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L’antisémitisme en France se porte bien

Vendredi dernier, Mireille Knoll, une octogénaire juive, a été retrouvée morte, poignardée et brûlée par l’un de ses voisins, bien connu de la victime, dans son appartement, avenue Philippe Auguste. Dans le même quartier, il y a à peine plus d’un an, Sarah Halimi, une autre personne âgée, juive elle aussi, avait été défenestrée, là encore par l’un de ses voisins. Ces deux assassinats ont eu lieu à quelques centaines de mètres du calvaire du jeune Ilhan Halimi, torturé par le « gang des barbares » en janvier 2006, qui l’a laissé mourir de faim et de froid dans l’attente d’une rançon…

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Mireille Koll, Sarah Halimi et Ilhan Halimi, trois victimes des préjugés antisémites.

Ces faits divers sont particulièrement révoltants en eux-mêmes, d’une part en raison de leur ultra-violence, et d’autre part en raison de la vulnérabilité des victimes. mais à chaque fois, le choix de la victime, supposée riche parce que juive, dénote que, au-delà du profil psychologique des assassins et de la nature visiblement crapuleuse des meurtres, ces trois crimes sont bel et bien des actes antisémites, et doivent être dénoncés comme tels.

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Ils sont le signe de la vitalité des préjugés anti-juifs dans notre pays, qui ne datent pas d’hier. La victime de la semaine dernière, qui avait réussi à échapper aux policiers français lors de la rafle du Vél’ d’Hiv, a finalement, triste ironie de l’histoire, succombé à cette même haine des Juifs bien française. Car que l’on ne vienne pas nous dire qu’agresser des Juifs est étranger à notre culture, que cela vient « d’ailleurs ».  Et les principaux promoteurs de l’expression publique, revendiquée et politique de la haine des Juifs dans notre pays, c’est à l’extrême droite « bien de chez nous » qu’on les trouve.

Il est dans ce sens regrettable que Marine Le Pen, protégée par des militants de la Ligue de Défense Juive [3], un groupuscule juif d’extreme droite réputé pour sa violence, ait pu se pavaner dans la marche blanche d’hier à la mémoire de Mireille Knoll, malgré l’avis contraire d’un certain nombre d’instances juives. Non pas que Marine Le Pen elle-même, ni même le parti qu’elle dirige, porte et défende publiquement des positions antisémites ; on ne peut pas en dire autant de certains de ses alliés européens ou même, ponctuellement, de certains de ses militants, qui il faut le reconnaitre subissent alors dans la plupart des cas les foudres de la direction du FN.

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Marine Le Pen et Louis Alliot protégés par la LDJ (Photo : Politis)

Mais ce qui ne doit pas être ignoré, c’est que le FN, quoiqu’il en dise, et même en changeant de nom, appartient historiquement et idéologiquement à l’extrême droite. L’antisémitisme, sous toutes ses formes, est un mal qui ronge notre société, et on le retrouve dans tous les milieux, dans toutes les classes : or, si les actes violents et meurtriers restent heureusement exceptionnels, le discours antisémite, lui, est quotidiennement, sur un grand nombre de supports et exprimé de bien des manières par des journaux, des sites, des personnalités et des organisations nationalistes, se revendiquant le plus souvent chrétiennes.

Depuis plus de soixante ans, chaque semaine, en kiosque, Rivarol, l’hebdomadaire de Jérôme Bourdon, peut diffuser des illustrations comme celle-là :

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Rivarol n°3294, 3 août 2017.

Des youtubeurs, qui cumulent plusieurs dizaines, voire centaines de milliers de vues, déversent en français leurs délires sur les Juifs qui contrôlent le monde, tranquillement assis devant leur webcam : les plus regardés ne sont pas des prédicateurs salafistes, mais des nationalistes bon teint, comme Alain Soral, Boris Le Lay, Hervé Ryssen ou les négationistes Vincent Reynouard et Robert Faurisson.

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Des groupes politiques, qui organisent des conférences, des manifestations sur la voie publique, eux aussi dénoncent dans leurs revues, leurs discours, la supposée main-mise des Juifs sur la société française : ce sont des catholiques intégristes comme Civitas, ou des nostalgiques de la France du Maréchal Pétain, comme feu l’Œuvre française…

Encore récemment, dans la soirée du 27 mars, des graffitis antisémites dénonçant un supposé « racisme anti-goy » ont été découverts dans les anciens locaux de l’UEJF :  les professeur.e.s et les étudiant.e.s qui occupaient la fac les ont vivement dénoncés, y voyant la marque de l’extrême droite qui a tenté à plusieurs reprises de s’infiltrer dans cette occupation.

Comme simple racisme du quotidien ou comme idéologie politique, l’antisémitisme se porte malheureusement bien en France. C’est sur ces deux fronts qu’il doit être combattu : à la fois en déconstruisant les clichés sur les Juifs, et en luttant contre toutes celles et tous ceux qui s’en servent pour désigner des boucs-émissaires.

La Horde