À Halle comme ailleurs, le terrorisme d’extrême droite tue

25 octobre 2019 0 Imprimer ce billet Imprimer ce billet

À part quelques articles dans la presse généraliste, les deux meurtres perpétrés à Halle en Saxe-Anhalt ont donné lieu à relativement peu de commentaires et encore moins d’actions en France. Pourtant, il s’en est fallu de peu que cette attaque fasse beaucoup plus de morts. Encore une fois, l’individu responsable de ces morts s’inscrit dans un mouvement d’extrême droite radicale violente, dont les caractéristiques sont l’antisémitisme, le racisme anti-musulman et l’antiféminisme ; encore une fois, on n’a pas affaire ici à un individu isolé, comme certain.es aimeraient le croire, mais à un mouvement où l’escalade de la violence raciste est la règle, où chaque terroriste prend modèle sur ceux qui l’ont précédé, où la conjugaison de ces trois idéologies (antisémite, islamophobe et antiféministe) parcourt le monde, de la Norvège à l’Italie, du Royaume Uni aux États-Unis. Nous vous proposons ici la lecture d’un article paru sur le site allemand blick nach rechts, intitulé “Terreur meurtrière d’extrême droite”, écrit par Anton Maegerle et publié le 11 octobre dernier.

Ces derniers temps, des terroristes d’extrême droite racistes ont été responsables de la mort de nombreux hommes et femmes en Europe et dans le monde entier. Dans leur ligne de mire : celles et ceux qui professent une foi juive ou musulmane. Les experts en terrorisme d’Europol s’alarment du grand nombre d’incidents recensés.

En Allemagne, le choc a été énorme lorsque ce mercredi d’octobre, un militant d’extrême droite lourdement armé, Stephan B., a tenté d’entrer dans la synagogue de Halle. À l’intérieur, une cinquantaine de fidèles s’étaient rassemblés pour Yom Kippour, la plus importante des fêtes juives.

Le tueur de Halle

Lorsque le terroriste a finalement échoué à s’introduire dans la synagogue, il s’est détourné de son objectif et a tiré sur une femme qui se trouvait dans la rue, et un peu plus tard sur un homme d’une vingtaine d’années qui se trouvait dans un kebab. Le meurtrier d’extrême droite a été appréhendé peu de temps après. Le bureau du procureur a qualifié les faits qui lui sont reprochés de la façon suivante : homicide par deux fois et tentative d’homicide à neuf reprises. Depuis, Stephan B. a avoué ; il dit avoir agi pour des motifs d’extrême droite et par antisémitisme.

Sous la responsabilité conjointe de l’office régional de la police criminelle de Bavière et du Bureau central de Lutte contre l’Extrémisme et le Terrorisme, qui siège également en Bavière, plusieurs perquisitions ont été menées sur le territoire allemand : sept sites se trouvant en Bavière, dans le Bade-Würtemberg, en Thuringe et en Saxe-Anhalt ont donc fait l’objet de perquisitions en raison de mails contenant des menaces islamophobes où il était question d’attentats à l’explosif. Ces écrits portaient, entre autres, des signatures de groupes directement liés au milieu néonazi violent telles que « Combat 18 », « Blood and Honour, malgré l’interdiction nous ne sommes pas morts ».

Ailleurs dans le monde ou en Europe, on constate une augmentation des actes de violences d’extrême droite, ainsi qu’un accroissement des liens de ce milieu au niveau international. Celles et ceux que ciblent les terroristes d’extrême droite, ce sont les communautés religieuses juives et musulmanes.

Ils sont convaincus de la supériorité de la « race blanche »

En septembre dernier, le ministère américain chargé de la sécurité intérieure a placé les suprémacistes blancs au premier rang des menaces terroristes. Il existe ainsi un mouvement plus large au sein duquel se meuvent ces terroristes, et c’est au sein de plateformes telles que « 8chan » ou « endchan » que ces derniers peuvent nouer des liens. Dans son rapport en date de 2018, le FBI a recensé 850 attaques et agressions terroristes d’extrême droite. 50 personnes ont été assassinées par des terroristes d’extrême droite, ce qui représente une augmentation de 35% par rapport à l’année précédente, a déclaré Michael McGarrity, sous-directeur de la division antiterroriste du FBI, lors de son exposé le 8 mai dernier devant le United States House Committee on Homeland Security, un comité permanent du congrès américain. D’après McGarrity, la conviction de la supériorité de la « race blanche » est « une idéologie, une croyance ».

En août dernier, Patrick Crusius a tué 22 personnes dans un centre commercial à El Paso, en blessant des douzaines d’autres. Il a parcouru les 650 miles qui séparent son domicile à Dallas de la ville frontalière d’El Paso au Texas et s’est armé d’un fusil-mitrailleur AK47 avec un objectif : les Mexicains. Dans son manifeste intitulé « The Inconvenient Truth », Crusius fait connaître ses intentions : « Cette attaque est une réponse à l’invasion hispanique du Texas. »

Des manifestes avant des attentats meurtriers

En avril dernier, des fidèles célébraient le dernier jour de Pessah dans la synagogue Chabad à Poway, en Californie, au nord de la ville de San Diego. John Earnest, 19 ans, est entré dans la synagogue, il a tiré des coups de feu autour de lui, a tué une personne et en a blessé plusieurs autres, parmi lesquels le rabbin Yisroel Goldstein. Le meurtrier, qui avait incendié quelques semaines auparavant la mosquée Escondido, avait annoncé son attaque sur « 8chan ».

En octobre 2018, Robert Bowers a mené une attaque terroriste pendant la célébration de Shabbat à la synagogue Tree of Life de Pittsburgh. Ce fut l’un des attentats les plus graves qui ait été mené de façon explicite contre les Juifs aux États-Unis. L’assassin d’extrême droite tua onze personnes et en blessa grièvement plusieurs autres.

Le 15 mars 2019 en Australie, Brenton Tarrant mena une attaque terroriste contre deux mosquées à Christchurch en Nouvelle-Zélande et assassina 51 personnes, âgées de 3 à 71 ans. Peu de temps avant cette action meurtrière, Tarrant avait posté sur Internet un manifeste de 74 pages, intitulé : « The Great Replacement – Towards a New Society ». Le 22 juillet 2011, c’est le Norvégien Anders Breivik qui assassina à Oslo et sur l’île d’Utoya 77 personnes. Quelques heures avant de perpétrer ces massacres, Breivik envoyait par mail un texte d’un millier de pages portant le titre suivant : « 2083 : A European Declaration of Independance » à 1003 destinataires.

« Un intérêt persistant pour les armes et les explosifs »

L’agence européenne de police Europol indiquait en septembre dernier dans une enquête interne citée par les médias que le chiffre des arrestations effectuées en lien avec le terrorisme d’extrême droite en Europe avait augmenté ces trois dernières années de façon continuelle et significative : il est ainsi passé de douze arrestations pour l’année 2016 à 44 pour 2018 (« Strategic Report » du Centre européen anti-terroriste d’Europol).

Ce même rapport constate que les groupes d’extrême droite font montre d’un intérêt persistant pour la possession et l’utilisation d’armes et d’explosifs. « Pour renforcer leur capacités physiques et leurs compétences au combat », peut-on lire dans ce rapport, « les membres de groupes d’extrême droite essaient de recruter du personnel expérimenté issu de l’armée ou des services de sécurité, afin d’apprendre de leur expertise dans le domaine de la surveillance et de l’aptitude au combat. » Il faut ajouter à cela les événements organisés autour des sports de combat, qui jouent un rôle important pour le milieu d’extrême droite.

En Allemagne, il y a eu l’année passée 563 délits motivés par des opinions d’extrême droite, parmi lesquels on dénombre 235 actes de violence. En travaillant sur ces affaires, la police a enregistré en tout 1091 armes, ce qui représente un nombre notablement plus élevé que pour l’année 2017. Ainsi, 676 armes avaient été saisies en 2017 dans le cadre de délits commis avec une motivation politique d’extrême droite. Selon les informations données par le ministère fédéral de l’Intérieur, il s’agit d’armes de poing, d’armes à canon long, d’armes de guerre (ou du moins de parties importantes de ces armes), de dispositifs explosifs ou incendiaires, d’armes pyrotechniques, d’explosifs factices, de pistolets d’alarme ou de pistolets à gaz ou à air comprimé, d’armes blanches, d’aérosols de gaz irritant ou d’aérosols  au poivre, d’armes de paintball ou d’armes factices, de projectiles ainsi que d’outils dangereux.

Saisies de nombreux armes à feu et de nombreux explosifs

39 personnes à risque d’extrême droite et 113 de leurs sympathisant.es font actuellement d’une surveillance de la part des services de sécurité intérieure allemands ; parmi ces dernières, il faut compter des contacts aussi bien que des dirigeants. On dénombre 12 700 extrémistes de droite potentiellement violents, auxquels il faut ajouter ceux qui se font appeler les « Reichsbürger », qui sont 19 000 : il s’agit d’un milieu composite, marqué par des délires d’extrême droite radicale allant jusqu’à un refus totalitaire des structures étatiques.

Depuis le début de l’année 2017, les autorités chargées d’enquêter sur ce milieu ont saisi des explosifs à 51 reprises, ou bien ils ont enregistré des délits dans lesquels des explosifs ont joué un rôle. Ces résultats ont été rendus publics par le Ministère de l’Intérieur fédéral à l’occasion de la réponse à une question posée par le groupe parlementaire de Die Linke au Bundestag.

En juin dernier, l’extrémiste de droite Stephan Ernst, qui fut membre du NPD, a assassiné le ministre-président de Kassel, Walter Lübcke. Dans sa cache d’armes située dans un entrepôt de son employeur, on a retrouvé cinq armes, parmi lesquelles l’arme du crime, un 38, un fusil à pompe et un pistolet-mitrailleur de type Uzi ainsi que des munitions. Chez un autre homme soupçonné du meurtre de Lübcke, Markus H., plus de 35 armes de poing ont été saisies.

Des menaces de mort proférées contre des politiciens

Le 22 juillet 2019, jour-anniversaire des massacres perpétrés par Breivik (Norvège), Roland K., 55 ans, a tiré sur un réfugié érithréen de 26 ans, Bilal M., à Wächtersbach dans la région de la Hesse. K. avait mis dans sa lettre d’adieu une boucle de ceinture comportant une croix gammée et la devise des SS : « Mon honneur s’appelle fidélité. »

En septembre, le secrétaire général du SPD de Bavière, Uli Grötsch, recevait une nouvelle menace de mort de la part de néonazis, la deuxième en l’espace de huit semaines. Dans cet appel au meurtre, on pouvait lire : «  Tuez Uli Grötsch ! Une balle dans la nuque ! Comme Lübcke ! » Grötsch, qui siège pour le SPD à la commission pour l’Intérieur du Bundestag, est engagé contre l’extrémisme de droite.

Le candidat tête de liste pour la CDU aux élections régionales de Thüringe, Mike Mohring, a également reçu en septembre des menaces de mort sur une carte postale. Le candidat chrétien-démocrate y est appelé « truie chrétienne » et « porc de chrétien qui n’a qu’une chose dans son crâne de demeuré, se foutre du peuple ». Et, citons la suite : « Il est le numéro deux, le prochain à qui nous mettrons une balle dans la tête = ce n’est pas une blague ». On retrouve ici, comme pour Grötsch, une allusion très claire à l’assassinat de Lübcke.

Accusés d’avoir constitué un regroupement terroriste

Il y a plusieurs procédures en cours contre des structures terroristes d’extrême droite au tribunal régional supérieur de Dresde : un procès contre les membres présumés du groupe terroriste « Révolution Chemnitz », qui est l’une des procédures les plus importantes contre les groupes militants violents d’extrême droite depuis la fin du NSU (Nationalsozialistischer Untergrund, Clandestinité national-socialiste).

Le bureau du procureur fédéral reproche à ces huit hommes âgés de 21 à 32 ans d’avoir projeté de commettre des attentats à Berlin le 3 octobre 2018 en se faisant passer pour des militants d’extrême gauche, et ce dans le but de déclencher une guerre civile. Les huit accusés sont accusés d’avoir formé un regroupement terroriste, et cinq d’entre eux sont également accusés d’atteinte à l’ordre public aggravée et un de coups et blessures aggravés. L’acte d’accusation atteste également que les accusés ont une opinion national-socialiste.

Pour la création et la participation à un regroupement terroriste ainsi que pour avoir contrevenu à la législation en viguer sur les armes, le tribunal régional supérieur de Dresde a condamné le 10 octobre dernier deux membres du groupe d’extrême droite « Oldschool Society » à des peines de prison ferme. Le jugement n’est pas encore exécutoire. D’autres membres de ce groupe ont d’ores et déjà été condamnés à Dresde et à Munich.

Des groupes violents par delà les frontières

Le bureau du procureur fédéral allemand mène une enquête car il soupçonne que des actes de violences visant à mettre l’État en danger ont été préparés. Des membres du groupe survivaliste « Nordkreuz » auraient prévu de tuer des opposants politiques.

Ce sont surtout les liens internationaux des groupes d’extrême droite qui mettent l’Europe et les autorités européennes face à de nouveaux défis, ainsi que l’explique le « Strategic Report ». L’accroissement « significatif » des opinions d’extrême droite en Europe « s’exprime également par un nombre considérable d’incidents violents motivés par une idéologie d’extrême droite et que l’on recense dans de nombreux pays-membres de l’UE. »

Parmi ces groupes violents d’extrême droite qui s’organisent par delà les frontières dans plusieurs pays, Europol fait mention des « Hammerskins », des « Soldats d’Odin », du réseau « Blood&Honour », interdit en Allemagne, ainsi que du groupe international « Combat 18 » dont il question de l’interdiction actuellement en Allemagne.

Une femme politique travailliste britannique assassinée

Les experts en terrorisme d’Europol sont en alerte du fait des très nombreux incidents qui se produisent en Europe depuis 2016, date à laquelle la députée travailliste britannique Jo Cox a été assassinée peu de temps avant le référendum sur le Brexit en Grande-Bretagne. Cox s’était battue avant le référendum sur le Brexit avec passion pour que la Grande-Bretagne reste dans l’UE. Son meurtrier, Thomas Mair, avait tiré à plusieurs reprise sur Cox et l’avait ensuite poignardée alors qu’elle gisait à terre, grièvement blessée. Au cours de cette attaque, Mair avait crié : « Britain First ».

Le « Strategic Report » donne d’autres exemples d’activités terroristes d’extrême droite : ainsi, en 2017, un homme a fait dérailler deux trains en République tchèque et tenté de faire attribuer la responsabilité de ses actes aux musulmans en laissant un écrit en arabe sur les lieux de l’attentat. En 2018 à Macerata en Italie, un extrémiste de droite a tiré sur des migrants alors qu’il parcourait la ville en voiture. En France, six membres du milieu d’extrême droite ont été arrêtés fin 2018 parce qu’ils préparaient, semble-t-il, un attentat contre Emmanuel Macron. Auparavant, en France toujours, des extrémistes de droite avaient été interpellés car ils projetaient visiblement d’empoisonner de la nourriture dans un supermarché musulman. De la même façon, le rapport évoque Wolfgang P., un « Reichsbürger », qui tira sur un policier et l’atteignit mortellement en octobre 2016.

Interaction entre les milieux radicaux et les milieux violents

En août 2019 en Norvège, Philip Manshaus, extrémiste de droite, a fait irruption armé de deux fusils de chasse et d’un pistolet dans la mosquée Al-Nur, située dans la banlieue d’Oslo. Des fidèles l’ont stoppé. Auparavant, le terroriste avait tué sa demi sœur de 17 ans, Johanne Shangjia Ihle-Hansen parce qu’elle « était d’origine asiatique ».

Dans leur étude, les auteurs indiquent qu’il existe une interaction entre les milieux radicaux et les milieux violents. « Les deux milieux, aussi bien les groupes qui ne sont pas violents que les groupes qui cautionnent la violence, sont intimement liés et les frontières qui les séparent sont mouvantes, avec des membres qui passent d’un groupe à l’autre. » Ainsi, le Mouvement Identitaire (Identitäre Bewegung, IB) sert à rendre les idéologies d’extrême droite populaires « afin d’atteindre plus facilement les objectifs de propagande ».

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