Angers : La dérive des incontinents

24 octobre 2019 0 Imprimer ce billet Imprimer ce billet

Alors que l’Alvarium à Angers organise une conférence autour du groupuscule des années 1970 Ordre Nouveau, le Réseau Angevin Antifasciste fait une petite présentation de ce groupuscule en partie à l’origine du Front National :

Une des caractéristiques de l’alvarium est sa propension à la mythomanie. Ils se présentent comme des activistes notamment en multipliant les « projets culturels ». A vrai dire des coquilles vides dont l’existence se limite le plus souvent à l’existence d’un logo aguicheur. Il en va ainsi de leur cercle culinaire ou récemment d’un ciné-club équipé d’un « rétroprojecteur »… Pour exister sur les réseaux sociaux l’alvarium organise cette semaine une conférence sur le groupuscule néo-fasciste Ordre Nouveau.

Si le nom des intervenants n’est pas officiellement annoncé, il n’est pas difficile de comprendre que cette soirée quasiment privée autour du livre « Ordre nouveau raconté par ses militants » sera animée par les auteurs actuellement en tournée : Jacques Mayadoux, ancien candidat aux législatives pour le MPF (Mouvement Pour la France) dans l’Allier et André Michel Chanclu du collectif France-Russie qui se définit sur facebook comme « un groupe d’action français destiné à soutenir l’action hautement bénéfique du gouvernement russe au niveau international ».

Nous vous proposons une brève présentation d’Ordre Nouveau afin que chacun.e sache ce vers quoi notre groupuscule fasciste local tend actuellement, dans une lente mais nette dérive du catholicisme-traditionnel nationaliste et poussiéreux vers le néo-fascisme le plus crade. Le visuel de la soirée est d’ailleurs assez révélateur. Alors que leur discours habituel est de se présenter comme de jeune gens bien sous tous rapports, cette fois l’imagerie tombe en plein dans l’imaginaire des groupes d’extrême-droite ultra-violents. Beau repoussoir sauf pour les ultras-bourrins.

Ordre Nouveau (forme courte du Centre de recherche et de documentation pour l’avènement d’un ordre nouveau dans les domaines social, économique et culturel) fut le plus important mouvement néo-fasciste français d’après-guerre. Actif entre 1969 et 1973, il disposait à son apogée de près de 3000 militants unis sous le symbole de la croix celtique. Créé par des étudiants militants du GUD (Groupe Union Défense) et d’Occident qui fut dissout par le pouvoir, suite au plastiquage d’une librairie maoïste, Ordre Nouveau avait la prétention d’unifier toutes les composantes de la droite nationaliste révolutionnaire, voire plus largement à l’extrême-droite, pour combattre le communisme et les organisations gauchistes d’une part et le pouvoir gaulliste d’autre part. On retrouve les principaux dirigeants du GUD et d’Occident (Alain Robert, Francois Duprat, Jean-Claude Nourry, Gérard Ecorcheville), l’ancien milicien et rédacteur de Minute Francois Brigneau, des proches de Tixier-Vignancourt comme l’avocat Jean-Francois Galvaire, et des anciens de l’Action Francaise et de la Milice (Gabriel Jeantet, Henry Charbonneau). D’anciens de l’OAS on rejoint l’organisation en cours de route. Inspiré du MSI italien, le mouvement se prononce pour l’avènement d’un état nationaliste fort et autoritaire qui rejette la démocratie et l’égalitarisme, le tout saupoudré de racisme et d’antisémitisme.

Doté d’un service d’ordre jeune et aguerri au combat de rue (expérience du GUD face au militants de gauche dans les facs et les lycées), les meetings d’Ordre Nouveau sont l’occasion d’une démonstration de force : casqués et équipés de barres de fer de différentes tailles pour former plusieurs groupes (lanciers, voltigeurs et hommes de troupe) les affrontements avec les antifascistes seront souvent très violents. A plusieurs occasions, dont le 9 mars 1971, son service d’ordre a collaboré de façon très étroite avec la police (des barres de fer avaient été fournies par un agent infiltré des Renseignements Généraux). Durant l’hiver 1973, le Canard Enchaîné révélera qu’Ordre Nouveau négocie avec Matignon le débloquage des affiches du FN, imprimées par le MSI, et immobilisées à la frontière italienne, ainsi que le versement de fonds à Ordre Nouveau et au FN contre le fait que les nationalistes présentent aux élections leurs candidats face aux centristes, voire qu’ils réalisent à l’occasion quelques violences politiques ciblées.
Le 21 juin 1973, Ordre Nouveau prévoit un meeting salle de la Mutualité sur le thème : « Halte à l’immigration sauvage ». Des tracts « Bougnoule go home » seront distribués… Ce soir là, la Ligue Communiste tentera d’empêcher le meeting et le même soir, elle essaiera aussi de prendre d’assaut le local d’Ordre Nouveau. Les policiers débordés de toutes parts subiront de nombreux revers. C’en est trop pour le pouvoir qui décide le 28 juin la dissolution des deux organisations. A partir de 1974, plusieurs attentats à l’explosif, revendiqués par le Groupe d’Intervention Nationaliste, sont perpétrés en France contre des foyers de travailleurs immigrés, des locaux de mouvements de gauche ou anti-militaristes. Le GIN, soupçonné d’être une branche clandestine d’Ordre Nouveau, perpétrera ses méfaits jusqu’à la fin des années 70.

Un militant de gauche livré aux CRS par ceux d’Ordre Nouveau : bon chien-chien.

Ordre Nouveau avec d’autres organisations telles que Justice et Liberté de G. Bidault, le Parti de l’Unité Francaise de Roger Holeindre, le journal Militant de Pierre Bousquet et Jean-Marie Le Pen, est à l’origine de la création du Front National à l’été 1972. Dans l’organigramme du Front National on retrouve à chaque poste de direction un militant d’Ordre Nouveau. Ainsi, aux législatives de 1973, le Front National présente 104 candidats. Le Pen profite de la dissolution d’Ordre Nouveau pour virer Robert et Brigneau du bureau politique du FN et s’approprier la direction du parti pour de nombreuses années.

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