Paris : Médias et extrêmes droites

12 avril 2015 0 Imprimer ce billet Imprimer ce billet
Quand :
16 avril 2015 @ 17:00 – 20:00
2015-04-16T17:00:00+00:00
2015-04-16T20:00:00+00:00
Où :
Bourse du travail de Paris
3 Rue du Château d'Eau
75010 Paris
France

Les jeudis d’Acrimed

siteon0Les scores élevés du Front national aux élections européennes et départementales ont fait l’objet d’innombrables analyses et commentaires. On a notamment pu lire ou entendre que les « grands » médias porteraient une responsabilité particulière dans l’ascension du FN. Ce dernier ne cesse, quant à lui, de dénoncer le traitement médiatique défavorable qui lui serait réservé. Qu’en est-il réellement ?

avec Bernard Schmid (membre de VISA)  et Ugo Palheta (membre de la rédaction d’Acrimed)
Si le rôle effectif des médias dans la progression du Front national est indéniable, ce serait leur prêter un « pouvoir » disproportionné que d’expliquer prioritairement par ce rôle l’écho que rencontrent les « thèses » et « thèmes » portés par le FN, ainsi que ses scores électoraux. Les médias ne créent pas les mouvements d’opinion : ils peuvent les accompagner, les amplifier ou les brider. Les médias n’interviennent pas isolément : leur « pouvoir » n’existe qu’en résonance ou en convergence avec d’autres pouvoirs, à commencer par le pouvoir politique.

Dire cela ne revient toutefois pas à exonérer les médias de leur responsabilité dans la progression du FN : reste à identifier les mécanismes et les pratiques par lesquels les médias dominants contribuent à favoriser cette progression. Ils sont principalement de deux ordres : légitimation de thèmes portés par Front National, incitation à lui faire confiance.

Ainsi, la dépolitisation médiatique de la politique (personnalisation des enjeux, frénésie sondagière, focalisation sur les futilités de la « vie politique », etc.), la construction médiatique des cibles de la haine et de la peur (« immigrés », « délinquants », « musulmans », etc.), ou encore la mise en scène médiatique de débats mutilés (« pro-européens » vs « anti-européens », « partis républicains » vs « partis populistes », etc.) sont autant de pratiques qui tendent à favoriser la montée du FN.

Les questionnements sur la soi-disant « dédiabolisation » du FN participent des mêmes logiques : en discutant et en commentant les stratégies déployées par le Front national pour se normaliser, on accrédite l’idée selon laquelle le FN tendrait vers une normalisation et on concourt à cette normalisation. En d’autres termes, en ce cas, dire c’est faire : annoncer que le Front national se normalise contribue à sa normalisation… médiatique.

Ces phénomènes n’empêchent toutefois pas le FN, et plus largement les courants d’extrême droite, de s’en prendre avec virulence aux médias et aux journalistes, qu’ils accusent d’être partie prenante du « système », dans une version à peine actualisée de la rhétorique des fascismes de l’entre-deux guerres. C’est ainsi que l’on a pu voir se développer, au cours des dernières années, notamment sur internet, une « critique des médias » et une « lutte pour la réinformation » orchestrée, de manière plus ou moins assumée, par des groupuscules d’extrême-droite.

Comment appréhender et combattre les pratiques journalistiques qui contribuent, souvent de manière non-intentionnelle, à légitimer les thèses de l’extrême-droite et à donner du crédit au FN ? Un autre traitement médiatique de l’extrême-droite est-il possible ? Dans quelle mesure une critique des médias radicale, mais ne se confondant pas avec une dénonciation stérile du « système médiatique » et une stigmatisation « des » journalistes, est-elle indispensable pour contenir l’influence de l’extrême-droite ?

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