États-Unis : l’extrême droite tue une fois encore, mais ce sont les antifascistes que Trump considère comme des « terroristes »

5 août 2019 0 Imprimer ce billet Imprimer ce billet

Alors qu’un nouveau massacre de masse raciste vient d’être commis aux États-Unis, Donald Trump peine à condamner le suprémacisme blanc qui l’a motivé. Et pour cause : la semaine dernière, c’est les antifascistes qu’il qualifiait de « terroristes »… Une annonce reprise sans recul par plusieurs médias comme RT ou Valeurs actuelles en France, qui ont manqué une fois encore une bonne occasion de se taire.

Un jeune fanatique d’extrême droite, Patrick Crusius, 21 ans, a ouvert le feu dans un supermarché d’El Paso (Texas), tuant 20 personnes. La motivation raciste de son acte ne laisse guère de doute : il avait en effet publié sur 8Chan, le forum préféré de l’alt-right, un manifeste dans lequel il justifie son acte pour lutter contre le « Grand remplacement » et où il clame son admiration pour le tueur de Christchurch, en Nouvelle-Zélande, qui avait tué une cinquantaine de personnes dans une mosquée en mars dernier, et qui était en lien avec des Identitaires européens, en particulier autrichiens.

Alors que dans la classe américaine, non seulement les démocrates mais aussi de nombreux républicains commencent à dire qu’il faudrait prendre au sérieux le suprémacisme blanc, qualifié de « terrorisme », Donald Trump n’a vu dans le massacre d’El Paso qu’un simple acte de démence, et ce n’est que sous la pression qu’il a finalement admis du bout des lèvres la motivation politique de ce drame affreux, tout en accusant dans le même temps les jeux vidéos. Il faut dire que, la semaine précédent le drame, ce sont les antifascistes qui, selon lui, devaient être considérés comme des terroristes…

En effet, dans l’un de ces tweets tout en finesse dont il a le secret, Donald Trump a annoncé il y a une dizaine de jours, le 27 juillet :

« On envisage de déclarer ANTIFA, ces détraqués d’extrême gauche sans courage qui frappent des gens (pacifistes) avec des battes de baseball, une organisation terroriste majeure (avec MS-13 et d’autres). Ça faciliterait le travail de la police ! »

Cette déclaration est sa réponse bienveillante à une pétition proposée sur le site du gouvernement américain[1] par deux membres des Proud Boys, un groupe masculiniste d’extrême droite, grand défenseur du port d’armes à feu. Il est vrai qu’à de nombreuses reprises, ces Proud Boys qui font les fiers sur internet et aiment se pavaner dans les rues en Fred Perry noir, se sont faits chahuter par des antifascistes…

Il est vrai aussi qu’ils furent de fervents partisans et soutiens de Trump, pendant la campagne électorale, et plus encore après son élection.

À noter qu’auparavant, deux sénateurs conservateurs avaient déjà présenté une résolution “appelant à la désignation du mouvement antifasciste en tant qu’organisation terroriste nationale” :

L’ironie du sort veut que l’un des deux soit Ted Cruz, sénateur du… Texas, où vient de se dérouler le massacre d’El Paso. Or ce n’est pas l’extrême droite  mais les antifascistes qu’il juge « haineux », « intolérant » et « violent ». Il faut dire que Ted Cruz est bien connu pour être un farouche promoteur des armes à feu et de la peine de mort, un opposant à l’avortement, au mariage homosexuel et à l’immigration, et sur les questions économiques, un ultra-libéral de la pire espèce. Autant d’idées qu’il a en commun avec plusieurs des tueurs de masse ayant sévi ces dernières années.

Car s’il est arrivé que certains nationalistes se fassent puncher ou asperger de milk-shake, jamais un antifasciste n’a commis de meurtre, alors que le suprémacisme blanc, lui, tue. Rien qu’aux États-Unis, une tuerie a lieu chaque année, motivée par la haine de l’autre : en 2015, à Charleston (Caroline du Sud), un suprémaciste tue 9 personnes dans une église, parce qu’elles étaient noires ; en 2016, un tueur homophobe tue 49 personnes dans une discothèque fréquentée par la communauté LGBT à Orlando (Floride) ; en 2017, une antifasciste est tuée à Charlottesville (Virginie) ; en 2018, une fusillade antisémite a fait 10 morts dans une synagogue à Pittsburgh (Pennsylvannie) ; et maintenant, en 2019, c’est le racisme anti-mexicain qui cause la mort de 20 personnes à El Paso (Texas)…

Malgré cela, en France, certains médias ont avec complaisance relayé les accusations de « terrorisme » contre les antifascistes, comme si là était le véritable danger qui menace la population américaine. C’est en particulier le cas de RT France, la webTV du gouvernement russe toujours prompte à diaboliser l’antifascisme, qui n’hésite pas à conclure son article par une présentation du mouvement « antifa » pour le moins orientée :

Il est assez cocasse de noter que Valeurs Actuelles a, de son côté, repris quasiment mot pour mot ce paragraphe à la fin de son propre article (ça sent le copier-coller pendant les vacances !) :

Mais la palme de la stupidité revient sans contexte à Boulevard Voltaire, sous la plume d’André Archimbaud. Glosant sur la violence supposée des antifascistes et pleurnichant sur le sort des militants d’extrême droite américains, ce brillant analyste n’hésite pas à écrire, pour saluer la déclaration de Trump contre les antifascistes : « le président américain, sur les questions sociales et culturelles, a le coup pour sortir les masses de leur hypnose et les replonger dans le monde tel qu’il est. »

Le massacre d’El Paso vient tragiquement rappeler de quel côté, pourtant, est la véritable violence, et quels sont les discours politiques qui l’encouragent : ce sont ceux qui refusent le mélange des cultures, qui désignent les immigrés comme les éternels boucs-émissaires, qui n’acceptent aucune différence… Autant d’idées justement farouchement combattues par les antifascistes, aux États-Unis comme ailleurs.

La Horde

  1. Cette pétition aurait dû normalement rassembler 100 000 signatures pour avoir le droit à une réponse du président américain, alors qu’elle en a rassemblé moins de 10 000, Trump y a quand même répondu, et favorablement… []

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