effet, lors des élections législatives de juin 2017, on trouvait un certain Pierre-Marie Hyvernat suppléant de Ghislaine Launay sur une liste du SIEL à Chalon sur Saône (qui n’a obtenu… aucune voix !). Si Hyvernat, que la presse décrit comme “catholique endurci et patriote“, ne nous est pas familier, Ghislaine Launay a fait parler d’elle lors des dernières municipales en se présentant, sous l’étiquette Rassemblement national, dans deux communes sous deux noms différents : en tant que Ghislaine Launay à la Guiche, et à Chalon, sous le nom de Ghislaine Hurault…

Le mari de Ghislaine Launay, Christian, n’est pas non plus un inconnu : adhérent au Front national en 1984, il a été responsable du service d’ordre du FN (le DPS) et s’était fait épinglé par le rapport de la Commission d’enquête parlementaire sur le DPS de 1999 « pour avoir accroché un drapeau à croix gammée à la fenêtre de la permanence du Front National de Chalon-sur-Saône lors de la campagne pour les élections cantonales de 1988. » Récemment, il a organisé la venue des Brigandes à la Guiche en juin 2018, un groupe de musique d’extrême droite dont on a déjà parlé ici,  ou encore , et il était même monté sur scène pousser la chansonnette avec elles.

Christian Launay, à gauche avec les Brigandes.

Décidément, l’anticommunisme n’est plus ce qu’il était, et s’il faut compter sur des espions à la solde des Chinois pour sauver la patrie, où va la France ?

La Horde

  1. Le Rassemblement pour l’indépendance de la France (RIF) est un parti politique dont sont issus la plupart des militants du SIEL. []

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