Gilets jaunes et quartiers populaires contre les violences policières (bulletin #180 de Résistons ensemble)

14 mars 2019 0 Imprimer ce billet Imprimer ce billet

Le collectif anti-représsion Résistons ensemble a publié son 180e bulletin il y a quelques jours, dont voici l’éditorial :

Cliquez pour télécharger

L’acte XII des GJ s’est fait sous le signe de la dénonciation sans concession des violences policières définies comme«violences gouvernementales» par Jérome Rodriguez l’une des figures du mouvement qui a perdu un œil suite un à tir de flash ball alors qu’il manifestait le samedi précédent. Des milliers et des milliers de personnes, blessés et mutilés en tête, défilant le samedi 2 février, dans toute la France, contre ces violences. Du jamais vu.

Finalement n’assiste-t-on pas aujourd’hui à cette union des classes populaires par le bas qu’Assa Traoré appelait de ces vœux en mars 2017, cette «révolution pour faire plier la mauvaise France»? (voir RE 161) En tous cas, pour beaucoup maintenant, la pluralité des GJ est actée, les quartiers populaires comme partie prenante avec leur histoire et leurs combats. Lors de cet Acte XII, les collectifs Adama, Ali Ziri, Gaye Camara étaient présents, ainsi que les GJ de Rungis, avec une énorme banderole où était inscrit le slogan: «2005 première sommation , 2019 révolution» .

Une preuve supplémentaire? La marche qui a rassemblé, à Argenteuil le 13 février, des centaines de GJ et desmilitants, souvent de longue date, contre les violences policières dans les quartiers, en soutien à Sébastien Maillet, jeune habitant de la ville et gilet jaune dont la main a été arrachée par une grenade lors de la manif du samedi 9 février. Cette conscience que les violences policières et la répression constituent la vérité profonde de la politique de l’Etat (voir l’appel de l’assemblée des assemblées des GJ qui s’est tenue à Commercy le 27 janvier) est le signe d’un destin commun de ceux que le pouvoir voulait d’abord diviser, GJ et des habitants de quartiers.

Finalement, les politiques, médias à l’appui, démontrent cette communauté de destin en les soumettant à une même stigmatisation.Ainsi, la construction de la figure du gilet jaune « casseur », adepte de la violence gratuite et sauvage, rappelle en tous points celle de l’émeutier «racaille» des révoltes de 2005. À cette nuance  près que le mépris de classe et la haine anti-pauvre se surimposent au racisme anti-noir et arabe réservé aux habitants des quartiers populaires. Et le traitement policier de ces deux groupes identifiés comme « dangereux » est, là encore, le même : on leur envoie le pire de la police , BAC, BRI et DAR («détachements d’action rapide» spécialement créés pour eux suite à la manif du 1er décembre à l’Arc de Triomphe, constitués de 200 flics qui se déplacent à moto armés de leur LBD et sont responsables de bon nombre de blessés graves parmi les GJ selon le Canard enchaîné du 6/02). On donne pour ordre aux flics de tirer dans le tas, à hauteur de visage et de matraquer, gazer sans distinction.David Dufresne, le journaliste indépendant qui s’est lancé dès le début du mouvement dans le décompte des victimes GJ -voir RE 179- en est à plus de 460 signalements. Et on demande à la justice d’achever le travail en condamnant à des peines lourdes en comparution immédiate ou en envoyant systématiquement en détention, des personnes du fait de leur seule présence dans une zone décrétée «dangereuse» et de «non- droit» par l’Etat.Finalement s’il est bien une conquête des GJ, c’est que l’Etat s’est découvert tel qu’il est sous les yeux de millions de personnes. Avec les militants contre les violences policières et les collectifs vérité et justice pour les victimes de la police, Les GJ ont fini de«dénuder le roi»

Laisser un commentaire »