Pyrénées-orientales : Élections et antifascisme ne font pas bon ménage

12 mars 2020 0 Imprimer ce billet Imprimer ce billet

Le Comité de Vigilance Antifasciste des Pyrénées-Orientales communique, quant aux prochaines manœuvres électoralistes d’entre-deux tours à Perpignan :

Élections et antifascisme ne font pas bon ménage

Depuis des semaines déjà, la constitution d’un “front républicain” au deuxième tour des municipales à Perpignan pour barrer la route au numéro 4 du bureau exécutif du Rassemblement National Aliot agite la presse autant que les appareils politiques. À l’issue d’une campagne étouffée sous les questions sécuritaires et les faits-divers très médiatisés, les électeurs seront-ils une fois encore sommés de “faire barrage à l’extrême-droite”, mais une extrême-droite réduite au seul RN ? La réalité politique locale apparaît très éloignée des grands discours “antifascistes” qu’on ne manquera pas de nous servir dans quelques jours. Combien de candidats pratiquent-ils en effet, non pas le “tous contre l’extrême droite”, mais le tout contre?

Comme c’est devenu l’habitude, qu’ils s’appellent Pujol, Amiel, Grau, Langevine etc., les concurrents électoraux du RN escomptent être le soir du 1er tour en position de faire jouer en leur faveur le ressort du “rejet de l’extrême droite” pour être élus. Or, sans entrer dans le détail fastidieux des pérégrinations politiques de tel ou tel candidat (et des vieilles haines rancies qui rendent caduque toute barrière idéologique), quel “front républicain” pourrait être sérieusement évoqué à Perpignan ? “Tous contre Aliot”? Ou, comme on a pu le lire dans certains titres nationaux, “TOUT SAUF Aliot”?

En concurrence avec le RN, les candidats faisant une campagne locale[1] n’ont pas manqué d’inscrire les questions sécuritaires comme priorité de leur programme. De rodomontades comme “il faut pourrir la vie de ceux qui pourrissent la nôtre” à la promesse de liquider les trafics de stupéfiants à peine élus, on a assisté à une surenchère dans les promesses de créations de commissariats, de déploiement de matériel dans tous les quartiers, d’effectifs 24h/24 dans les rues voire à l’entrée des écoles et des lycées… dans une ville qui détient déjà un record national de policiers municipaux armés par habitant. Quant à la vidéosurveillance, le plus modeste engagement à cet égard tient à l’Alternative, qui se propose de “mieux exploiter” le système existant des 262 caméras… Aucun candidat n’a tout simplement évoqué l’inefficacité démontrée internationalement de ces systèmes quant à la dissuasion et la prévention des infractions, ni surtout leurs aspects liberticides.

En tentant de concurrencer l’extrême droite sur l’un de ses thèmes de prédilection, le tout sécuritaire, ces candidats ont une fois de plus oublié que “les électeurs préfèrent l’original à la copie” et en font le lit.

“Faire barrage à l’extrême-droite”, certes, mais comment ? Les “stratèges” politiques perpignanais ont recours depuis des dizaines d’années aux “prises de guerre”. Ils n’ont donc pas combattu les idées d’extrême-droite et leurs représentants, ils les ont intégrés ou concurrencés sur leurs propres terrains. L’ancien patron du FN départemental de Noell (36,4% aux municipales 1995, 45% sur une cantonale) en est un bon exemple : il a été recyclé à l’UMP et est désormais un conseiller du LREM Grau.

Le prétendu “barrage” n’a jamais couvert autre chose qu’une rivalité d’appareils politiques pour le contrôle du pouvoir local. Sous un autre nom, sa mise en œuvre avait donc déjà réalisé cette “union des droites” et au-delà, (aujourd’hui des Ménard, Zemmour, Mariani, Aliot…), avec les résultats dont nous sommes tous témoins: une banalisation de l’extrême-droite, une dédiabolisation de ses représentants, une porosité de leurs idées. et désormais l’effet retour vers l’extrême-droite.

Pour “faire barrage à l’extrême-droite” le 22 mars, les électeurs perpignanais seront-ils à nouveau mis en demeure de voter pour telle tête de liste qui déposait en juillet dernier une gerbe sur la stèle des commandos Delta de l’OAS, cimetière du Vernet, en présence des plus ultras parmi les nostalgiques de l’Algérie Française? Ou pour l’une de ces listes qui, sous couvert de nationalisme pan-catalan, accueille des fondateurs d’un mouvement qui défilait en 2016 dans Perpignan avec (et protégé par son service d’ordre) les identitaires de la Ligue du Midi et ses leaders ? etc.

Ce n’est bien sûr pas une surprise pour nous : il sera quand même difficile de ne pas comprendre désormais que la lutte contre l’extrême-droite et ses supplétifs, ce n’est pas “dans les urnes que ça se passe”. Ce sera donc, pour les Perpignanais qui veulent réellement s’y opposer : dans la rue, et dans la résistance de tous les jours.

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Dossier de Presse

«La Sécurité. Tout le monde essaye de rattraper la ville de Perpignan sur ce terrain. Le travail réalisé nous a porté au 1er rang des villes de France par rapport au nombre de policiers municipaux.» Jean-Marc Pujol

https://www.la-france-audacieuse.fr/actualites/1-articless/144-jean-marc-pujol-se-represente-sur-la-base-de-trois-axes-principaux

«En 2014, nous avons fait front, front républicain, mais ce que l’on entend aujourd’hui, c’est que ce front n’a servi à rien », Agnès Langevine, 25 février, France3.

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“Prises de guerre” ?

Comme annoncé, la liste Aliot  a pratiqué une union des droites (ralliant par exemple à la dernière minute l’UDI Marie-Christine Marchesi), et même au-delà, avec un Jacques Palacin (membre historique du Comité Directeur du Parti Socialiste dès 1973, courant “Bataille Socialiste”, et ancien argentier régional du parti) démissionnaire du PS en novembre 2019 pour passer en direct à “L’avenir en grand”. Voire un André Bonet qui se présenta un temps comme soutien de la gauche radicale avant de devenir conseiller municipal de l’équipe Pujol en 2014.

Hormis l’historique Jean-Louis de Noell désormais dans l’ombre de Grau, les dissidences FN-RBM /RN notables se retrouvent en tête de la liste Bolo (lui-même ex-assistant parlementaire UMP, directeur de cabinet du maire du Barcarès Ferrand, puis assistant parlementaire du député européen FN Aliot et élu sur sa liste aux municipales 2014 avant d’être candidat RBM aux législatives 2017) avec Clotilde Font (ex-RPR, elle avait fait la campagne du socialiste Cresta en 2012 avant d’être élue n°2 de la liste Aliot en 2014; elle a claqué la porte de la liste Grau deux jours avant la clôture des listes), Philippe Symphorien (candidat en 2014 sur la liste Aliot, candidat FN aux départementales 2015, candidat Debout la France aux législatives 2017) , outre Jade da Campo.

Co-créateur de l’éphémère mouvement Evolution66 avec Clotilde Font, Bernard Reyes a par contre fait sa réapparition comme colistier d’Aliot.

Soutien de la liste Pujol comme en 2014, le CNIP était associé à Debout la France lors des élections européennes de juin 2019. Une de ses figures départementales historiques fut candidat aux européennes sur la liste Le Pen aux européennes de 1999 et dirigeant du très frontiste Cercle national des Agriculteurs. Son actuel patron fut candidat à Saint-Estève en 2010 sur la liste Palma – désormais soutenu par Robert Ménard. Membre de droit du bureau de l’UDI-66, il fut par ailleurs l’avocat de Marine le Pen dans un conflit avec la Ville de Perpignan.

Debout la France avait rallié Marine Le Pen au deuxième tour de la présidentielle 2017. Le secrétaire départemental de 2014 à janvier 2017, Sébastien Ménard, apparaît en n°17 sur la liste Aliot. (Son successeur, en outre membre du Conseil National du parti, a claqué la porte de DLF en octobre dernier. Il est désormais le directeur de campagne d’une liste “indépendante” au Barcarès, l’Esprit d’ouverture, capée par une ancienne candidate de la liste Naya-Dubois en 2014, désormais réputée proche du Rassemblement National.)

Sébastien Ménard  était également, es-qualité de dirigeant départemental de DLF, l’un des membres fondateurs du mouvement catalaniste Oui au Pays Catalan (OPC). Son successeur à la tête de DLF66 en a été à son tour membre du comité directeur. Via le réseau  “Régions et Peuples solidaires”,  OPC a pu placer l’une de ses membres, Amélie Cervello, en 34e place de la liste Europe-Ecologie de Yannick Jadot, aux élections européennes de juin 2019. Amélie Cervello est aujourd’hui sur la liste Grau, de même que Jordi Vera. Lors sa première manifestation, le 18 juin 2016, OPC avait reçu le soutien des Identitaires de la Ligue du Midi, parmi lesquels les leaders du mouvement d’extrême-droite Richard et Olivier Roudier (cf photo source : Lengadoc Info, et détails)… Quatre listes perpignanaises accueillent en 2020 des fondateurs ou membres du comité directeur d’OPC à cette époque : Aliot, Pujol, Grau et Ripoull.

Quand Jordi Vera était mis en garde sur ses fréquentations identitaires

Notons par ailleurs que sur la liste Grau figure parallèlement l’ex-dirigeant d’Unitat Catalana et ex-adjoint au maire Pujol, Brice Lafontaine, qui en 2017 avait créé un binôme pour les sénatoriales sous un pavillon “En Marche” quelque peu aléatoire avec… Clotilde Font.

Le 5 juillet 2003, une stèle dédiée aux “martyrs” de l’OAS Degueldre (créateur des commandos Delta fusillé le 6 juillet 1962), Dovecar, Piegts et Bastien-Thiry, était inaugurée en présence de Jean-Marc Pujol, alors 1er adjoint au maire de Jean-Paul Alduy, et son adjointe actuelle Suzy SimonNicaise au centre du cimetière municipal du Vernet. Cette stèle fait depuis 2003 l’objet de cérémonies très controversées. Le caractère pro-OAS exclusif n’interdit pourtant pas que des hommages officiels y soient rendus : cf photos de juillet 2019 et 2016. Source ADIMAD.

Combien de listes proposent-elles d’ailleurs aujourd’hui d’en finir avec cette stèle “de la honte” dans un espace public?

Contact permanent du CVA66 :  comitevigilanceantifasciste@riseup.net
  1. Parmi les 9 listes déposées, celle de Lutte Ouvrière n’a, comme toujours, fait campagne que sur les bases politiques nationales du parti, du moins jusqu’à ce jour. []

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