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Le maire FN de Saint-Bonnet est support Hells Angel à Saint-Gilles

Le Front national compte un nouveau maire depuis le 10 août dernier. En effet, à Saint-Bonnet-du-Gard (environ 600 habitants), la maire Sandrine Péridier, qui avait été réélue en 2014 sur une liste « sans étiquette » mais qui est proche du Front national (elle était en deuxième position sur la liste du maire de Beaucaire Julien Sanchez aux sénatoriales de 2014) a démissionné, et le conseil municipal s’est choisi un nouveau maire encarté au FN, Jean-Marie Moulin : un choix sans surprise pour ce village où Marine Le Pen était arrivée en tête aux présidentielles de 2012. Mais la politique n’est pas le seul hobby du tout nouveau maire de Saint-Bonnet : il y a aussi les grosses motos et les petites pépés !

À gauche, "Monsieur le Maire" Jean-Marie Moulin félicité par les pontes locaux du Front ; à droite avec ses amis bikers. [1]

À gauche, “Monsieur le Maire” Jean-Marie Moulin félicité par les pontes locaux du Front ; à droite avec ses amis bikers.

S’il s’était déjà fait remarquer [2] lors des départementales de 2015 pour avoir relayé sur les réseaux sociaux une vidéo dénonçant le « judéo-féminisme » et désignant le rappeur Cortex comme un « sodomite africain »,  Jean-Marie Moulin est également membre de « Patriote », un club de bikers basé à Saint-Gilles (Gard) et proche des Hells Angels (leurs patches « 81 » ou « Support 81 » ne laissent planer aucun doute, ce chiffre étant un code de  soutien ou d’appartenance aux Hells Angels). Première ville de plus de 10 000 habitants à avoir eu un maire Front national en 1989 (Charles de Chambrun), Saint-Gilles a bien failli récidiver en 2014, Gilbert Collard étant arrivé au second tour de l’élection municipale face à Eddy Valadier, l’actuel maire de la ville. Collard avait alors comme directeur de campagne un certain Philippe Asencio, qui, la même année, fonde… le club Patriote.

De gauche à droite : Philippe Asencio, Jean-Marie Moulin et la compagne d'Asencio. [3]

De gauche à droite : Philippe Asencio, Jean-Marie Moulin et la compagne d’Asencio.

Avant cela, Asencio,par ailleurs maton à la prison de Nîmes, avait un peu défrayé la chronique [4] : en novembre 2013, après avoir participé à un rassemblement de Collard, il s’était rendu dans un café de la ville fréquenté d’après la presse locale « par la communauté maghrébine »,  et il aurait « accidentellement » marché sur les pieds d’un des clients du bar. Les choses avaient ensuite dégénéré, et notre vaillant biker s’était retrouvé avec le nez cassé et quelques ecchymoses. De son propre aveu à la barre, il s’était quand même un peu laissé aller à quelques remarques racistes, déclarant que « il n’y a que les Arabes pour tomber à plusieurs sur une seule personne », mais il nia avoir porté le moindre coup : une non-violence affichée qui semble pourtant plutôt incompatible avec son appartenance à une communauté, les Hells Angels, connue pour sa violence, en particulier en bande, et généralement « à plusieurs sur une seule personne » !

À propos des Hells Angels [5]

hells_angels [6]Les Hells Angels sont un regroupement de motards né aux États-Unis : à l’origine, il s’agissait d’anciens soldats de l’armée de l’air qui, une fois démobilisés, s’étaient rassemblés dans des clubs. A la fin des années 1950, les Hells Angels connaissent une croissance et une renommée sans précédent avec l’arrivée à leur tête du chapitre de Oakland de Sonny Barger. Les Hell’s Angels deviennent rapidement la référence du club de biker rebelle et en marge de la société à travers le monde. Le premier club officiel français apparaît en 1981, créé à partir de bandes préexistantes de Malakoff, Saint-Denis, de rue de Crimée ou rue de Lappe. Un second chapitre sera créé en 1987 à partir des Damnés d’Orléans (célèbres pour avoir fait le SO du Chaos Festival en 1984 à coup de queue de billards et en tapant principalement sur les punks présents).

Roadnroll_2016 [7]

Le Patriote a organisé en avril dernier à Saint-Gilles un “festival” du meilleur goût, comme on peut le voir sur ces affiches. Asencio annonce déjà un rassemblement en ville pour la prochaine édition…

Cette proximité d’élus Front national avec les Hells Angels n’est pas étonnante en soi[1 [8]], étant donné les valeurs réactionnaires que les deux ont en en commun. Hasard ou pas, la ville FN de Fréjus accueille d’ailleurs l’un des chapitres français, le 81 Côte d’Azur… Tiens, à propos de Fréjus pour conclure : David Rachline, maire FN de Fréjus, a pris cet été un arrêté anti-burkini, vêtement dont Marine Le Pen a justifié l’interdiction en déclarant : « La France n’enferme pas le corps de la femme, la France ne cache pas la moitié de sa population, sous le prétexte fallacieux et odieux que l’autre moitié craindrait la tentation ».

Le respect du corps de la femme était sensible au Hells Week (ici dans son édition 2015)… Rien à redire pour les élus FN, si prompts pourtant à s'en inquiéter quand il s'agit du burkini ! [9]

Le respect du corps de la femme était sensible au Hells Week (ici dans son édition 2015)… Rien à redire pour les élus FN, si prompts pourtant à s’en inquiéter quand il s’agit du burkini !

Ses paroles ont sûrement été prises au pied de la lettre par Jean-Marie Moulin : les membres du Patriote Club sont en effet des fidèles du Hells Week, un festival du chapitre de la région qui se déroule chaque année à seulement 10km de Fréjus, et où le corps féminin y est exhibé comme de la viande. Décidément, au FN, le sexisme, c’est toujours les autres !

La Horde

  1. On notera que les liens entre des clubs de bikers et le Front National ne sont pas nouveaux. Le 15 avril 2007, lors du meeting du FN au Palais des Sports à Paris, on avait pu remarquer à proximité de la salle un nombre important d’individus portant les couleurs du club des Gaulois de Rosny-sous-Bois, aujourd’hui dissous, laissant penser qu’ils exerçaient le rôle de SO volant et de supplétif du DPS, le service d’ordre officiel du Front. Plus récemment, un établissement situé en Seine-et-Marne, dont la fréquentation est assurée en grande partie par les différents clubs de bikers de la région, servait ces dernières années de lieu de rencontre aux militants frontistes de Seine- et-Marne. [ [10]]