Européennes : ça se bouscule à l’extrême droite (3) : la liste « Reconquête »

17 mai 2019 0 Imprimer ce billet Imprimer ce billet

Suite et fin de notre série sur les élections européennes : après avoir fait un bilan des candidat.es “souverainistes”, et étudié la liste “la Ligne Claire” de Renaud Camus, nous décortiquons la liste “Reconquête” de Vincent Vauclin et sa Dissidence française, pour voir ce qu’elle contient : inutile de vous dire que ce n’est pas joli joli !

Une liste « Reconquête » sera également présente pour ces européennes emmenée par Vincent Vauclin le chef de la Dissidence Française. Sur cette liste, outre les trois anciens élus Rassemblement national, on retrouve aussi une petite dizaine de militants du Parti de la France.

On se demande comment un groupuscule comme la DF, avec sa trentaine de militants, a réussi à financer cette campagne (édition de tracts, affiches…) alors que d’autres groupuscules plus importants et ayant des réseaux plus conséquents n’ont pas eu la capacité de se lancer dans l’aventure. C’est par exemple le cas du parti d’Alain Escada, Civitas, qui n’a visiblement pas réussi, malgré une campagne conséquente d’appel aux dons, à boucler son budget, ce qui nous a épargné d’avoir sur nos murs ses affiches directement reprises au régime de Vichy, dont celle du film Forces occultes de Robert Muzard.

Certaines affiches datent des années 1940, d’autres de 2019. Sauras-tu deviner lesquelles ?

Pour en revenir à la Dissidence, Vincent Vauclin, véritable coucou politique, réussit assez bien à s’inviter à tous les rassemblements d’extrême droite radicale, que ce soit lors des journées de Synthèse Nationale ou lors de la Fête du Pays réel de Civitas. Vauclin s’est même retrouvé le 11 avril dans l’émission télé de Cyril Hanouna, Balance Ton Post, où il a pu s’exprimer sur « Faut-il réduire l’immigration en France ? », ce qui lui a donné une audience inespérée, lui qui a plutôt l’habitude de s’exprimer devant quelques dizaines de personnes.

S’il a tout juste réussi à placer quelques inepties sur l’assimilation islam-immigration dans le brouhaha général qui fait office de débat dans ce genre de talk-show, dans un moment de lucidité, Vauclin a admis, en parlant de lui et de ses amis “on est les méchants fachos, les racistes“. Et quand on voit de quoi sont composés son parti et sa liste, on ne peut que confirmer.

Qu’est-ce que la Dissidence Française ?

La Dissidence Française fondée en 2011 par Vincent Vauclin (auteur de petites brochures dont les titres, comme Putsch et Rémigration, résument assez bien sa pensée) est déclarée en parti politique fin 2018 avec l’arrivée d’élus RN. Le groupe s’est constitué en récupérant l’émanation parisienne du groupuscule néonazi Mouvement Populaire Nouvelle Aurore et une très jeune bande de skinheads d’extrême droite, une belle brochette de vainqueurs qui se regroupe autour d’une ligne politique naviguant entre le nationalisme-révolutionnaire et le fascisme.

Les t-shirts de la Dissidence française ne laissent aucun doute ni sur l’orientation idéologique, ni sur le haut niveau de frustration de ses militants.

Ainsi, la Dissidence Française joue le rôle qui fut autrefois dévolue au PNFE ou à Unité Radicale, à savoir rassembler les éléments les plus caricaturaux et folkloriques de l’extrême droite française. Quelques apparitions publiques au début de leur mouvement leur ont permis de se faire remarquer, surtout avec leur banderole « Vivement le putsch » lors de Jour de Colère en 2014 ou lors de maraudes à Paris.

Mis à part ça, on ne les voyait que sur les réseaux sociaux où ils posaient en photo en train de collaer quelques autocollants ou affiches. Ils participent à la manifestation Jeanne d’Arc à Paris en 2015 le 2ème dimanche de mai, puis commencent à en être les initiateurs à partir de 2016. Lors de leur dernière Assemblée Générale en décembre, ils invitent Serge Ayoub, Gabriele Adinolfi avec la présence du Parti de la France 93 et de la Division Nationaliste Révolutionnaire. Leur chef a aussi cherché des relations internationales en se déplaçant en Roumanie ou en Suisse avec le Parti Nationaliste Suisse.

Adinolfi, Vauclin et Ayoub, le 1er décembre 2018.

Depuis 2016, la DF organise un camp d’été « ReWild », une sorte de camp survivaliste, où se rassemblent une quinzaine de personnes en forêt pour construire des cabanes, faire des feux de camps, manger des rations de survie, mais aussi apprendre le maniement d’armes à feu en s’entraînant au tir, et surtout écouter la parole du chef Vauclin.

Dans les bois avec la Dissidence française.

La liste « Reconquête »

Dans le programme pour les européennes la liste « Reconquête » ne prétend plus vouloir prendre le pouvoir par un putsch, mais plus banalement  « la préférence nationale », « l’organisation du retour des immigrés », « l’interdiction des organisations communautaires ».

Parmi les personnes présentes sur la liste, certaines sont déjà un peu connues : en seconde position Nicole Mina conseillère régionale d’Occitanie, qui était encore au Rassemblement National en début d’année, deux autres élus y figurent également Damien Lenoir et Baptiste Gueudin deux élus du Havre. Le premier conseiller régional de Normandie et ancien trésorier du FN de Seine Maritime, le second conseiller municipal du Havre.

Sur cette liste on remarque surtout la présence de sept militants du Parti de la France, avec Bruno Hirout, Guillaume Aguillé, Quentin Douté et Sophie Aguillé du PDF du Calvados, Laurent Spagnol du PDF de Seine Saint Denis, Carole Van Hullebush du PDF de Gravellines dans le Nord ou Pierre Verdier. Même si le PDF n’a pour l’instant pas donné de consignes de vote pour l’instant, le PDF du Calvados y met quatre personnes, Bruno Hirout membre du Bureau Politique, Quentin Douté et Guillaume Aguillé du Conseil National.

En haut, Bruno Hirout, Quentin Douté et Guillaume Aguillé aux 10 ans du PDF le 12 mai 2019. En bas à droite, à la fête de Civitas le 30 mars 2019, en compagnie de Maxime Brunerie (au centre), qui s’était paraît-il retiré de la politique : lol !

On sentait bien le rapprochement entre le PDF 14 et Vauclin, les uns participants aux rassemblements des autres, lors de la manifestation de la Dissidence Française à Paris en novembre ou encore pour le rassemblement à Ouistreham en octobre organisé par le PDF, la Dissidence Française était plus visible que le PDF, Bruno Hirout se retrouve régulièrement avec la DF pour des interventions lors de réunions.

Autre militant du PDF présent sur cette liste, Laurent Spagnol, un ancien du Front National de Seine Saint Denis, ayant rejoint les Comité Jeanne de Jean-Marie Le Pen, pour finir au PDF 93.

Spagnol, à gauche avec Nicolas Bay, à droite dans le service d’ordre du PDF, aux côtés de Carl Lang.

Il essaie un peu toutes les chapelles de l’extrême droite en espérant se faire connaître, mais reste quand même fidèle à Jean-Marie Le Pen ; il est de toutes ses sorties et fait encore partie du service d’ordre le Premier Mai pour finir à Montretout. S’éloignant du PDF ses derniers jours, il n’hésitait pas à se déplacer dans le Nord ou en Picardie pour des rassemblements du PDF, mais aussi lors des manifestations de la DF en novembre ou récemment le 12 mai à Paris, accompagné des militants du PDF Calvados.

Une autre personne a fréquenté une grande partie des mouvements d’extrême droite : il s’agit de Désirée Gaudin, que l’on pouvait voir lors de manifestations parisiennes ou lors de rassemblements anti-migrants et qui était bien active sur les réseaux sociaux.

En haut, Désirée Gaudin avec la Dissidence, le PDF et le Front de Défense des Français. En bas, avec ses amis, dont l’un a visiblement une sacrée crampe au bras droit !

Enfin, comme si ça ne suffisait pas, on peut noter la présence de Lydia Da Fonseca, l’ancienne compagne du militant de Troisième Voie Alexandre Eyraud, qui avec Esteban Morillo, est passé en procès pour avoir participé à l’altercation qui a provoqué la mort de notre camarade Clément Méric, le 5 juin 2013 (Eyraud a été acquitté).

Convoquée comme témoin au procès, Lydia Da Fonsecca avait tenté d’expliquer qu’elle distinguait  “son look” de la politique : « c’est un mouvement culturel et musical » dit-elle… On voit bien aujourd’hui, avec sa présence sur la liste de Vauclin, que sa propension au parjure n’a d’égale que son engagement néofasciste.

Enfin parmi les autres « personnalités » de la liste, preuve quand même qu’il a fallu faire les fonds de tiroir,  François « Batdaf » Galvaire qui avait essayé de lancer La Meute France, dont nous avions déjà fait le portrait ici, est présent en 43e position.

Galvaire avec Richard Roudier au Menhir à Bordeaux, en septembre 2018.

Ce petit panorama de la liste de la Dissidence française, outre de vous avoir probablement donné la nausée, montre surtout sans ambiguïté aucune, que c’est bien une liste néofasciste qui va pouvoir, sous couvert des autorités, recouvrir de ses affiches les panneaux électoraux…

La Horde

Laisser un commentaire »