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Les théoriciens racistes français encore une fois source d’inspiration…

Nous avons reçu de la Coordination des Groupes Anarchistes de Lyon [1] un texte faisant un petit retour sur l’influence des “penseurs” racistes français,  trois semaines après l’attaque terroriste d’extrême-droite en Nouvelle-Zélande :

Le vendredi 15 mars 2019, Brendon Tarrant, militant d’extrême-droite a tué 50 personnes et en a blessé une vingtaine dans 2 mosquées de la ville Christchurch en Nouvelle-Zélande. Dans un manifeste de 74 pages, il explique les racines idéologiques de son geste et ce qui l’a poussé à passer à l’acte.

Un terrorisme d’extrême-droite bien présent…

Avant de revenir sur le contenu très explicite de ce texte, il convient tout d’abord de rappeler que le terrorisme d’extrême-droite tue partout dans le monde et de manière récurrente : on pense notamment à Anders Breivik (77 morts en 2011 à Oslo) ou plus récemment Robert Bowert (11 morts en 2017 à Pittsburgh). Les passages à l’acte de militants d’extrême-droite sont bien réels et la liste est longue (https://blogs.mediapart.fr/vilmauve/blog/310117/le-terrorisme-dextreme-droite [2])

… et des racines idéologiques bien françaises

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Georges Sorel

Ensuite, il est important de rappeler que les références et les sources qui ont « inspirées » les passages à l’acte trouvent souvent racine dans des concepts idéologiques de théoriciens français. Par le passé, ce fut le cas du régime fasciste tel qu’il a été installé en Italie dans les années
1920 : la principale source d’inspiration revendiquée (si l’on parler comme cela) fut le théoricien français Georges Sorel (voir Zeev Sternhell – La droite révolutionnaire et Naissance de l’idéologie fasciste).
Pour rappel, Le fascisme est le fruit d’une synthèse « sociale et nationale » qui se forge en France à la fin du XIXème siècle, dans une période d’intense maturation idéologique. Cette synthèse prend son origine dans une série de rapprochements entre des éléments du mouvement socialiste d’alors et les théoriciens d’un nationalisme révolutionnaire. Ce processus trouvera son aboutissement dans la création du « cercle Proudhon », qui réunira autour d’un idéologie « sociale et nationale » les monarchistes « sociaux » de l’Action Française proche des idées de Charles Maurras et Maurice Barrès et militants issus du mouvement socialiste et syndicaliste révolutionnaire proche de Georges Sorel et de Lagardelle.

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logo du “Cercle Proudhon”

Ce sont les militants réunis au sein de ce « Cercle Proudhon » qui fourniront la base des premiers groupes fascistes en France : Valois et Lagardelle se retrouvent dans la fondation de la première organisation fasciste, le faisceau, au côté d’industriels milliardaires. Le « cercle Proudhon », et son précurseur idéologique, Georges Sorel, sera de l’aveu même de Mussolini, l’un des principaux inspirateurs du premier fascisme italien. Les syndicalistes révolutionnaires italiens influencés par le théoricien français et les socialistes anticonformistes animés par une démarche de « révision du marxisme » constitueront une partie des troupes fascistes originelles.
Cet héritage idéologique est revendiqué par les fascistes contemporains, des identitaires à Égalité et réconciliation » : Georges Sorel, le « cercle Proudhon », et Proudhon lui-même (interprété sous le prisme de ses écrits les plus réactionnaires, comme figure d’un socialisme « national », antisémite, misogyne, antimarxiste).

Un manifeste qui adoube un concept raciste français…

[5]Dans son manifeste, Brendon Tarrant fait explicitement à son idéologie en mettant en première page la pseudo-théorie du grand remplacement et le symbole du soleil noir. Il y a donc ce symbole radical qui donne le ton à ce manifeste : le soleil noir, qui trône en couverture. Le même que celui tracé par Himmler sur le sol du château de Wewelsburg, quartier général de la SS en Westphalie allemande, et devenue une référence très courante dans les milieux néonazis. On peut le retrouver sur des drapeaux, t-shirts, affiche de concerts depuis des années…
Dans ce manifeste, ce terroriste y dévoile une idéologie hybride, mêlant suprémacisme, racialisme, ethno-nationalisme, éco-fascisme… et fait référence comme source de déclenchement à une théorie élaborée en France par un idéologue extrêmement repris par l’extrême-droite et une partie de la classe politique française. Cette théorie raciste est celle élaborée par le français Renaud Camus sous le nom de théorie du grand remplacement.

Pour la résumer, cette théorie a deux aspects.

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Renaud Camus

Dans le premier aspect, Renaud Camus part d’un pseudo constat démographique : la fameuse immigration massive et la non moins fameuse fécondité plus importante des populations extra-européennes (comprendre non-blanches) remplacerait dans un futur proche les populations « d’origine » en imposant leur religion et leur culture.
Cette vision nommée « éthno-différencialiste »par les groupuscules qui s’en réfèrent n’est ni plus ni moins qu’une théorie d’essence raciste car elle repose sur l’ethnie et la couleur de peau avec d’un côté les peuples européens et de l’autres les extra-européens. Même si les chiffres démontrent le contraire, bon nombre de militants d’extrême-droite (et pas que) se réfère à cette théorie. De plus, elle ignore de manière volontaire que les circuits de migration se font essentiellement dans les pays limitrophes (voir carte).
Le second aspect est plus complotiste car ce grand remplacement serait organisé par une élite mondialiste qui vise à remplacer les peuples d’origines. C’est un des traits classiques des théories antisémites développées au début du XXe siècle, qui attribuaient ces caractéristiques
aux Juifs.
Cette « théorie » du grand remplacement n’est pas née sous la plume de Renaud Camus, elle avait déjà été « pensée » par Maurice Barrès à la fin du XIXème siècle dans « l’appel au soldat ».

… base de l’idéologie des groupuscules fascistes français

En France et notamment à Lyon, les groupuscules installés reprennent à leur compte cette théorie en la complétant avec le « concept » de remigration. C’est notamment le cas de Génération identitaire qui possède 2 locaux dans le Vieux Lyon (La Traboule et l’Agogé – salle de sport nationaliste), ils sont les fervents défenseurs du « grand remplacement ». Et ils ont participé à ce que ce terme rentre progressivement dans le débat public et soit repris progressivement par des « polémistes », « philosophes », « écrivain », puis par des « responsables » politiques du Rassemblement National aux Républicains (et même servant sans doute aux élaborations racistes des lois sur la migration) : c’est la base du concept métapolitique à laquelle se sont appliqués les militants de Génération Identitaire avant de d’orienter leur stratégie politique vers le Front National/Rassemblement National. La remigration vient prolonger cette théorie car en plus de dénoncer cette pseudo invasion, ils veulent s’atteler à contraindre de manière « pacifique et humaine » les immigrés dans leur pays d’origine : tout un programme…

[7]Et ce programme raciste et haineux, Génération Identitaire tente de le diffuser ; mais aussi avec l’aide de ses branches européennes, de le mettre en pratique notamment lors de leurs deux dernières actions d’envergure appelé « Defend Europe ».
Au mois d’août 2017, ils avaient « tentés » de barrer la route aux migrants et à leur soutien en méditerranée mais cela fut un échec assez cinglant. Mais ce fut la 1ère action à l’échelle européenne de « Génération Identitaire France » avec l’aide des groupes du même nom de plusieurs pays européens.
Au mois d’Avril 2018, Génération Identitaire continue de faire parler de lui en organisant une opération au coût financier important au col de l’échelle : leur but est de dénoncer ce point de passage par les migrants et bien évidemment de faire parler d’eux… Ils organisèrent même des milices racistes dans les lieux alentours pour repousser des migrant.e.s qui tenteraient de passer quitte à mettre la vie des migrant.e.s en danger.
Depuis ces « opérations » de communication, la page Facebook de Génération Identitaire a été fermée. Cela ne les empêche pas sur Lyon, par exemple de continuer à communiquer via une nouvelle page « gonitude ». L’une des questions que l’on peut poser de façon légitime est de s’interroger sur le
financement de telle campagne qui a nécessité plusieurs dizaine de milliers d’euros, sans compter les frais juridiques suite à quelques arrestations.
Les liens avec les suprémacistes blancs et les religieux politiques à l’international est une première réponse. Mais Génération a aussi des liens de financement ou d’aide au niveau national et il faudrait un jour effectuer de sérieuses recherches notamment par rapport à leurs
divers locaux.
Nous avons récemment appris que le terroriste qui a fait 50 morts en Nouvelle-Zélande avait fait un don de 1500 euros à la branche autrichienne Génération Identitaire… et en aurait sûrement fait aussi à la branche française !
Nous savons que depuis le décembre 2018, la Traboule, local lyonnais et siège social de Génération Identitaire, est en travaux pour répondre aux demandes de la commission communale de sécurité. Il en est de même pour la salle de sport, l’Agogé, salle réservée aux nationalistes blancs.
Nous ne faisons pas d’illusion sur l’issu des travaux puisque ce ne sont pas les dollars ou les euros qui vont manquer aux identitaires ; et ce malgré, la diffusion d’une idéologie raciste via ces 2 locaux (pour en savoir plus sur les identitaires, nous vous conseillons les 2 parties du
reportage « Génération Hate » – https://www.youtube.com/watch?v=Il2GbD4mrrk [8] et https://www.youtube.com/watch?v=_kEgufjqlio [9]).

Bases de ripostes aux fascistes

En plus de la nécessaire autodéfense face aux fascistes, ce sont les luttes populaires de rupture, fondée sur une éthique et une pratique antihiérarchique, associées à la perspective révolutionnaire d’une société égalitaire, libertaire et internationaliste qui constituent le meilleur rempart contre le fascisme. En effet, les avancés du fascisme sont fait des reculs du mouvement ouvrier, et plus largement de l’ensemble des mouvements émancipateurs, qui portent l’exigence de liberté et d’égalité politique, économique et sociale, entre les individus. Ces reculs sont liés au découragement produit par les échecs des luttes populaires, mais aussi par la conviction largement partagée qu’il n’existe pas d’alternative au capitalisme, à l’État, à la hiérarchie, à l’inégalité sociale et instituée.
Nous affirmons pourtant qu’il existe un projet de société qui concilie l’exigence de liberté et d’égalité sociale entre individus, qui répond aux aspirations des individus et des classes populaires à la dignité et à l’émancipation, qui rend concret la perspective de l’abolition des classes, de l’État, de la hiérarchie et des inégalités sociales. Ce projet de société, c’est celui de la société communiste libertaire, fondée sur la propriété commune des moyens de production, leur gestion directe par les travailleuses et travailleurs au moyen de la démocratie  directe, du fédéralisme libertaire (décision collective, mandatement contrôlé et révocable, libre association).
Nous affirmons qu’une telle organisation sociale est non seulement souhaitable mais aussi possible, puisque ses germes existent dans les pratiques d’entraides actuelles et passées, dans la capacité critique des individus et leur volonté.
Sur Lyon, il est nécessaire de relancer rapidement une lutte unitaire pour obtenir la fermeture de tous les locaux fascistes et notamment ceux de Génération Identitaire.

CGA Lyon [1]