Les antifascistes sont-ils violents ?

Reflet de sa vision du monde dominée par l’image de la guerre entre groupes « naturellement » antagonistes, la violence de l’extrême droite est un élément constitutif de son identité (et de son folklore), car c’est dans l’exclusion voire l’élimination des éléments « allogènes » qu’elle construit son discours identitaire. Bien que cette violence de l’extrême droite soit peut-être surestimée en France, le danger est réel, et de nombreux faits divers sont malheureusement là pour le montrer.

Aussi, cette question de la violence des antifascistes est toujours mal posée, car souvent associée à un comportement viril et dénoncé comme tel : or, cela peut certes se justifier dans certains cas (les comportements sexistes sont une réalité, dans la lutte antifasciste comme ailleurs) mais c’est pourtant bien la fascination de l’extrême droite pour la violence qui est au cœur du problème, et non celle de certains antifascistes « mâles ».

Aussi, si le recours à la violence est l’une des préoccupations des militants antifascistes, c’est qu’il est un mal nécessaire dans le cadre d’une lutte qui se veut autonome. D’abord, parce qu’il faut signifier à l’extrême droite qu’on ne lui laissera pas installer un climat de peur dans les rues ou ailleurs. Ensuite, parce que face aux agressions de groupes qui font de la violence l’alpha et l’oméga de leurs interventions publiques, il n’y a pas d’autre choix que d’organiser l’autodéfense ou de s’en remettre à l’État (et donc à la police) pour se protéger. Les antifascistes radicaux ont choisi, et se donnent les moyens de se défendre eux-mêmes. L’action violente n’est donc pas, comme dans les groupes d’extrême droite, une fin en soi, mais une forme d’auto-organisation.