Cinq bonnes raisons de virer l’UPR de nos manifs

16 mai 2018 11 Imprimer ce billet Imprimer ce billet

Lu sur le site d’infos alternatives La Rotative, un argumentaire bienvenu contre la présence de plus en plus fréquente de l’UPR dans les luttes sociales ; en complément, on vous invite à (re)lire l’article que nous avions publié sur le souverainisme et son histoire, il y a quelques semaines.

Le 22 mars dernier, dans différentes villes, des militant-es de l’UPR ont rejoint les manifestations syndicales pour la défense du service public, ou ont tracté à leurs abords. A Bordeaux, Lille, Marseille ou Tours, des manifestant-es se sont organisé-es pour les faire dégager.

Pour certaines personnes présentes, les raisons de ces prises de position n’étaient pas claires. Alors pour éclairer un peu ce qui doit nous pousser à faire dégager les militant-es de l’UPR de nos espaces, voici un bref argumentaire en cinq points.

1) Parce que le chef de l’UPR est un cadre de la droite souverainiste

François Asselineau a un parcours assez édifiant pour quelqu’un qui prétend que son organisation n’est ni de droite, ni de gauche. Énarque, il a servi auprès d’un certain nombre de ministres de droite, dont Nicolas Sarkozy et Gérard Longuet (qui a longtemps milité à l’extrême-droite). Il a été directeur de cabinet de Charles Pasqua au conseil général des Hauts-de-Seine. Avant de fonder l’UPR, il a été membre du RPF (mouvement fondé par Pasqua et de Villiers), de l’UMP, puis du Rassemblement pour l’indépendance de la France (RIF), un parti d’extrême-droite. Avec un tel CV, Asselineau est aussi crédible que Macron quand celui-ci prétend se situer au-delà des clivages.

Asselineau en 1995, quand il était aux côtés de Pasqua.

2) Parce que l’UPR nie les rapports de classe

Les luttes sociales et syndicales prennent leur racine dans le constat d’une divergence d’intérêts entre le prolétariat et la bourgeoisie. Au niveau national comme au niveau international, le patronat s’enrichit sur le dos des travailleurs. Cette opposition fondamentale est niée par l’UPR, qui veut « rassembler tous les Français » et faire cohabiter ses adhérents « dans un esprit de fraternité républicaine », comme si patrons et salarié-es partageaient des intérêts communs. Cette position est incompatible avec la défense de nos intérêts de classe.

3) Parce que les discours de l’UPR sur la souveraineté populaire relèvent de l’enfumage

La principale ambition affichée par l’UPR consiste à sortir de l’Union européenne, de l’euro et l’OTAN, sous prétexte de rendre à la France « sa souveraineté et son indépendance ». Asselinau parle ainsi d’un « asservissement du peuple français » au sein d’une « dictature euro-atlantiste ». Au-delà de l’outrance, on peut noter que l’UPR ne produit aucune critique des institutions républicaines françaises (sauf en ce qui concerne le rapport à l’UE), et qu’Asselineau se revendique du gaullisme. On est donc loin des aspirations que peut porter le mouvement social en termes de renversement de la démocratie bourgeoise.

4) Parce qu’on n’explique pas le monde en s’appuyant sur des complots

Le rejet de l’Union européenne par l’UPR prend notamment racine dans une vision complotiste de sa création et de son objet. Pour l’UPR, l’UE est une construction du pouvoir états-unien visant à asservir les peuples européens, et Asselineau invoque souvent d’hypothétiques interventions de la CIA pour expliquer tout et n’importe quoi ((Il y a quelques années, l’UPR expliquait que le site d’information anti-autoritaire lyonnais rebellyon.info était probablement lié à « la CIA ou des services d’influence américains ». Lire « Rebellyon est manipulé par la CIA ?! »)). Cette lecture conspirationniste permet de ne pas mettre en cause les bourgeoisies nationales dans l’établissement de politiques néolibérales à l’échelle européenne. Si l’UPR est très critique vis-à-vis de l’impérialisme américain, elle est en revanche complètement acritique en ce qui concerne l’impérialisme russe, et Asselineau est régulièrement invité dans tous les médias russes en langue française (notamment RT France).

5) Parce que la période est suffisamment propice à la confusion

Une telle démonstration serait inutile s’il ne régnait pas une grande confusion dans les esprits. Or, force est de constater que de nombreux militants de bonne foi semblent au mieux indifférents, au pire bienveillants, à l’égard de l’UPR. Cette situation est renforcée par le positionnement d’une organisation comme La France Insoumise, dont certains cadres multiplient les sorties souverainistes, et qui préfèrent adopter un langage populiste (« le peuple » contre « l’oligarchie ») plutôt qu’un discours de classe. Cette confusion offre un boulevard aux idées de l’UPR. D’ailleurs, Le Média, organe de LFI, n’a pas hésité à inviter François Asselineau pour un « entretien européen » le 28 mars 2018.

La présence de l’UPR dans nos espaces et nos manifestations n’est pas innocente. Elle n’est pas guidée par la volonté de renforcer nos luttes, mais par la volonté de capter l’attention des personnes présentes pour avancer ses propres mots d’ordre. Comme indiqué dans un article de L’observatoire des réseaux à propos de la présence de militants de l’UPR dans la manifestation marseillaise du 22 mars :

« S’ils avaient voulu manifester sincèrement selon les mots d’ordre des organisateurs, les militants de l’UPR auraient pu le faire en s’intégrant individuellement aux cortèges syndicaux, par exemple. Personne (ou presque) ne les aurait remarqués. Mais le 22 mars, ils ont tenté de s’immiscer dans le cortège syndical marseillais avec une banderole pour le FREXIT ».

Les manifestations organisées par les organisations syndicales n’ont pas vocation à accueillir des nationalistes monomaniaques. Elles ne sont pas non plus des espaces de discussion avec des adversaires politiques. Virons l’UPR de nos manifestations.

11 commentaires »

  1. Ygg 29 février 2020 at 17:02 - Reply

    “1) Parce que le chef de l’UPR est un cadre de la droite souverainiste”

    Déshonneur par association, pas d’arguments, mais bon, on doit vous croire sur parole.

    “Nos manifestation” “Nos espaces”…

    “Si l’UPR est très critique vis-à-vis de l’impérialisme américain, elle est en revanche complètement acritique en ce qui concerne l’impérialisme russe”
    Faut oser, où se cache donc l’impérialisme russe de part le monde ? Montrez-le sur une carte !

    “Asselineau parle ainsi d’un « asservissement du peuple français » au sein d’une « dictature euro-atlantiste ».”
    Ha donc le fait que les nations ne décident plus rien (au niveau social, pas sociétal), car c’est un fait, les nations au sein de l’U.E. ne décident plus rien, vous niez dès lors l’existence des GOPE, c’est un fantasme, c’est ça ?

    Viviane Reding commissaire européenne affirme qu’il n’y a plus de politiques intérieures nationnales.

    C’est ce qui est assimilé à un asservissement, vu que les GOPE imposent les privatisations à tout va.

    Vous qui voulez vous battre contre la bourgeoisie (“Les luttes sociales et syndicales prennent leur racine dans le constat d’une divergence d’intérêts entre le prolétariat et la bourgeoisie”), faudrait un peu éviter les contradictions, oui la lutte des classes c’est pas fini, mais si vous êtes pour ce genre d’U.E. qui veut tout privatiser, il faut mettre les combats dans l’ordre, des priorités quoi !

    Je ne suis pas un militant upr, loin de là, mais je n’aime pas les arguments fallacieux, certains combats (comme la lutte des classes) je le partage avec vous, mais il ne faut pas mettre la charrue (lutte des classes) avant les boeufs (souverainisme)
    Comment voulez vous abattre le capitalisme si vous n’avez aucun pouvoir de décision ?!

    • La Horde 29 février 2020 at 20:59 - Reply

      Le “souverainisme” dont tu parles n’est en rien un préalable à la lutte des classes, qui n’a que faire des frontières. Par ailleurs, tu feins d’ignorer que le Russie tente, au même titre que les États-Unis, d’établir sa zone d’influence : l’Ukraine, la Crimée, la Syrie, tu en as entendu parler ? Quant à Asselineau, et c’est sûrement là que ta mauvaise foi est la plus criante, là encore tu joue les ingénus, comme si ce gars-là sortait de nulle part ! Enfin, il est faux de dire que les nations “ne décident plus rien”, la meilleure preuve, ce sont les directives européennes environnementales, que l’État français ignore royalement pour la plupart. Un “asservissement” à géométrie variable, apparemment !

  2. Pierre-Fab 15 décembre 2019 at 20:48 - Reply

    Une petite question : que faites-vous des souverainistes de gauche qui critiquent, comme vous, le capitalisme et le consumérisme ?
    Aurélien Bernier ou Yves Cochet par exemple.
    Pour vous un social-conservateur est-il à classer à l’extrême droite ?

    Que faites-vous de Fakir et de sa série de vidéos sur la construction de l’UE ?
    https://www.youtube.com/watch?v=GizWAkMddsg

    • La Horde 16 décembre 2019 at 07:50 - Reply

      Personne ne nie le fait qu’il existe un nationalisme de gauche, et nous sommes les premiers à le déplorer. Mais notre schéma concerne le nationalisme de droite…

  3. Alain 6 juin 2019 at 17:02 - Reply

    Pour ce qui est des rapports de classes, on peut en douter sans être infréquentable.
    Une grande méfiance à l’égard la sociologie et les sciences politiques – que je considère comme des pseudo sciences – me place en situation de douter souvent du sérieux des explications déresponsabilisantes ou évacuant la responsabilité (au sens de répondre de ses choix) des individus.
    Je n’en suis pas moins anarchiste et doute à mon âge d’arrêter de l’être un jour.

  4. jean girard 17 mars 2019 at 01:27 - Reply

    le dernier livre de philippe de villiers ( ainsi qu’un numéro ancien d’historia ) confirme l’origine US de la création de l’UE avec de nombreuses sources informez vous au lieu de faire du psittacisme anti UPR

    • La Horde 17 mars 2019 at 10:21 - Reply

      Citer De Villiers pour dédouaner l’UPR d’être d’extrême droite. Il fallait oser ! Mais comme on dit dans les films, ils osent tout, c’est même à ça qu’on les reconnait…

  5. Getget 21 février 2019 at 12:08 - Reply

    Un peu comme Gandhi…
    Qui lutte contre une décolonisation mais qui ne lutte pas contre les inégalités de classe ni de racisme.
    Peut-être que ce que je raconte est faux mais j’ai du mal à idolatrer qui que ce soit .personne n’est parfait…

  6. xavier ruhlmann 21 janvier 2019 at 20:10 - Reply

    Bonjour, très intérèssant. J’avais remarqué pendant les débats présidentiels qu’il n’abordait jamais les questions sociales, qu’il éludait systématiquement notamment en parlant parfois de référendum. Je n’ai jamais rencontré de sympathisant de ce mouvement, je me demande si la plupart comprennent que le gourou, ne fera jamais rien pour les les personnes des classes populaires?

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