Nantes : Gilets jaunes et antifascistes défilent ensemble

22 janvier 2019 0 Imprimer ce billet Imprimer ce billet

Nantes révoltée, qui vient de se doter d’un site internet,  a fait un compte rendu détaillé des mobilisations à Angers, Rennes et Nantes. En voici un extrait, qui montre que la convergence entre des gilets jaunes et des revendications antifascistes et antiracistes est non seulement possible, mais salutaire et la meilleure réponse aux tentatives de l’extrême droite pour s’accaparer le mouvement.

Et à Nantes ? Malgré les appels « régionaux » dans les deux villes voisines, et le niveau de répression délirant atteint chaque semaine, ce samedi est encore marqué par une manifestation importante, de plusieurs milliers de personnes, qui tiendront vaillamment la rue de 13H à 20H.

Avec en guise de nouveauté, une convergence inédite. Un appel à manifester « contre le racisme et le fascisme » circulait sur les réseaux depuis plusieurs jours. Plutôt que de faire deux défilés au même moment dans la ville, les Gilets Jaunes et les collectifs antiracistes marchent donc ensemble à Nantes, derrière des banderoles sans concession contre le poison de la division raciste. Une première encourageante, qui permet de d’affirmer qu’ici, la xénophobie et les discriminations ne sont pas bienvenues dans la révolte populaire en cours. Après un premier parcours en kways noirs et gilets jaunes plutôt calme, le collectif antiraciste qui organise le premier tour se disperse au niveau de la préfecture. En lançant un appel pour le moins surprenant : éviter les affrontements avec la police, pour rester « safe ». Comme si la violence n’était pas déclenchée par la police lors des manifestations comme dans les quartiers.

Le cortège repart pour un deuxième tour, et continue de gonfler. La détermination monte. Il y a, ici aussi, autour de 3000 manifestants. Après plusieurs tirs de grenades sur le Cours des 50 Otages, le cortège envahit les quartiers riches, Guist’hau, Graslin, les rues autour du Museum d’Histoire naturelle, jusqu’à Mellinet. Les charges, les affrontements se succèdent. Les arrestations aussi. Une banderole antifasciste est volée avec une grande violence. On voit la BAC surarmée et cagoulée, arrêter des manifestants pour « visage dissimulé » ou « port d’arme ». Ce qui est aussi drôle que préoccupant.

Des feux sont allumés en différents points de la ville. La nuit tombe, et des irréductibles tiennent la rue. Autour de 19H, c’est l’overdose de gaz dans le centre ville. Des terrasses de bar, cours des 50 Otages, reçoivent gratuitement des grenades. Un patron exprime sa colère contre la police au passage de manifestants : « nous les commerçants on est d’accord avec vous. » Des rangées de policiers sillonnent le cours sous les huées, on ne sait plus qui est manifestant ou passant, quand les projectiles sont lancés. Il se raconte qu’une bijouterie a été attaquée.Tirs de feux d’artifice contre tirs tendus des nouveaux fusils multi-coups. Les forces de l’ordre semblent en roue libre totale. Des camions de police chargent directement dans la foule devant le château des Ducs, en zigzaguant dans les groupes de manifestants. Une attaque extrêmement dangereuse, des gens sautent dans les douves. Une sexagénaire est choquée par la violence répétée des policiers. Les medics recensent une quarantaine de blessés dont deux plaies ouvertes à la tête. Malgré l’intensité de la répression, la police a, encore une fois, échoué à faire taire la contestation.

Cet Acte X aura dont été marqué par une extension du mouvement des Gilets Jaunes dans l’Ouest. Des milliers de personnes auront tenu la rue simultanément à Nantes, Rennes et Angers. A Toulouse, au moins 10 000 personnes manifestaient au même moment, un record, et à peine moins à Bordeaux. Rien n’arrête une révolte qui monte. A suivre !

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