Manif contre les violences policières à Paris : la provoc’ des identitaires tourne court

14 juin 2020 12 Imprimer ce billet Imprimer ce billet

Alors que les Identitaires avaient cru pouvoir défier impunément, avec leur banderole provocatrice, la foule venue manifester samedi 13 juin contre le racisme et les violences policières, ils ont finalement été ridiculisés par des manifestants particulièrement agiles et courageux…

Pour pallier leur incapacité à mobiliser dans la rue, les Identitaires, en particulier depuis la création de Génération identitaire[1] ont une technique bien rôdée pour faire parler d’eux à moindre frais : déployer à une dizaine une banderole de grande taille sur un bâtiment, en se mettant en scène et en se filmant sous tous les angles pendant quelques dizaines de minutes, pour ensuite tenter de faire le buzz sur les réseaux sociaux. Ainsi, récemment, des banderoles ont été exhibées :
à Nancy en octobre 2019 face à un rassemblement d’Algériens protestant contre Bouteflika ;
– à proximité de la préfecture de Bobigny (93) en mars 2019 ;
– sur le bâtiment abritant l’association d’aide aux migrant·e·s SOS Méditerranée à Marseille en octobre 2018.

Quand les Identitaires essayent d’intervenir directement dans la rue, l’échec est généralement cuisant, comme à Lille en 2015 ou lors de la manif contre les violences faites aux femmes en 2020. Aussi, nos courageux fachos choisissent en général des cibles sans risque, si ce n’est celui de se faire embarquer par la police : ils savent n’avoir, eux, rien à craindre des violences policières, comme on le verra plus loin…

Cette fois, c’est face à des milliers de personnes réunies contre les violences policières et le racisme à Paris que les Identitaires ont déployé leur banderole provocatrice. En haut de l’immeuble qui fait l’angle de la rue du Temple et de la place de la République, une dizaine de militant·e·s de Génération identitaire ont mis en place une banderole dénonçant le prétendu « racisme antiblanc », un concept cher au mouvement identitaire qui, s’il n’en est pas l’inventeur, en fait largement la promotion. Et pour cause : ce racisme anti-blanc a le double avantage d’une part d’inverser de façon artificielle la réalité du véritable racisme dans notre société (qui s’exerce justement contre les “non-blancs”, antisémitisme mis à part), tout en niant les racines sociétales de ce même racisme.

De gauche à droite : Johan Teissier, Thaïs d’Escufon et Jérémie Piano.

Sur la dizaine de militant·e·s, quelques têtes connues, dont certain·e·s revendiquent l’action sur les réseaux sociaux : Thaïs d’Escufon, militante à Toulouse et égérie du mouvement (on voit régulièrement sa tête dans la propagande identitaire), Johan Teissier de Montpellier ou encore Jérémie Piano actif sur Aix et Marseille. On avait déjà vu leur tête lors de la pathétique manifestation islamophobe du 17 novembre 2019. Il s’agissait donc d’une action préparée à l’échelle nationale par le mouvement.

Très vite, des voisins du dessous, chaleureusement applaudis par la foule qui conspuait déjà la banderole rouge et blanche, réussissent à en arracher une partie, mais sans vraiment en masquer le message (seul le hashtag emprunté aux suprémacistes blancs américains et qui parodie Black Lives Matter a très vite disparu).

Dans la manif, on scande “tout le monde déteste les fascistes” ; et contrairement à ce que voudrait faire croire une certaine presse, aucun slogan antisémite n’a été repris par les manifestante·s. Sur une vidéo fort opportunément diffusée sur les réseaux sociaux au moment même où l’extrême droite paradait, on entend bien un individu crier “sales Juifs”, des propos inacceptables et racistes dirigés apparemment et contre toute logique contre les militants d’extrême droite. Si les quelques secondes de cette vidéo ne permettent pas de savoir qui les a prononcés ni même si ces propos ont ou non suscité une réaction par la suite, le fait que quelqu’un ait pensé pouvoir les tenir dans une manifestation antiraciste reste très problématique. On est bien loin, cependant, des dizaines de manifestants scandant “Juif, la France n’est pas à toi !” dans les rues de Paris lors de la manif d’extrême droite “Jour de Colère” en janvier 2014… Et que Valeurs actuelles, bizarrement, n’avait pas jugé bon d’évoquer à l’époque.

Cette première riposte antifasciste n’a pas empêché, loin s’en faut, nos racistes de parader et provoquer la foule, faisant la chenille, craquant quelques fumigènes, certain·e·s de leur impunité. Mais, après environ une demi-heure, à quelques dizaines des identitaires, une tête recouverte d’un t-shirt blanc surgit au niveau du toit, et commence à attirer l’attention des militant·e·s d’extrême droite en faisant du bruit : quelques fachos se rapprochent.

En jaune, l’identitaire berné par l’Acrobate, en rouge.

Mais ce que les militants d’extrême droite ne voient pas, c’est que pendant ce temps, juste en-dessous, un jeune homme surgit de nulle part se faufile, escalade une grille et longe la façade avec une agilité digne de celle de Mamoudou Gassama. Tranquillement, celui dont on apprendra plus tard qu’il est connu, sous le nom d’Acrobate, pour sa pratique des sports extrêmes, décroche la banderole face à trois identitaires visiblement médusés par le culot du jeune homme, et en fait une boule, sous les acclamations de la foule, avant d’aller directement au contact des Identitaires ridiculisés.

Tandis que quelques autres manifestants se retrouvent sur le toit et que quelques coups rapides sont échangés de part et d’autre, les militants d’extrême droite, pris entre deux feux, n’ont d’autre choix que la fuite, sous les huées de la foule des manifestant·e·s qui les attendent de pied ferme en bas. La police, dont on se demande ce qu’elle faisait depuis plus de trente minutes, finit par se montrer sur le toit, tandis qu’en bas, les Identitaires sont tranquillement exfiltrés par cette même police, provoquant la colère des manifestants qui bousculent une barrière anti-émeutes, entraînant en retour un tir nourri de grenades lacrymogènes qui dispersent provisoirement une partie des manifestant·e·s.

Pendant ce temps, les militant·e·s d’extrême droite, traités avec la plus grande mansuétude par les flics, se permettent, sans entrave, de faire des selfies dans le fourgon qui les emmène pour un rapide contrôle d’identité, avant de ressortir libres comme l’air et de se mettre tranquillement en terrasse.

Les identitaires face à la violence policière : on sent que le passage au commissariat a été difficile…

De cet épisode, on peut au moins retenir trois choses :
1) le mode opératoire des Identitaires a montré ses limites, et leur opération de communication s’est finalement en partie retournée contre eux ;
2) la police, en toute circonstance, sait montrer ses préférences en politique, et les militants d’extrême droite savent pouvoir compter sur la mansuétude des forces du désordre ;
3) tout·e antifasciste qui se respecte devrait être adepte du parkour ou de l’escalade, ou au minimum à vaincre son vertige !

La Horde

  1. « L’occupation » du chantier d’une mosquée sur laquelle ils ont déployé une banderole géante en octobre 2012 à Poitiers est même leur acte fondateur. []

12 commentaires »

  1. anon63 4 juillet 2020 at 15:46 - Reply

    @Henry

    “On ment ouvertement dans notre camp”
    “pas forcément nier les problèmes qu’elle choisit d’expliciter”
    “Ca fait partie de défauts de la gauche de nier des réalités”
    “On nie le racisme anti-blancs”

    => Joli catéchisme raconté sans honte… Quelle paresse intellectuelle ! L’arnaque, c’est de parler de racisme antiblanc quand on a pas fait l’effort mi-ni-mal d’expliciter ce qu’on entendait par “racisme systémique”. Tu as à peu près la même pertinence que Merluche quand, par besoin électoraliste, il s’émeut devant le concept de “privilège blanc”, en faisant exprès ou pas, de ne pas comprendre ce qu’on entend par là.

    “sans laisser un principe de lutte des classes déformer les réactions”

    => tu ne sais pas de quoi tu parles, d’où cette phrase bien vague

    “Non c’est pas de cas individuels. C’est pas non plus la majorité du tout, mais je crois que pour une vidéo avec un mec ou un groupe qui gueule ça, c’est malheureusement plus marquant qu’une foule clean.”

    => Argument contradictoire. Soit le but, c’est de savoir si ce sont des cas isolés, soit tu t’inquiète surtout parce qu’un cas isolé a un mauvais impact médiatique dans une foule “clean”. Là tu suggères les deux sans savoir trop ou te placer sauf que c’est mutuellement exclusif.

    Alors remettons les choses en place. Toutes les personnes que je connais qui sont allées à cette manif (et moi-même), n’ont eu vent de ces nano-événements que le soir. Dans les actualités des médias d’extrême-droite BFM CNews Valeurs Actuelles, … C’est bien ce qui a obligé Assa à faire une déclaration en fin de d’aprem. Elle n’a pas eu le choix, la pref de police et Valeurs Actuelles, repris très vite par BFM/CNews, comme d’habitude, avaient déjà fait leur travail de fake news.

    Bref, de fait, ce sont des cas individuels et ces bouffons qui crient de la merde dans une manif antiraciste doivent se faire remettre à leur place et/ou se faire dégager. C’est tout. Les gens qui ne sont pas intervenus ont été faibles et laches. Et on le paiera effectivement tou-te-s très cher.

    T’as besoin de parler du CPE (2006) maintenant en juin 2020 ? Tu peux aussi aller voter pour Jean-François Copé, lui, dénonce les vols de pains au chocolat.

    T’as déjà entendu parler des 10 000 personnes noyées dans la méditerranée ? des morts, automutilations, étouffements dans les CRA ? des tabassages, attouchements, viols, menace de viols, intimidations, pressions psychologiques, dans les fourgons et les commissariats ? T’as déjà fait une garde à vue et vu un flic t’empêcher de dormir en ouvrant le store de ta cellule, allumer et éteindre pendant toute la nuit ta cellule, arriver à 4h du matin en gueulant et partir en se marrant, te menacer de viol en criant que ses collègues pouvaient couper la caméra ?

    Tu veux encore nous parler du CPE (2006) en 2020 ? As-tu déjà réfléchi à pourquoi ça ne s’est pas passé comme ça avec un cortège de tête inclusif et autonome depuis 2016 ?

    Tu es influençable et faible. Justement comme les bouffons de Génération Identitaire et leurs fans. Et ça c’est dangereux.

    Si un certain antifascisme se contente d’une réponse à un certain fascisme, d’autres ont fait le taf de ne pas rester dans cette vision caricaturale, ACTA, sortirducapitalisme.fr et de nombreuses brochures qui ont étudié théoriquement et pratiquement un antifascisme conséquent, adapté au fascisme contemporain et ses multiples facettes.

  2. Henry 17 juin 2020 at 07:47 - Reply

    D’un autre côté on parle de “nazis” à propos de gens qui parlent du racisme anti-blancs.

    On ment ouvertement dans notre camp alors que pendant le CPE les anciens admettent presque tous qu’ils ont tous entendu “mort aux blancs” entre deux ratonnades sur les lycéens babtous.

    J’ai encore entendu un court instant ce slogan dégueulasse à une manif pour Adama, certes il n’a pas été repris mais ça reflète quelque chose qui ne devrait pas être nié (donc toléré).

    Je ne suis pas d’accord avec l’opinion majoritaire. On gagnera bien plus de points quand on sera capables d’inclure et traiter cette question sans laisser un principe de lutte des classes déformer les réactions.

    Malheureusement ce n’est toujours pas le moment, et on a fait que le payer depuis au moins 15 ans. Alors qu’en fait, c’est juste qu’on a pas à laisser la moindre réalité entre les mains de l’extrême droite. Ca fait partie de défauts de la gauche de nier des réalités et de les laisser entre les mains de l’extrême droite.

    Combien sont passés à l’extrême droite juste à cause de ça ? on le saura jamais mais je crois que ça ferait peur si on pouvait le savoir.

    • La Horde 17 juin 2020 at 12:10 - Reply

      Le “racisme anti-blanc” dont parle l’extrême droite a un objectif politique bien précis. Pour elle (et on n’a pas parlé de “nazis” ici, mais des Identitaires, c’est bien suffisant !), dénoncer ce racisme est d’une part une façon de donner du crédit à une prétendue volonté de domination de la part de populations non-blanches, dans l’esprit de la fumeuse théorie du “grand remplacement”, et d’autre part, sert à relativiser le racisme structurel qui gangrène la société, qui vise spécifiquement les Noirs, les Arabes, les Roms ou les Asiatiques, sur l’air de “toutes et tous victimes à part égale du racisme”, ce qui est bien entendu une imposture. C’est cela qui se cache derrière la posture de victime qu’adopte les militants d’extrême droite au nom des “Blancs”, et c’est ce que nous combattons.

      • Henry 17 juin 2020 at 17:47 - Reply

        Oui, la stratégie de l’extrême droite est une chose qui doit être combattue. Mais il faut combattre son projet, ses analyses tordues, et ses “solutions” mais pas forcément nier les problèmes qu’elle choisit d’expliciter et de déformer.

        Dans l’histoire récente, c’est ce qui a toujours servi ses intérêts parce que c’est mal compris.

        Je suis bien d’accord : ils font des excès sur le racisme anti-blancs, ils le grossissent outre mesure, et ils s’éloignent souvent des faits pour partir sur d’autres délires comme le grand remplacement. C’est ça qu’il faut combattre, aucun problème on est d’accord sur ce point.

        Mais je ne parlais pas de ça. Je parle de comment est réellement reçu par le public le message des identitaires, et surtout de comment le camp antiraciste foire absolument tout dès qu’il doit réagir à “racisme anti-blancs”.

        Si le racisme anti-blancs fonctionne si bien dans la communication faf, c’est pas par hasard. Je crains que l’on participe carrément à leur com à cause de la manière dont on y répond sur le moment.

        Au lieu de nier, on ferait mieux de reconnaitre la chose, la circonscrire aux faits dans ses limites réelles, revenir à la raison sur le sujet, c’est à dire l’inverse de l’extrême droite qui veut exciter et hystériser autour de la question.

        Pour l’instant le camp antiraciste marche complètement dans le match de tennis que cherche l’extrême droite sur ce thème :

        On nie le racisme anti-blancs, on participe au phénomène médiatique du racisme anti-blancs en hystérisant la question dans le sens inverse de l’extrême droite : avec une négation qui donne l’impression que c’est la compétition et donc potentiellement que l’on serait pro-racistes dans ce sens là.

        On créé une tornade médiatique et twitterienne à partir de presque rien dès que l’extrême droite en a décidé. Ils ont juste besoin de quelques personnes et d’une banderole.

        Ca ne nous apporte rien sinon l’animosité/la distance de gens pas forcément extrémistes,ou la présence d’abrutis racistes et antisémites qui se croient du coup en droit d’hurler dans la merde dans les manifs (sur les blancs et les juifs).

        Ma crainte est que ce mouvement qui vise à obtenir moins de racisme et moins de police ne restera dans les mémoires que pour “sale juif” et “sale blanc”. Parce que malheureusement les gens ne retiennent que ça,et que effectivement c’est quand même énorme d’arriver à un tel résultat dans une manif antiraciste. Ca n’a aucun sens.

        Et si au final c’est tout ce que je retiennent les gens, alors il faudrait y réfléchir, parce que franchement je ne suis pas du tout à l’aise avec ça. Si c’est pour arriver à ce résultat je préfère rester chez moi.

        • La Horde 18 juin 2020 at 12:29 - Reply

          Personne, justement, dans la manif, n’a dit “sale blanc” (pourquoi dis-tu cela ?), et quant au “sale Juif”, tout regrettable que cela ait été, c’était l’acte d’un individu isolé, et non pas le reflet d’une partie même minoritaire des gens présents. Donc, celles et ceux qui ne retiendraient que ça de la mobilisation contre les violences policières seraient au mieux d’une sacré mauvaise foi. Il ne s’agit pas de mettre sous le tapis ce qui nous dérange, mais le fait est que le “racisme anti-blanc” est une escroquerie, et qu’il doit être dénoncé comme tel.

          • henry 19 juin 2020 at 07:07 -

            En plus de la vidéo des fafs, il y a cet article que je viens de lire qui évoque le “mort aux blancs” dont je parlais

            https://www.lepoint.fr/societe/adama-traore-apres-minneapolis-paris-s-insurge-03-06-2020-2378139_23.php

            Non c’est pas de cas individuels. C’est pas non plus la majorité du tout, mais je crois que pour une vidéo avec un mec ou un groupe qui gueule ça, c’est malheureusement plus marquant qu’une foule clean.

            C’est pour ça que je pense qu’on doit devenir bien plus intelligent là dessus. Sinon les gens ne retiendront que ça à cause du fait que ça brûle plus que le reste, même si le reste est plus représentatif.

  3. Touffany 16 juin 2020 at 10:39 - Reply

    Il me font rire (jaune) les identitaires. Lors des manifestations des “Gilets jaunes”, ils s’employaient à dénoncer les violences policières, dont certains de leurs membres furent victimes (un flash-ball ne choisit pas sa victime). Et, là, ils s’invitent de mauvaise manière à une manifestation antiraciste qui dénonce les violences policières pour la vouer à leur vindicte, à leur acrimonie. Ils n’avaient, donc, pas besoin, de pleurer contre les violences policières, voici quelques mois, pour jouer la carte de la provocation. Pourquoi leur victimisation serait-elle légitime et non celle des autres ? Il est vrai que si les identitaires pensaient en terme de globalité, ils seraient solidaires, voire anarchistes, et non égoïstes et, donc, identitaires. Nous aurons toujours une longueur d’avance intellectuelle sur les identitaires car nous seront toujours solidaires avec les victimes de violences policières, judiciaires et patronales. Que l’on s’appelle Loïc Lefèvre (tué par balle le 05 juillet 1986 par le CRS Burgos, cf. le journal l’Humanité, organe du Parti communiste français) ou Adama Traoré, on a tous droit à réclamer justice (si tant est qu’elle existe).

  4. Flamma 14 juin 2020 at 15:55 - Reply

    Quand le retour de bâton viendra (ce qui n’est qu’une question de temps) ces nazillons de bac à sable finiront comme leurs modèles en 1945… tabasser à mort et/ou pendu à un arbre !

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