Du FN au Rassemblement national : frise chronologique de 1972 à nos jours

24 avril 2019 3 Imprimer ce billet Imprimer ce billet

Nous avons mis à jour la frise chronologique que nous avions éditée il y a cinq ans, centrée sur le FN mais qui évoque les faits marquants de la plupart des autres groupes nationalistes.

Notre chronologie illustrée propose un voyage dans le temps qui permet de mieux comprendre l’extrême droite, car si la grande majorité des formations actuelles sont apparues récemment, elles sont toutes, de par l’histoire de leur formation ou celle de leurs dirigeants, ancrées dans une histoire plus large, celle du nationalisme contemporain dont le FN reste encore de nos jours le principal représentant.  Vous pouvez commander la chronologie ici en version papier pour 1 euro (+ frais de port). La version papier comprend au verso les résumés ci-dessous ainsi qu’un focus sur les dates-clés de chaque décennie (numérotées sur l’image).

LES ANNÉES 1970

Le Front national (FN) n’est, à l’origine, qu’un cache-sexe pour les nationalistes-révolutionnaires d’Ordre nouveau (ON) qui souhaitent se présenter aux élections législatives de 1973 tout en poursuivant leur agitation dans les rues et les universités. Pour cela, les dirigeants d’ON imaginent de créer une structure plus large, avec le courant dit des « nationaux » héritiers du poujadisme et du soutien à l’Algérie française, courant auquel appartient Jean-Marie Le Pen. Ces deux composantes sont rejointes par des nationalistes-européens, des néonazis ou d’anciens collaborateurs. L’orientation du FN est, dès l’origine, nationale-populiste : le FN doit en effet être « le réceptacle de tous les mécontents ». Ordre nouveau est finalement retourné à l’activisme avant d’être dissout en juin 1973 : Le Pen profite alors de cette désorganisation pour renforcer son pouvoir au sein du Front. Mais cela prend du temps : le FN connait jusqu’au début de la décennie suivante une longue traversée du désert avant de se faire connaitre.

LES ANNÉES 1980

Du début des années 1980 au début des années 2000, l’extrême droite française est organisée de façon assez simple. Le Front national, qui regroupe plusieurs familles de la mouvance nationaliste (catholiques, païens, anciens de l’Algérie française, nostalgiques du fascisme et du nazisme, anticommunistes, ultra-libéraux…) occupe la plus grande partie de l’espace politique et public de ce courant de pensée, laissant à sa périphérie divers groupuscules dont la marge de manœuvre est très limitée : l’Œuvre française, le GUD, le Parti Nationaliste Français et Européen (PNFE), Troisième Voie… Si certains finissent par rallier le FN, d’autres choisissent la surenchère idéologique et la violence comme moyen d’expression, voire le terrorisme. La mainmise de Le Pen sur le FN et sa réussite médiatique ne laissent alors que peu de place à une autre personnalité ou mouvement pour le concurrencer, obligeant les autres formations à se soumettre ou à vivoter à sa périphérie. 

LES ANNÉES 1990

Le FN connaît ses meilleures années au milieu des années 1990, que ce soit sur le plan électoral ou au niveau de son appareil militant. C’est alors une machine de guerre, avec un service d’ordre quasi-professionnel, mais surtout avec de nombreux militants capables de se mobiliser pour n’importe quel événement. Les années 1990 sont également marquées par une recrudescence de la violence d’extrême droite, avec plusieurs morts, tous français d’origine étrangère. Mais la fin des années 1990 marque aussi la fin de l’hégémonie du FN sur l’extrême droite française, avec en 1998 la scission provoquée par Bruno Mégret, numéro deux du FN, qui quitte le parti avec de très nombreux cadres et militants pour créer une nouvelle structure, le MNR. Cette brèche, ouverte dans la suprématie frontiste, permet à certains mouvements nationalistes de récupérer des cadres et militants du parti lepéniste, déçus par les tensions existant entre le FN et le MNR.

LES ANNÉES 2000

Le 11 septembre 2001, le conflit israélo-palestinien et l’émergence de certains communautarismes radicaux bouleversent le champ politique à l’extrême droite, avec d’un côté une extrême droite traditionnelle restant sur ses bases, et de l’autre des mouvements prêts à passer ponctuellement des alliances inédites : on voit alors des groupes nationalistes s’allier avec des militants en perdition venus de la gauche (Dieudonné, Riposte laïque) ou se prétendant venir de la gauche (Alain Soral). Parallèlement, l’émergence de Marine Le Pen à la tête du FN et ses orientations stratégiques ont entraîné un désintérêt des jeunes militants nationalistes radicaux pour le FN, même si le parti, surtout lors des périodes d’élections, attise toujours les ambitions. Alors que le parti n’est plus capable de recouvrir les murs des villes de France d’affiches ou de mettre dans la rue des milliers de gens comme par le passé, faute de militants de terrain, le FN enregistre des adhésions de sympathisants, qui ne sont cependant pas prêts à se salir les mains.

Les années 2010

La nouvelle stratégie du FN version Marine est basée essentiellement sur la communication : bête médiatique comme son père, elle est présente quotidiennement à la télé ou la radio. Elle réussit à rallier à elle des personnalités médiatiques comme Gilbert Collard, ce que son père n’avait jamais réussi à faire. En interne, elle se débarrasse de tous ceux et celles qui pourraient s’opposer à elle, ou dont les positions trop radicales pourraient la gêner dans sa quête de normalisation du FN. Cette stratégie de normalisation du parti frontiste et le positionnement très « républicain » de sa présidente ont par conséquent recréé un nouvel espace pour les mouvements à la droite du FN, même si certains de ces radicaux rejoignent néanmoins le FN, comme les générations 1990 et 2010 du GUD, souvent pour le business.

Aujourd’hui

2017 devait être l’année de la victoire, annoncée longtemps à l’avance comme inévitable : la déception entraînée par la défaite (relative) de Marine Le Pen au second tour de l’élection présidentielle, et plus encore par sa contre-performance lors du débat télévisé de l’entre-deux-tours, a plongé le Front national dans une crise de confiance, accentuée par le départ de deux de ses principales figures, Marion Maréchal d’abord, Florian Philippot ensuite. Depuis, le FN tente de se réinventer, changeant de nom pour devenir le Rassemblement national, et renouvellant son équipe dirigeante au profit de nouvelles têtes, souvent jeunes et parfois issues de la mouvance identitaire, elle aussi en crise et dont les militants peuvent ainsi, à profit, recycler leur savoir-faire en communication.

La Horde

 

3 commentaires »

  1. Frédéric 12 mai 2019 at 23:41 - Reply

    Très édifiant mais l’extrême-droite c’est aussi La République en Marche et les Républicains …

    • La Horde 16 mai 2019 at 10:02 - Reply

      Si tout est d’extrême droite, alors rien ne l’est. Que les Repubicains, LREM ou le Parti socialiste reprennent des idées et des propositions de l’extrême droite, c’est indiscutable, mais cela ne peut pas nous faire faire l’économie de désigner et combattre le projet nationaliste en tant que tel, surtout qu’il se pose souvent en alternative au modèle politique et social en place.

  2. Frédéric 29 avril 2019 at 22:39 - Reply

    Hélas l’extrême-droite ce n’est pas seulement ceux que vous citez dans cette frise très instructive mais c’est aussi Les Républicains, La République en Marche …
    En France, les fachos ne manquent pas…

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