Le cas Fiorina : une mutilée dénigre d’autres mutilés… Quand le fascisme prend un visage de victime.

27 avril 2020 1 Imprimer ce billet Imprimer ce billet

Lu sur Desarmons-les :

Quand Fiorina Lignier a perdu son oeil en raison d’un tir de LBD 40 en plein Paris au cours de l’acte IV de la révolte des Gilets Jaunes (8 décembre 2018), chacun-e s’est ému-e de cette nouvelle mutilation, nous les premier-es. Elle était l’une des premières femmes, jeune de surcroît, à se faire éborgner par la police. Pas la seule, les cas de Maud Caretta et Fatouma Kebe étant assez éloquents. Dans les semaines qui ont suivi, elle est devenue très vite l’icône des violences d’Etat : son jeune âge et son innocence supposée en ont fait une martyre du peuple en gilets jaunes.

Pourtant, très rapidement nous avons été alertés sur ses appartenances politiques. Militante amiénoise avec son petit ami Jacob du mouvement universitaire La Cocarde Etudiante, fondé en 2015 à Assas (et par là digne descendante du GUD et soeur-jumelle des saloperies fascistes comme l’UNI, le MIL ou encore le Bastion Social) pour porter la réaction contre les luttes étudiantes progressistes de gauche, elle soutient la théorie du “grand remplacement” et lutte pour la “remigration”, combats chers à tou-tes les racistes européen-nes nostalgiques des défilés au pas et en uniformes noirs, bruns et vert-de-gris du siècle dernier.

On essaye toujours de prendre contact avec les personnes mutilées par la police quand c’est possible mais concernant Fiorina, on avait fait le choix de l’ignorer. On s’est juste contenté de la laisser figurer dans nos listes des personnes mutilées (1 et 2).

Dés le 27 décembre, on apprend par la presse que la solidarité envers Fiorina lui a rapporté 50 000 euros, une somme faramineuse qu’aucun-e autre blessé-e n’a pu réunir en plus d’un an, quand bien même iels auraient occupé pour certain-es le paysage médiatique pendant plusieurs semaines. Par le même article de France 3, on découvre que cette cagnotte a été initiée par Damien Rieu, leader du mouvement Génération identitaire qui au même moment faisait l’objet d’un reportage hallucinant et salutaire de la chaîne Al Jazeera, mettant en lumière la violence sociale raciste de ce mouvement néo-fasciste qui se cache sous les apparats d’un gentil réseau de jeunesse solidaire du peuple français. La photo illustrant l’article de France 3 vient de la page Facebook de Damien Rieu, qui est également l’auteur du site “Français de souche” (cette entité décérébrée qui croit que l’arbre et sa souche ne tirent pas leurs racines de tous côtés pour exister et survivre).

Fiorina qui reçoit le chèque de Damien Rieu (Lefèvre)

Très rapidement, la loghorrée raciste de la jeune amiénoise vient à son tour inonder les réseaux sociaux et les médias, celle-ci ne cessant de mettre en concurrence un “peuple français” imaginaire et celui issu de l’immigration récente, regrettant une disproportion fantasmée (elle inverse totalement la réalité, dans la même logique que celle qui prétend qu’il existe un racisme “anti-français”) dans l’usage de la force à l’encontre des “manifestant-es français-es” d’une part et des “arabo-musulmans” d’autre part, ces derniers semblant à ses yeux mériter mutilations et mises à mort si l’on accorde du crédit à ses inepties nationalistes.

Soit dit en passant, Fiorina reconnait dans sa dernière sortie médiatique : “Certes, je suis issue de l’immigration, mais ma mère vient du mauvais côté de la Méditerranée” (elle oublie que le racisme s’en prenait indistinctement il y a un peu plus d’un siècle aux portugais-es, italien-nes, polonais-es, etc. : comme quoi l’identité nationale est modulable à souhait pour les ignorant-es de son accabit). On va y revenir.

En mai 2019, on apprend qu’en plus d’avoir des idées nauséabondes, elle trahit les principes du mouvement des Gilets Jaunes auquel elle croit appartenir, en se présentant comme colistière d’une liste aux élections européennes. Cette liste, “Ligne Claire” (à force de se croire plus blanc que blanc, on en devient translucide) est menée par Renaud Camus, l’un des principaux idéologues de la théorie du “Grand Remplacement”, et Karim Ouchikh, avocat d’origine Algérienne (catholique) et fondateur du SIEL qui prône lui aussi le renvoi en Afrique de tous les immigré-es (le pauvre harki a oublié d’où il vient). Révisionnistes comme il se doit, ils comparent l’immigration en Europe à la colonisation et prônent le “départ des colons” (n’importe quoi), balayant d’un revers de main simpliste toute une analyse des rapports de domination et une compréhension fine de l’histoire du monde.

Lire à propos de cette liste et de Fiorina l’article documenté de La Horde : Européennes, ça se bouscule à l’extrême droite (2) : “La Ligne Claire” de Renaud Camus

Mais, de la faute à pas-de-bol, une photo de la candide candidate Fiorina agenouillée sur une plage au pied d’une croix gammée dessinée dans le sable mettra fin à cette belle aventure “sauce Troisième Reich”, amenant Renaud Camus à désavouer sa liste aux européennes en qualifiant sa colistière “d’adolescente attardée” (Bim ! C’est pas nous qui l’avons dit). Du même coup, son allié Damien Rieu à l’origine de la cagnotte qui lui a rempli les poches, mais aussi Gilbert Collard, l’avocat proche de Marine Le Pen dont il est l’assistant parlementaire, la désavouent à leur tour.

Quand le fascisme désavoue le nazisme, on aura tout vu ! La liste Ligne Claire maintient néanmoins sa candidature aux européennes (c’est drôle comment des souverainistes adeptes du Frexit se précipitent pour avoir leur place dans les institutions européennes…l’opportunisme n’a pas de couleur politique).

Dans une interview donnée à une obscure association souverainiste qui tient un blog intitulé “Nous sommes partout”, Fiorina s’explique ainsi :

Vous avez subi le déferlement des médias contre vous avec l’inévitable reductio ad hitlerum pour le dessin d’une ado potache, dessin représentant une croix gammée et pris en photo sur une plage. Cela ne ressemble-t-il pas  à un deuxième tir destiné à vous abattre psychologiquement et politiquement ?

FL : Je me suis engagée aux européennes sur une liste contre le Grand Remplacement, le système ne peut accepter de telles idées. Les médias se sont déchaînés pour me faire taire et salir les Gilets Jaunes par la même occasion en tentant de les associer au nazisme. Accusation sans fondement évidement, et comme vous le dites avec le but de m’abattre politiquement. Mais au-delà, il faut bien se rendre compte que pour les médias, un dessin effacé par la marée en 5 minutes est plus important qu’une jeune fille innocente qui perd un œil. Tous les grands médias ont parlé de ce dessin, alors qu’ils se sont montrés bien silencieux pour la perte de mon œil, drôles de priorités…

C’est amusant de voir la manière dont la candide Fiorina s’en prend aux “Grands médias” en tentant de minimiser un acte revendicatif fasciste, alors même que plus récemment (l’adolescence est donc passée) on la retrouve sur un cliché photographique pris dans un train aux côtés de fiers camarades qui font le salut romain :

En novembre 2019, Fiorina fait à nouveau parler d’elle, avec la publication de son bouquin “Tir à vue” aux éditions “Via Romana” (on n’invente rien : les références à la Rome Antique ont toujours été centrales dans l’idéologie fasciste, à commencer par le salut romain, les faisceaux de licteurs, etc.). Le sous-titre indique “La répression selon Macron”. On ne veut même pas savoir quelle analyse historique Fiorina porte sur le maintien de l’ordre, mais ce n’est certainement pas à l’image de cette réalité coloniale que décrivent à longueur de temps de nombreuses personnes véritablement informées sur les violences d’Etat (on vous invite ici à lire nos articles sur l’histoire coloniale du maintien de l’ordre : 1, 2, 3, 4). Non Fiorina, tout n’a pas commencé avec ta blessure en décembre 2018.

Par la même occasion, elle remet une couche sur les sites complotistes Agora Vox et Boulevard Voltaire (fondé par le maire de Bézier Robert Ménard, qui s’illustre régulièrement par son fascisme zélé) en qualifiant la révolte des Gilets jaunes de mouvement de “vrais français”, elle qui admet par ailleurs être issue de l’immigration (c’est l’hôpital qui se fout de la charité). Evidemment, dans sa complicité crasse, le Parisien lui fait la part belle en mettant sur le même plan son livre et le témoignage d’autres blessés qui n’ont pas eu ce privilège de récolter 50 000 euros en deux semaines et de publier un livre qui se vend 20 euros en librairie.

En mars 2020, soit quatre jours avant le confinement obligatoire, Fiorina prenait la parole lors d’un rassemblement devant l’ambassade de Grèce à Paris en “solidarité avec le peuple grec” (comprendre : en soutien aux fascistes qui jouent les auxiliaires de la police européenne pour arrêter à la frontière les victimes de la guerre en Syrie). Son imbécilité l’empêche certainement de se placer du côté des victimes (mutilées ou en deuil pour un certain nombre) de la guerre, plutôt que du côté des milices armées.

Fiorina et ses amis devant l’ambassade turc ce 13 mars

QUAND “L’ADOLESCENTE ATTARDEE” ENFONCE LE CLOU DANS LA TETE DES AUTRES VICTIMES

Mais venons-en à sa dernière prouesse médiatique, qui surpasse de loin ses crottes de nez précédentes, à savoir sa prise de position dans un article du 8 avril 2020 intitulé “Fiorina et Adnane : selon que vous serez Français de souche ou Afro-musulman…” et publié sur le site Polemia, dont nous ne mettrons pas le lien ici, de peur de véhiculer le virus du fascisme à l’intérieur de notre site.

On va reprendre une à une les citations de ce plaidoyer inepte et raciste, en tentant d’y apporter notre réaction :

 “Rappelons ce qui m’est arrivé : acte IV des Gilets jaunes, 8 décembre 2018, je suis sur les Champs-Élysées au bras de mon compagnon Jacob pour manifester.” […] “la police charge en faisant usage de grenades et LBD 40 (anciennement flashball), mais au lieu de tirer uniquement sur les casseurs, elle vise la foule pacifique.”[…]

Désarmons-les – Fiorina, est-il utile de te rappeler que cette foule pacifique que tu as totalement fanstasmée (tu te souviens de ce qu’il s’est passé le 8 décembre, où tu faisais du tourisme ? ) est en réalité une révolte populaire qui a pris au cours du mois de décembre des formes insurrectionnelles, mêlant en son sein des personnes de toutes couleurs politiques (et de toutes couleurs de peau, ne t’en déplaise), motivées avant tout par une aspiration à la liberté et/ou à plus de justice sociale ? En crachant sur les “casseurs”, tu craches sur celles et ceux qui ne se retrouvent pas dans une approche réformiste de la lutte pour leurs droits et libertés. Etudiante en philosophie, tu devrais d’abord t’initier à l’histoire et revoir les formes prises par les révoltes des Maillotins, des Jacques, des Karls, des Tuchins, des Rustauds ou encore des Pitauds, tu serais surprise de voir tant de casseurs dans l’histoire de ton doux pays. Nous, on les appelle “insurgés” ou “révolutionnaires”, ça évite de reproduire les discours classistes du Pouvoir. Par ailleurs, il est navrant de constater que tu es la dernière personne de ce pays à ne pas faire la différence entre le Lanceur de Balles de Défense et le pistolet Flash Ball (ah oui, tu ne sais peut-être pas, mais ce dernier était essentiellement utilisé dans les banlieues où tu n’as certainement jamais mis un pied).

“Je n’ai pas la chance de vivre dans un territoire perdu de la République ou un « quartier populaire » (comprenez évidemment une banlieue de l’immigration)” […] “Mais soyez rassurés, si la République ne s’occupe pas de moi, quand il s’agit d’extra-Européens, la justice sait se montrer à la fois rapide et efficace. […] “Le Parisien me fait plaisir : alors qu’il avait fallu attendre plus 40 jours pour qu’ils s’intéressent à mon cas, là ils sont rapides. En seulement trois jours, oui trois jours, ils ont recueilli le témoignage d’Adnane pour dénoncer ces « violences policières ».” […] “La République sait quand même se montrer efficace avec ceux qu’elle chérit…” […] “Je constate une justice à deux vitesses. Pour des Afro-musulmans, le système est très souvent là, en particulier pour réparer les blessures causées par les policiers (légitimement ou non, ils ne s’embarrassent pas de cette question). Par système j’entends dans ce cas : les médias, l’IGPN, la justice, les associations « antiracistes »… Tous ont accouru, et ont rapidement apporté de la lumière sur cette affaire.” […] “Mais quand il s’agit de Gilets jaunes, soyons claire, la différence n’est pas le gilet ou l’âge, mais la race. Donc quand il s’agit de Français de souche, là le système (les médias) cache les choses”

Désarmons-les – Fiorina, tu peux ravaler ta jalousie, car on t’a menti : ces territoires ne sont pas perdus, ils sont occupés par la police en permanence depuis Pasqua et Sarkozy, ce qui provoque bien souvent des altercations entre ses habitant-es (jeunes et moins jeunes, et pas forcément étranger-es) et la police, qui y assure la domination des corps par des contrôles quotidiens, accompagnés d’humiliations et d’injures racistes, de coups et de violences. Le terme “banlieue de l’immigration” ne veut rien dire : là encore, un peu d’histoire ne te ferait pas de mal. On appelle banlieue les espaces d’une ou plusieurs lieues (unité de mesure) relégués en dehors des villes et soumises au commandement du seigneur (aujourd’hui l’Etat). Les “extra-européens” dont tu parles sont aujourd’hui pour beaucoup français ou européens, comme toi qui est née d’une mère étrangère. Et contrairement à ce que tes fréquentations racistes t’ont glissé à l’oreille, la majorité des cas de mutilations par la police, que les victimes soient françaises ou étrangères, blanches ou de couleur, ne font l’objet d’aucune diligence de la part des médias ou de la justice. Si dans certains cas le procureur et les médias réagissent vite, bien souvent ces affaires sont oubliées au bout de deux semaines, puis classées sans suite dans un silence assourdissant. Et effectivement, le critère de race a de l’importance quand on est confronté à un système structurellement raciste, mais pas comme tu te le représentes. Quand Calimero se fait arracher l’oeil par un policier, Calimero croit que c’est parce que les policiers n’aiment pas les oisillons ridicules avec une coquille d’oeuf sur la tête…

Lire l’article complet ici

Un commentaire »

  1. jean 31 mai 2020 at 12:54 - Reply

    On peut être anti-extrême droite et ne pas forcément nier que c’est une victime de la police.

    Il faut dénoncer ses photos de merde et ses idées, mais on a pas besoin de nier le réel dans notre camp, chose que l’on fait trop souvent.

    Faf n’égale pas flic. On a autant d’indicateurs de police chez nous. La preuve quand ils veulent retrouver un black bloc tel Bernanos, ça prend même pas trois jours…

    Il faut régler nos problèmes et pas accuser les fafs d’être ce que l’on est en partie.

    C’est la bonne ligne de dénoncer ses photos et ses propos sans aller dans des excès contre-productifs.

    Je réalise qu’on passe trop souvent pour des cons dans des milieux pas spécialement fafs parce qu’on vit trop dans un monde parallèle.

    On ferait adhérer beaucoup plus de gens, et des gens super valables, si on ne donnait pas le sentiment d’inverser la réalité et d’être dans une bulle d’étudiants boloss.

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