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Béziers : les ennemis de nos ennemis ne sont pas forcément nos amis…

En novembre dernier, nous avions relayé un article du site Vigilance Isère Antifascisme [1] sur une double page du journal municipal de la ville de Béziers, qui mettaient en cause de façon outrancière des militants associatifs locaux, à base de calomnies et de photos truquées. Sans que cela ne remette en cause les méthodes scandaleuses de Ménard, il nous semble cependant nécessaire de faire le point sur le profil de certains opposants biterrois à la municipalité actuelle, en nous appuyant principalement sur le travail fait par le site des Debunkers [2] (ils ont depuis supprimé l’article sans explication), sur lequel nous avons cependant quelques réserves de méthode. [Màj. 09/02/2016]

Garder les deux yeux ouverts est nécessaire, surtout en milieu hostile. Ainsi, dans le contexte particulier d’une municipalité gérée par l’extrême droite, il s’agit de serrer les rangs, et celles et ceux qui ont le courage de s’y opposer doivent rester soudéEs. Mais cela ne peut se faire en sacrifiant ses propres valeurs et ce à quoi ont est attaché, au nom de l’ennemi commun. C’est ce que les Debunkers analysent comme “un symptôme de ce qui peut se produire lorsque l’extrême droite est au pouvoir : le risque que tout le reste du champ politique en soit négativement affecté parce qu’il doit faire face à une menace immédiate nécessitant une riposte à la hauteur, au risque de fermer les yeux sur certaines alliances suivant l’adage : l’ennemi de mon ennemi est mon ami“. Or, au vue de ce qui circule sur les réseaux sociaux, les prises de position de certains d’entre eux n’ont parfois pas grand-chose à envier à l’extrême droite qu’ils prétendent combattre.

Cela nous amène à notre principale réserve quant à la méthode employée par les Debunkers. Comme ils le reconnaissent eux-mêmes, “ce que nous dénonçons ici est ce que l’on nomme la « cyber lutte » de ces personnes, nous n’avons pas d’autres infos malheureusement sur ce qu’il se passe réellement là bas“. Or il est possible, sur les réseaux sociaux, que les personnes mises en cause aient relayé un peu trop vite telle ou telle information sans en vérifier la source, et que leurs “accusateurs” voient des connexions ou des sympathies là où il n’y en a pas, à la faveur d’un like un peu trop vite accordé.

Il n’empêche, pour au moins deux des personnes concernées, il y a des limites à la maladresse (même si les différents exemples donnés par les Debunkers montrent surtout une grande confusion idéologique et un usage compulsif du like), et le bénéfice du doute ne peut pas être accordé quand l’erreur se répète…

Mehdi Roland [3]

Joe le Corbeau, La Dissidence française, Reopen911… Y a du beau monde sur le FB de Mehdi Roland ! (Source : Les Debunkers)

Ainsi, Mehdi Roland (dont nous avons publié le droit de réponse dans les commentaires), président de l’association socio-culturelle « Esprit libre » et porte parole du CCIF local (le Collectif contre l’islamophobie en France), n’a pas hésité en 2013 et 2014 (il semble faire attention depuis) à relayer plusieurs articles directement issus de la “fachosphère” : Farida Belghoul [4], Joe le Corbeau (le dessinateur antisémite d’Égalité & Réconciliation), ou encore la Dissidence française [5] de Vincent Vauclin étaient ainsi relayés…

Omar Kathiri [6]

Alain Soral, Laurent Louis; le Parti antisioniste sur le FB de Omar Kathiri (Source : Les Debunkers)

Sur la page Facebook d’Omar Kathiri, qui participe aussi aux activités d’Esprit libre, c’est encore pire : on a droit à la totale (mais là encore les exemples ont plus d’un an). Surtout des amis (ou anciens amis) d’Alain Soral, comme Laurent Louis, Jacob Cohen ou le Parti antisioniste de Yahia Gouasmi, ou encore des sites dénonçant le “racisme anti-blanc”…

L’article des Debunkers mentionne également le cas de Linda Mendy Hamdani, militante de la campagne BDS[1 [7]] sur Béziers, sans préciser malheureusement que le comité de Béziers vient justement d’être exclu de la campagne BDS France, en raison d’une photo postée sur leur Facebook montrant des militants faisant une quenelle pendant une action BDS. Une omission dommageable à la campagne BDS qui est aujourd’hui attaquée (en particulier par le Crif et Manuel Valls), accusée d’antisémitisme, alors même que ses animateurs font justement le maximum pour être totalement irréprochables sur la question [8].

Il nous a semblé nécessaire de partager ces informations, mêmes anciennes, puisque nous avions relayé il y a quelques mois un article prenant la défense de ces individus. Elle ne remettent pas en cause les actions de résistance menées par de nombreux Biterrois face aux mesures et déclarations racistes du maire de leur ville. Mais face à l’autoritarisme et l’islamophobie délirante d’un Robert Ménard, aucun compromis, quelqu’il soit, ne peut être toléré avec des positions réactionnaires aux antipodes de la lutte antifasciste, ou avec des propos antisémites, car comme l’a écrit Ilan Halévi, islamophobie et antisémitisme ne sont pas frères ennemis, mais frères jumeaux, et toute lutte antiraciste conséquente doit être aussi intransigeante avec l’une qu’avec l’autre.

La Horde

  1. La campagne BDS (Boycott Désinvestissement Sanctions) a été lancée en 2005 pour lutter contre l’État israélien et sa politique d’apartheid en demandant de boycotter les produits israéliens, et de pratiquer un boycott sportif, culturel et universitaire, et surtout de faire appliquer les sanctions qui auraient dû être appliquées depuis longtemps à l’encontre de l’État d’Israël. La campagne regroupe différentes organisations et d’associations nationales, ainsi que des comités BDS locaux de certaines associations de solidarité avec la Palestine. [ [9]]