Valérie Laupies et Yves Crubellier : ces ex-FN qui soutiennent Civitas

6 mars 2020 2 Imprimer ce billet Imprimer ce billet

Nous avions évoqué, la semaine dernière, dans un article sur Civitas, deux anciens militants du FN venus former les candidats intégristes pour la campagne des municipales à venir : Valérie Laupies, candidate à la mairie de Tarascon, et Yves Crubellier, candidat sur Saint-Genis-Laval ; voici leur parcours.

Valérie Laupies : d’Attac à Civitas

Valérie Laupies est née en 1969 et originaire de Saône-et-Loire : à 18 ans, elle prépare une licence d’histoire à Lyon II (où elle rencontre son futur mari Frédéric), puis l’IUFM de La Croix-Rousse pour devenir enseignante dans le primaire (elle est actuellement directrice d’école). Quelques années plus tard, elle pensera à adopter, mais espère un enfant asiatique : quand elle apprend qu’elle a 90% de chance, dans les Bouches-du-Rhône où elle réside, d’adopter un petit Maghrébin, elle préfère renoncer. “Ce n’est pas une culture que j’apprécie“, justifie-t-elle, comme si la culture était ancrée dans les gènes.

Tout au long de son parcours politique, elle n’en finit plus de se déporter sur sa droite : selon ses dires, elle aurait d’abord commencé à militer au sein de l’association Attac contre “l’oligarchie financière“, puis au MRC de Jean-Pierre Chevènement pour défendre “la souveraineté de la nation“, avant de se rapprocher du MPF de Philippe de Villiers et finalement de rejoindre le Front national, suivant entre autres les conseils d’Alain Soral, pour finalement s’en éloigner et devenir une compagne de route de Civitas : difficile pour elle d’aller plus à droite désormais !

Valérie Laupies en 2010

Pour expliquer son envie de rejoindre le FN fin 2005, elle avance plusieurs explications. Elle dit que la lecture de l’autobiographie de Marine Le Pen, À Contre-flots, l’aurait “complètement décomplexée.” Une autre fois, ce serait sur les conseils d’Alain Soral, auquel elle s’intéresse dès le début des années 2000, qui lui aurait conseiller de voter « Le Pen ou Dieudonné ». Enfin, elle invoque parfois le fait que sa fille, en rentrant à l’école publique, aurait “rejoint une communauté qui n’était pas la nation française[1], précisant même dans une autre vidéo : « j’ai dû scolariser ma fille en ZEP n’ayant pas le choix et je sais qu’elle a souffert de se retrouver dans la minorité ethnique ». Elle explique ainsi  son choix de se présenter aux élections sous les couleurs du FN : « Il y en a marre de devoir se taire et se culpabiliser de n’être pas assez généreux. Cette idéologie, c’est le mondialisme (dont le pan économique est le libre-échangisme), le racisme anti-français, l’inversion des valeurs avec la discrimination positive, la rupture radicale avec la tradition (…). Il faut donc un certain courage pour échapper à cette police des idées mais quelle liberté d’esprit lorsqu’on a franchi le pas et que l’on est décomplexé ! »

Valérie Laupies doit beaucoup à son ami Jean-Marie…

Militante active sur Tarascon depuis 2009 et repérée par Jean-Marie Le Pen, elle est élue conseillère régionale en 2010 sur la liste de celui qui est toujours alors le président du FN ; elle s’est ensuite présentée aux cantonales en 2011 dans le canton de Tarascon et obtient alors 31% des voix ; aux législatives de 2012 dans la 16e circonscription des Bouches-du-Rhône (28,98%) puis, sous l’étiquette “Rassemblement Bleu Marine“,  elle a failli emporter la mairie de Tarascon en 2014, en obtenant 47 % au second tour ; aux législatives de 2017, elle manque, là encore de quelques voix, d’être députée avec 49% des suffrages.

Valérie Laupies en campagne.

En 2012, elle se rapproche également de Marine Le Pen : non seulement elle lui donne sa signature d’élue pour les présidentielles, mais elle rejoint son équipe de campagne en octobre, comme conseillère pour l’école,  et continuera après les élections à conseiller Marine Le Pen sur l’enseignement primaire. Elle rejoint également le bureau politique du FN. En 2013, elle participe à la création du collectif Racine, dont elle est vice-présidente, chargé de regrouper les rares enseignant·e·s séduit·e·s par le FN et de faire des propositions en matière d’éducation.

En 2013 avec Marine Le Pen pour le lancement du collectif. En 2015 avec Marion Maréchal pour son antenne locale.

Elle qui prétend “aimer son métier”, décrit les ZEP comme des “jungles” où “aucune tenue des élèves, ni éducation, ni discipline” n’existent : pas très respectueuse de ses élèves, quand même… Ses solutions ? Le port de l’uniforme à l’école, le rétablissement des cours de morale où en enseignera la politesse et l’amour de la patrie !

En septembre 2016, Laupies propose son “expertise” dans un autre domaine, et participe à la table ronde au titre évocateur « Immigration et communautarisme : la France au bord de l’explosion  » aux Estivales de Marine le Pen à Fréjus. Elle y étale toute son islamophobie, dénonçant la “prolifération de mamans voilées“, “les cours d’arabe dans les écoles“, l’enseignement des langues et cultures d’origine (ELCO) comme une preuve de “communautarisme“, et croyant savoir que tout ça disparaitra avec l’élection de “Marine”. Bien sûr, tout cela sous couvert de “laïcité”, mais à la sauce Riposte laïque, site islamophobe auquel Laupies a accordé en 2012 une longue interview. Cet attachement à la “laïcité” est pourtant en complète contradiction avec certaines de ses nouvelles amitiés : ainsi, en 2018, elle prend la pose avec les illuminées du groupe les Brigandes à l’occasion des 90 ans de Jean-Marie Le Pen, et rencontre l’abbé Régis de Cacqueray à Rueil-Malmaison toujours chez Jean-Marie.

Au centre, Valérie Laupies avec les Brigandes, en compagnie (à gauche) de Sylvie Goddyn, alors députée européenne FN, le 30 juin 2018.

Surtout, elle participe en juin 2018 à une conférence organisée par Égalité & Réconciliation en compagnie d’Alain Escada et Marion Sigaut, sur la question de la PMA.

Avec Marion Sigaud et Alain Escada, à l’invitation d’Égalité & Réconciliation, le 10 juin 2018.

En décembre de la même année, elle signe la lettre des 19 élus régionaux du FN appelant rejoindre la liste « Les Amoureux de la France » de Nicolas Dupont-Aignan pour les européennes de 2019, sur une liste commune avec le Rassemblement national : pour cette trahison, elle est exclue du parti de Marine Le Pen (elle dénonce alors “l’autoritarisme”  de celle qu’elle admirait tant moins d’un an auparavant).

Exclue du RN, Laupies est soutenue par Bompard et Ménard.

Fini de tresser des couronnes de lauriers à Marine Le Pen : désormais, tous les coups seront permis. Ainsi, durant la campagne pour les municipales 2020, son mari Frédéric n’hésite pas exhiber les affiches du Rassemblement national qu’il a lui-même arrachées ! Pas très sympa pour leur ancien camarade Jean-Guillaume Remise, dont nous avons déjà parlé sur notre site.

En août 2019, c’est avec Jacques Bompard, président de la Ligue du Sud et maire d’Orange, et Robert Ménard, le maire de Béziers, qu’elle s’organise pour s’opposer au candidat RN aux municipales de 2020 (tout en entretenant de bonnes relations avec Julien Sanchez, le maire RN de Beaucaire). En septembre, elle participe à une formation sur les élections municipales avec les deux compères, la députée Marie-France Lorho, le maire de Bussière Eric Viaud ainsi qu’avec le hell’s angel Jean Marie Moulin.

Marie-Claude (A) et Jacques (B) Bompard, Marie-France Lorho (C), Robert Ménard (D), Valérie Laupies (E), Eric Viaud (F) et Jean-Marie Moulin (G).

Elle annonce en novembre sa candidature : à cette occasion, elle déclare, en réponse à une question d’un journaliste lors d’une conférence de presse, que “le “grand remplacement” n’est pas une théorie, c’est une réalité“…[2]. Sur sa liste figure Claude Luyat, un de ses fidèles (il était déjà à ses côtés en 2014) dont le moins qu’on puisse dire est qu’il n’a pas la langue dans sa poche : “Quand les gens s’arrêtent à Tarascon, ils ont envie de voir la Provence, pas le Maghreb ! (…) Une grand-mère qui porte le tchador, passe encore. Mais quand une fillette de 12 ans est comme ça, on se demande comment elle sera plus tard ! Je sais bien que c’est bientôt le carnaval, mais quand même !”.

Claude Luyat

On comprend mieux pourquoi le Parti de la France lui apporte son soutien, et pourquoi elle a apporté le sien à Civitas, en compagnie de son mari Frédéric, qui assure sa communication politique sur les réseaux sociaux. Elle le justifie par le fait que Civitas lutte contre “l’oligarchie mondialiste” : on avait vu précédemment ce que le mouvement d’Alain Escada entend par là

Yves Crubellier

Pour ce qui est de Yves Crubellier, si son engagement à l’extrême droite est plus ancien, ses résultats électoraux sont nettement moins probants. Né en 1972, et ancien des commandos paras, volontaire en ex-Yougoslavie, il est devenu par la suite le patron d’une petite entreprise de distribution de fournitures de bureau.

Yves Crubellier est venu apporter une crèche à la mairie de Saint-Genis Laval.

Il dit s’être engagé politiquement à l’âge de 16 ans, mais c’est à 21 ans qu’il adhère au Front National de la Jeunesse (FNJ), en 1993, et il justifie ainsi son engagement quelques années plus tard : « « Les idées que je défends impliquent l’amour de la France et de son peuple, l’admiration pour la grandeur de son passé, la volonté farouche de ne pas voir mon pays, et donc ceux qui le composent, disparaître à l’aube de ce XXIe siècle, dans un conglomérat mondialiste. ». Il est candidat pour le FN aux cantonales de mars 1998 à Vaugneray.

Crubellier en 1998, lors de son passage dans l’émission “La Marche du Siècle”.

Au moment de la scission du parti en 1999, il suit Bruno Mégret, rejoignant le Mouvement national de la Jeunesse (MNJ). On le retrouve ainsi candidat sous l’étiquette MNR pour les législatives de 2002 (où il obtient 1% des voix) puis aux européennes et aux régionales de 2004, sur la liste menée par Norbert Chetail, qui obtient 1,3% des voix. En 2003, il préside le MN dans le Rhône, sa femme Véronique étant elle secrétaire générale : mais trois ans plus tard, probablement en raison de ses scores piteux, il quitte le parti de Bruno Mégret pour rejoindre le Parti populiste de Franck Timmermans (ancien secrétaire général du MNR) dont il devient le secrétaire national à la communication. En 2008, l’heure est au Front national à la réconciliation avec certains « félons » : sous couvert de défendre « l’Union des Patriotes », le FN soutient ses amis du Parti Populiste et leurs candidats aux municipales 2008, dont Curbellier à Saint-Genis-Laval, où il se présente pour la première fois, avec le soutien de Bruno Gollnisch, et obtient 4,5%, soit 367 voix seulement. Crubellier se rapproche ensuite de Gilbert Péréa, le président d’une obscure formation, “Populisme et Perspectives Françaises”.

Rentré au FN en 1983, Gilbert Péréa, après avoir tenté en 1995 d’emporter la mairie de Clichy, en Seine-Saint-Denis, s’implante à La Seyne sur Mer, dans le Var : en 1998, alors que la ville de Toulon est dirigé par le Front National, Péréa, directeur de Jeunesse toulonnaise, un centre de colonie pour les jeunes Toulonais,  est mis en examen pour des emplois fictifs en faveur de proches du parti au sein de son association. Au moment de la scission du FN, il préfère, comme Crubellier, suivre Bruno Mégret, et il se présente pour la première fois à La Seyne-sur-Mer sous les couleurs du MNR lors des élections municipales de 2001, où il obtient 4,3% des voix. Aux élections municipales de 2008, plus de liste MNR : Péréa en profite pour monter son propre mouvement, Populisme et Perspectives Françaises, pour défendre « un nationalisme de combat, déterminé à riposter aux attaques d’une droite arrogante et d’une gauche bourgeoise qui, à l’échelle nationale, européenne ou internationale, poussent sans cesse l’avantage du mondialisme » et aussi pour le « regroupement de tous les nationalistes ». Crubellier est, lui, secrétaire général de cette organisation.

Notons que l’initiative reste totalement inaperçue jusqu’à sa disparition en 2011, si ce n’est au niveau local, Valérie Laupies et Yves Crubellier relayant ses communiqués sur leurs sites respectifs. En mars 2011, Péréa se présente aux cantonales sous les couleurs « Rassemblement bleu Marine », puis déclare en juin de la même année : « Ne voulant pas gêner ni parasiter la campagne électorale de Marine Le Pen, j’ai décidé de ne plus communiquer et de redevenir un observateur silencieux de la vie politique et cela jusqu’à nouvel ordre. »

En 2014, il rejoint alors Nicolas Sarkozy, que Péréa accusait cinq ans plus tôt de faire « des cadeaux aux mondialistes sur le dos des familles françaises » et des « promesses démagogiques », n’hésitant pas à déclarer : « la politique de Sarkozy n’est ni amendable, ni modifiable » ! Aux dernières nouvelles Péréa roulerait aujourd’hui pour Debout le France… 

Après cette série de mauvais choix, l’ambition politicienne de Crubellier aura finalement raison de ses choix politiques, et c’est sous l’étiquette du « Rassemblement Bleu Marine » qu’il se présente à nouveau à Saint-Genis-Laval en 2014, obtenant cette fois le score plus honorable de 15,5%, qui lui permet d’être conseiller municipal, et même de former un petit groupe d’opposition.

Mais cela ne signifie pas que Crubellier ait rompu avec ses anciennes amitiés. Ainsi, en 2015, il invite Jean-Yves Le Gallou, ancien cadre dirigeant du MNR, pour présenter son livre au titre évocateur : “Immigration, la catastrophe. Que faire ?”

Crubellier prend la pose avec Jean-Yves Le Gallou et ‘élu régionale FN Michel Dulac.

Alors qu’il quitte le FN fin 2018, il est toujours présent dans l’organigramme sur le site du parti, preuve que son départ n’a pas été particulièrement remarqué… Pour les prochaines élections municipales, la liste d’Yves Crubellier bouffe à tous les râteliers, puisqu’il prétend rassembler les électeurs des Républicains, du RN, du Parti Chrétien Démocrate, de Debout la France et même… des Patriotes de Philippot, dont on sait tout le bien que pense Civitas de l’ancien n°2 du FN, dont Escada a mainte fois fustigé « les mœurs dissolues », et qui symbolisait à ses yeux que « le lobby LGBT s’est emparé de nombreux leviers de commande au sein du FN ».

La Horde

  1. Propos tenus dans une vidéo réalisée pour Riposte laïque, mise en ligne le 26 novembre 2019. []
  2. Dans un entretien au quotidien national-catholique Présent en avril 2019, elle avait déjà déclaré avec subtilité : “Nous sommes une ville emblématique du grand remplacement. Par conséquent, aux abords des écoles, par exemple, ainsi que dans la rue, on ne parle plus le français, mais l’arabe.” []

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