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Le Mans : compte rendu du rassemblement antifasciste

Des camarades antifascistes étaient présent·e·s dans la manifestation organisée samedi 14 décembre contre la “marche du souvenir vendéen” organisée par l’extrême droite locale : voici leur compte rendu. 

Le 14 décembre 2019 s’est tenu au Mans un rassemblement antifasciste à l’appel de différentes organisations (Collectif antifasciste de la Sarthe, CNT, FSU, LDH, NPA, Solidaires CT72 UCL, UNEF) sur la base d’un appel commun [1]. Ce rassemblement a été convoqué suite à l’appel de l’Action Française et des chrétiens traditionalistes manceaux à commémorer le « génocide vendéen » et les massacres que l’armée républicaine aurait commis au Mans lors de la guerre de Vendée en 1793 (affrontements sanglants entre les armées républicaines révolutionnaires et l’armée royaliste, composée majoritairement de Vendéens et de Chouans).

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L’affiche de la « marche du souvenir vendéen ».
On y note la présence du cœur vendéen, symbole royaliste et chrétien traditionaliste.

Cet événement se présentait sous la forme d’une marche aux flambeaux partant du parvis de la cathédrale Saint Julien du Mans. L’appel est relayé par l’Action Française sur leur site officiel (événement présent sur leur site onglet « agenda »), sur Facebook (pages locales) et sur Twitter par certains de leurs cadres. Cette marche aux flambeaux était également relayée par les militant.e.s de la Cocarde Étudiante, qui ont menacé les étudiant.e.s qui tractaient contre leur rassemblement à l’université du Mans [3].

Les camarades à l’origine de la contre-manifestation avaient prévu un départ commun de la maison des associations. S’y sont donc retrouvé.e.s militant.e.s syndicaux, membres du collectif antifasciste du Mans, Gilets Jaunes et habitant.e.s du Mans opposé.e.s à l’idéologie fasciste et réactionnaire.

A l’heure convenue donc, départ en manifestation à une petite centaine de personnes pour rejoindre la place des Jacobins (située face à la cathédrale St-Julien). Aux drapeaux des organisations signataires, se rajoutent ceux des membres de Sud Collectivités Territoriales ainsi que ceux de quelques Gilets Jaunes ouvertement antiracistes et antifascistes.

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Lors du trajet sont aperçus deux fachos royalistes qui ont suivi la manifestation sur quelques mètres avant de disparaître dans les rues du vieux Mans.

Sur la place des Jacobins, le cortège est grossi par d’autres personnes, notamment des syndicalistes de la FSU mais aussi par des passant.e.s intrigué.e.s par la présence de 200 personnes sur cette place animée ainsi que celle de nombreuses forces de l’ordre.

Les prises de parole s’enchaînent et certains parmi les Gilets Jaunes présent.e.s décident de monter dans la grande roue qui se trouve derrière le rassemblement pour faire flotter les drapeaux des différentes organisations présentes depuis son sommet, histoire que les fachos voient bien la présence anti-royaliste.

Comme de juste, les forces de l’ordre ne furent guère sensibles à la démarche (un mauvais souvenir à la fête foraine?) et tentèrent vaguement de faire descendre les camarades de la grande roue, mais suite au déplacement collectif du rassemblement pour les soutenir, aucune personne ne sera ennuyée et les flics rejoindront leurs positions, bredouilles.

Durant tout le rassemblement on observera la présence d’une personne au look casual [1 [5]] visiblement très occupée au téléphone mais aussi très stressée. On remarquera aussi des royalistes bon chic bon genre venus en famille et mal à l’aise de nous voir là. En apprenant leur nombre nous comprenons pourquoi. En effet nos chers roycos sont à peine une cinquantaine ! Cet échec à mobiliser est presque aussi cuisant qu’une défaite militaire.

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Après une bonne heure de présence, le cortège repart en direction de la maison des associations tout en observant un petit groupe de fachos (une dizaine) arriver du parvis de la cathédrale et se regrouper, mais assez loin de nous. Le retour du cortège se fit sans encombre et rencontra même un accueil chaleureux des personnes croisant la route de la manifestation. 

Au cours de la soirée du 14 décembre les fachos ont décidé d’attaquer plusieurs bars du Mans, dont Le Lézard (un bar plutôt ancré à gauche) et le Heaven’s Café (bar LGBT-friendly) à coup de battes et de barre de fer. Cinq d’entre eux ont été arrêtés et placés en GAV après ces attaques et après s’être affronté avec la police.

Il s’agirait de parisiens, d’angevins et de bretons. D’après France-Bleu Sarthe [7], ils avaient sur eux des “des casques, des masques, des gants coqués, des matraques télescopiques et des foulards royalistes”. D’autres articles ici [8] et [9] relatent également l’attaque.

Les attaques ont été revendiquées via la page Facebook « Ouest Casual », page Facebook connue des militant.e.s antifascistes comme étant un relais officiel des Zouaves Paris [10].

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On notera d’ailleurs qu’au sein de ce groupe se trouve Marc « Hassin » de Cacqueray-Villemier qui fait partie de la même famille que le candidat RN aux municipales du Mans, celui-là même qui a apporté publiquement son soutien à la marche aux flambeaux et dont la Horde parle plus longuement dans leur article sur les Zouaves Paris. [12]

Les royalistes et l’Action française tentent de s’implanter dans de nombreuses villes. La résistance antifasciste doit être vigilante face à ces groupes car, même si leur idéologie grotesque et nostalgique peut prêter à sourire, ils n’en demeurent pas moins réactionnaires, antisémites et racistes, et nous devons nous opposer à eux à chaque fois qu’ils se montrent dans la rue ou dans les bars.

Des camarades antifas parisien.ne.s présent.e.s au Mans

  1. Le look « casual » est un look vestimentaire issus en partie des stades de football anglais popularisé par les hooligans délaissant le look skinhead pour passer inaperçus. Les personnes s’en revendiquant portent principalement des marques telles que Lyle & Scott, Fred Perry, The North Face, Ellesse, Adidas, New Balance, Cp Company…. C’est un style assez présent dans les milieux antifas mais aussi chez certains groupes d’extrême droite. Ce look est très connoté « rue » et est souvent utilisé comme signe de ralliement. On associe souvent ce style vestimentaire à la violence, en grande partie parce que ce style a été popularisé par des films comme « Hooligans » ou « Football factory » qui s’inscrivent dans la culture hooligan. [ [13]]