Rassemblement national : le bilan de la semaine #3

9 mars 2020 2 Imprimer ce billet Imprimer ce billet

Petit récapitulatif de l’actualité du Rassemblement national la semaine dernière  : n’hésitez pas à compléter dans les commentaires ce qu’on aurait pu oublier !

Élections municipales 2020

• C’est pire que prévu pour le RN : alors qu’il était question, avant la date limite, de 500 listes déposées par le parti de Marine Le Pen dans des villes de plus de 1000 habitants, il n’y en a finalement que 430, contre près de 600 en 2014. Reconnaissons au RN que la plupart de ses listes annoncent la couleur, puisqu’il n’y a qu’une vingtaine d’entre elles sans étiquette (à comparer avec les techniques de camouflage des listes LREM). Mais c’est aussi la preuve que le parti d’extrême droite peine à rassembler autour de lui.

• Après le dépôt des listes du RN, les premières personnes qui se retrouvent “malgré elles et eux” sur les listes sont apparues, comme lors des précédentes élections municipales : à Amiens, dans le Val d’Oise à Arnouville ce fut le cas pour 4 des 35 colistiers, ou encore à Chalons sur Saône où 4 des 43 colistiers affirment avoir été trompés.

• Dans le 4e secteur de Marseille, c’est un mort que le candidat RN Bernard Marandat a inscrit en 47e position sur sa liste. Et pas n’importe lequel : Guy Bertran de Balanda, ancien responsable de l’Action française Provence, décédé le 14 février dernier. Marandat lui avait d’ailleurs rendu sur Facebook un brillant hommage, assumant l’avoir inscrit sur sa liste post mortem : ” C’est avec émotion que je te salue, toi, fidèle ami d’entre les fidèles (…) Je sais Guy, pour cette dernière campagne des municipales actuelles combien tu étais malheureux de ne pouvoir participer, mais tu es sur ma liste en dernière position, la place d’honneur (…). Mais Guy, c’est aussi la fête et c’est toi qui concrétise (sic) le mieux la formule que nous avions reprise « le fascisme, c’est la fête ! » Nous avons tous en mémoire ces repas (…) les soirées grandiose (resic) dans les caves de Saragan, tapissées de fleur de lys et de croix celtique , où aux musiques des Rolling Stones et de Johnny succédait, le tout se mêlent (reresic), les oies sauvages, les lansquenets, la Royale, et où l’on dansait le rock sur Lily Marlène.

• Pour remplir ses listes, le RN peut promettre aussi des massages, comme dans le Calvados à Mézidon-Vallée-d’Auge : le délégué départemental  Emmanuel Norbert-Couade proposait des “Bon pour massage ou coupe couleur” pour être sur sa liste, en se justifiant “Rien à voir, c’était un gadget. Ma femme a un commerce de modelage et de coiffure, c’était la cerise sur le gâteau, une récompense, mais ces signatures n’ont pas été conditionnées“.

Quand on arrive pas à remplis ses listes, on peut toujours essayer de vider celles des autres : c’est cette technique un peu tordue qu’a employée Aymeric Merlaud[1], tête de liste RN à Maubeuge (Nord).  Merlaud a en effet annoncé sur les réseaux sociaux, à moins d’une semaine du dépôt des listes, le ralliement sur sa liste de deux candidats de la liste « Réinventons Maubeuge », qui risquait ainsi de ne pas avoir le nombre de candidats suffisant.

• À Montpellier, le Rassemblement national a finalement retiré son soutien à Olaf Rockvam, qui a maintenu sur sa liste (en 3e position) Djamel Boumaaz, condamné pour un acte homophobe, adepte de la quenelle et qui avait publié en juillet dernier une photo de son gâteau d’anniversaire orné d’une croix gammée, “offert par mon ami SS” disait-il en commentaire ! En janvier 2020, Rockvam prétendait ne pas connaitre Boumaaz, puis une fois les listes déposées, était aux abonnés absents, mettant dans l’embarras une partie de ses colistiers, et le RN qui le soutenait jusqu’à lors.

• Dans les Côtes d’Armor, à Dinan-Léhon, le candidat RN Gérard de Mellon a fait appel à une société de marketing téléphonique pour diffuser une fake news : il prétendait dans son message que la dette de la ville avait augmenté, alors qu’elle était passée (par habitant·e)  de 841 euros en 2014 à 580 euros en 2018. Une information publique facile à vérifier…

• Enfin, à Bollène, le candidat RN Claude Besnard a finalement renoncé à présenter une liste face à la maire sortante d’extrême droite Marie-Claude Bompard, femme de Jacques et co-fondatrice de la Ligue du Sud. Besnard dénonce des pressions : “Mme  Bompard a eu à l’évidence la trouille. Que voulez-vous que je réponde à un artisan à qui on fait un chantage sur un chantier qu’il allait démarrer ?” Le candidat RN avait comme directeur de campagne, André-Yves Beck, dont nous vous avons déjà parlé, ex-directeur de la communication de Bompard à la mairie d’Orange, et qui ne mâche pas ses mots pour parler de la femme de ce dernier, qu’il considère comme “le maillon faible des patriotes à Bollène” par “son incapacité à incarner une gouvernance“.

Résistance anti-RN

• A Tergnier dans l’Aisne, un rassemblement était organisé contre la présence de Jean Messiha, le délégué national “Études et Argumentaires” du RN payé plus de 12000 euros par mois par le parti, venu soutenir la liste RN de cette ville.

• À Troyes, Nicolas Bay était de passage pour un meeting, là encore il fut chaleureusement accueilli par des antifascistes.

Photo L’Est éclair

Vie interne

Un ancien salarié de l’équipe de campagne du RN pour les présidentielles de 2017, Mickaël Ehrminger, a assigné en liquidation judiciaire son ex-employeur. Chargé de mission proche de Philippot, il avait dénoncé au micro de Mediapart et de Buzzfeed  “l’amateurisme” de la campagne : il est alors licencié pour “violation de clause de confidentialité” et attaqué par le parti de Marine Le Pen qui lui réclame 100 000 euros de dommages et intérêts. Il sera finalement condamné à 1 euro symbolique, et obtient en retour que ses heures supplémentaires et la requalification de son contrat lui soit payé, soit plus de 20000 euros. Le RN traîne pour le payer, et en décembre 2019, un huissier se présente au RN avec un commandement de payer : problème, il ne reste que 3000 euros sur le compte du parti ! Wallerand de Saint Just, le trésorier du parti, parle de “vaste plaisanterie”…

• Mais les problèmes financiers du RN s’accumulent : en avril, il y aura le jugement de l’affaire Jeanne, et en juin, le RN devra se présenter devant un tribunal russe pour le non-remboursement d’un emprunt d’un peu moins de 10 millions d’euros. Marine Le Pen compte sur le lancement d’un grand emprunt national pour appeler à sauver son parti, mais c’est surtout la gestion de la trésorerie qui pose question : des dettes à hauteur de 25 millions d’euros, une perte de 2,4 millions sur l’année 2019 (19,2 millions cumulés sur sept ans), alors même que les bons résultats électoraux du RN voient ses recettes augmenter.

• En attendant, le RN continuent à perdre des militant·e·s : entre 2017 et 2018, les cotisations sont passé de près de 2 millions d’euros à un peu plus d’un million, soit, pour une cotisation moyenne de 40 euros, un nombre de militant·e·s à jour de cotisation divisé par deux (de 46 000 à 27 000). On comprend mieux que le RN peine à trouver des candidat·e·s, s’il n’a déjà pas de militant·e·s !

La Horde

  1. Conseiller  régional des Pays de la Loire, et qualifié par le RN local Pascal Gannat, qui pointe son “absentéisme chronique”, de “crocodile politicien”, Merlaud n’a donc aucune attache dans la région, mais Maubeuge se trouve dans la circonscription de Sébastien Chenu, dont il est proche. []

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