Brésil : le fasciste Jair Bolsonaro au pouvoir

8 janvier 2019 0 Imprimer ce billet Imprimer ce billet

L’Action antifasciste de Mulhouse vient de lancer son propre site, et pour démarrer l’année, a publié un article sur Bolsonaro, à l’occasion de son investiture le 1er janvier, article que nous reprenons ci-dessous :

Ce 1er janvier, le nouveau président d’extrême droite brésilien, Jair Bolsonaro, vient d’être investi au pouvoir. Il y a encore quelques temps en arrière , un tel scénario semblait presque inimaginable. La crise capitaliste que connait le Brésil ainsi que le rejet très fort par la population des politiques institutionnelles en général ont profité à l’extrême-droite. Bolsonaro capte ces sentiments et se transforme en candidat anti-système, ce qu’il n’est pourtant pas du tout. Connu pour ses prises de position dégueulasses à l’égard des femmes, des homosexuel.le.s, des Noirs et des peuples indigènes, ainsi que pour sa nostalgie pour la dictature militaire de 1964-1985, Bolsonaro, qui est ouvertement autoritaire, raciste, sexiste et anti-écologie a réussi une ascension spectaculaire jusqu’à devenir le président du Brésil.

Mais qui est Jair Bolsonaro ?

Contrairement à ce que beaucoup de monde semble croire, Bolsonaro n’est pas un homme neuf au sein de la classe politique, la réalité est autre ; il a été toute sa vie dans les rouages du système politique et militaire brésilien. Il se présente comme étant un candidat hors du système politique , alors qu’il a déjà cumulé sept mandats en tant que député et a fait une grosse carrière dans l’armée dès son plus jeune âge.

Bolonaro est né le 21 mars 1955 à São Paulo, il s’intéresse à l’armée dès l’âge de 15 ans, et à la fin de sa scolarité à l’école secondaire, il est reçu à la « Escola Preparatória » de « Cadetes do Exército ». Il est ensuite formé à « l’Academia Militar das Agulhas Negras », la principale école militaire du pays, dont il sort diplômé comme sous-lieutenant d’artillerie en 1977, tout ça pendant la dictature militaire. Plus tard, il s’élève au grade de capitaine. Mais le 19 avril 1988, à la fin de la dictature militaire, il est renvoyé de l’armée à la suite de sa participation à un projet consistant à faire exploser des bombes de faible puissance dans les toilettes de casernes. Cependant, le Tribunal suprême militaire l’acquitte de ces accusations le 16 juin 1988. Bolsonaro devient alors militaire de réserve.

Après avoir fait une longue carrière dans l’armée, Bolsonaro se lance en politique et se fait élire en 1988 conseiller municipal de la ville de Rio de Janeiro pour le Parti Démocrate Chrétien (PDC). En 1990 il est élu député fédéral à Rio de Janeiro, toujours sous l’étiquette du PDC. Il est constamment réélu jusqu’en 2014, avec le soutien successif de plusieurs partis de droite comme le Parti Progressiste Réformateur (PPR), Parti Progressiste Brésilien (PPB), Parti Travailliste Brésilien (PTB), Parti Progressiste (PP, successeur du PPB), Parti Social-Chrétien (PSC). À la Chambre des députés, Bolsonaro dépose près de 200 propositions de loi et un amendement constitutionnel mais ceux-ci sont quasiment tous rejetés. A cette époque il était réputé pour être un mauvais orateur, ne pèse guère dans la vie politique du pays et reste une personnalité peu connue du grand public, ce qui lui permettra, lors de la campagne présidentielle de 2018, d’apparaître comme un homme neuf au sein de la classe politique.

Jusqu’à sa candidature présidentielle, pour ceux et celles qui le connaissent, Bolsonaro est perçu comme isolé politiquement, où sa carrière politique est limitée à ses propos polémiques. Mais en 2016 Bolsonaro refait parler de lui en se prononçant pour la destitution de Dilma Rousseff, dédiant son vote au colonel Ustra, qui avait torturé celle-ci en 1970, ce qui avait fait un buzz au Brésil. En janvier 2018, il quitte le Parti Social-Chrétien pour le Parti Social-Libéral. Désigné candidat du PSL à l’élection présidentielle de 2018, Jair Bolsonaro prend la tête des sondages en vue du premier tour de l’élection suite à l’invalidation de la candidature de l’ancien président Lula Da Silva et du fait que la plupart de la classe politique brésilienne est poursuivie pour des délits financiers. Bolsonaro n’est mis en cause dans aucune affaire, quasiment personne ne connait son passé, ce qui lui permet de bénéficier d’une bonne image (même si son principal conseiller économique est toutefois soupçonné de fraude par la justice). Le 6 septembre 2018, il est poignardé alors qu’il tient un meeting. Cette tentative d’assassinat intervient dans un climat de tensions en pleine élection présidentielle ; Jair Bolsonaro avait auparavant lui-même refusé de condamner une attaque contre la caravane de campagne de Lula et avait appelé à mitrailler des militants de gauche. Profitant ainsi d’une belle couverture médiatique, il quitte l’hôpital le 29 septembre pour poursuivre sa convalescence et sa campagne à son domicile.

Dans le cadre d’une campagne marquée par sa violence verbale et la diffusion massive de fausses informations sur les réseaux sociaux, le 7 octobre 2018 Jair Bolsonaro est arrivé largement en tête de élections présidentielles dès le premier tour avec 46 % des voix. Il est élu le 28 octobre 2018 au second tour avec 55,1 % des voix (57,8 millions d’électeurs) face à Fernando Haddad, candidat du Parti des travailleurs. Il a pris ses fonctions ce 1er janvier 2019.

Bolsonaro est ouvertement anti-féminisme, il assume les inégalités de salaire et la culture du viol, il déclare ; « J’ai eu quatre fils et, pour le cinquième, j’ai eu un moment de faiblesse et c’est une femme qui est sortie », « Je ne te violerai jamais, parce que tu ne le mérites pas… salope ! Va pleurer plus loin », avait-il déjà lancé à la députée Maria do Rosário, onze ans plus tôt.

Bolsonaro est homophobe, il déclare ; « Les homosexuels ne trouveront pas la paix. Et j’ai l’immunité [du Congrès] pour dire que, oui, je suis homophobe, et très fier de cela si c’est pour défendre les enfants à l’école» , « Si votre fils commence à jouer un peu gay, frappez-le avec du cuir et il changera de comportement. »

Bolsonaro est contre les Amérindiens, les afro-descendants et les écologistes, il déclare : « Vous n’aurez plus d’ONG pour étancher votre faim de gauche. Ce sera une purification jamais vue dans l’histoire du Brésil », « Si je deviens président, il n’y aura pas d’argent pour les ONG. Ces gens sans valeur devront travailler », « Si j’arrive là, chaque citoyen aura une arme à feu chez lui. Vous n’aurez plus aucun centimètre de terre démarqué pour les réserves indigènes ou les quilombolas. » .(Les quilombolas sont des communautés, en général rurales, composées de descendant.e.s d’esclaves et dont le statut est protégé lorsqu’elles sont reconnues par l’État.)

Bolsonaro veut contrôler les naissances des pauvres, il déclare ; « Il est inutile de parler d’éducation parce que la plupart des gens ne sont pas prêts à recevoir une éducation et ne s’instruiront pas eux-mêmes. Seul un contrôle des naissances peut nous sauver du chaos. »

Bolsonaro contre la classe ouvrière, il déclare ; « Le travailleur devra décider : moins de droits mais des emplois ou tous les droits mais le chômage ».

Bolsonaro un antirévolutionnaire de première heure, il déclare ; « Ces groupes, s’ils veulent rester ici, devront se soumettre à la loi de chacun de nous. Ou sinon quitter le pays ou aller en prison. Ces marginaux rouges seront bannis de notre patrie », « Nous devons éviter que les marginaux, les terroristes du MST (le Mouvement des Sans Terre) continuent leurs actions barbares, là, au Brésil ». Le MST, qui fédère plusieurs centaines de milliers de paysan.ne.s sans terres, demande depuis longtemps une réforme agraire et une redistribution d’une partie des terres au profit de l’agriculture familiale. Le MST n’hésite pas à occuper des terres inexploitées appartenant à de gros propriétaires fonciers, pour y permettre l’installation de petits paysan.ne.s.

Bolsonaro, nostalgique de la dictature militaire Brésilienne, il déclare ; « Ca changera que lorsqu’un jour, nous déclencherons une guerre civile et accomplirons le travail que le régime militaire n’a pas accompli. Tuer quelque 30 000 personnes, à commencer par FHC (Fernando Henrique Cardoso, président (centre-droit) de l’époque), ne pas les mettre à la porte, mais les tuer ! Si des innocents vont mourir, bon, dans n’importe quelle guerre, des innocents meurent », « Je suis en faveur d’une dictature, un régime d’exception », « Le pau-de-arara [technique de torture qui consiste à suspendre une personne par les pieds en lui attachant les jambes et les genoux à une barre métallique] fonctionne. Je suis favorable à la torture, vous le savez. Et les gens également y sont favorables ».

BastaMag a récemment fait un très bon article reprenant les nombreuses phrases de Bolsonaro, c’est peut-être dure à croire, mais ici nous n’avons fait qu’une tout petite sélection de ces phrases, d’autres sont à lire ici.

Ca fait maintenant 5 jours que Bolsonaro a le pouvoir au Brésil, les phrases citées ici ont été dites avant, mais ses positions politiques et son passé ne cachent pas les intentions de l’actuel président du Brésil. Le « nettoyage » idéologique annoncé prévoit d’évincer toute personne qui ne s’alignerait pas sur la ligne officielle promulguée… En 5 jours à peine, dès le soir de son investiture, Bolsonaro a déjà amorcé son programme : en crachant une ordonnance qui met la démarcation de terres réservées aux tribus autochtones sous la responsabilité du ministère de l’Agriculture. Ceci va permettre de livrer les territoires ancestraux des Indiens du Brésil à l’appétit vorace de l’agro-négoce, dont l’influent lobby parlementaire a promis de soutenir le gouvernement au Congrès et a obtenu la nomination de sa cheffe de file comme ministre de l’Agriculture, Tereza Cristina. Mercredi, au lendemain de son investiture, ses 22 ministres ont pris leurs fonctions, déterminés à se lancer dans une croisade contre les idéologies de gauche. L’investiture de Bolsonaro a également été l’occasion de valider une vision de la politique extérieure totalement alignée sur celle des Etats-Unis de Donald Trump. Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a parlé d’une « nouvelle fraternité », ravi que Jair Bolsonaro ait l’intention de suivre les pas de M. Trump en transférant l’ambassade du Brésil de Tel Aviv à Jérusalem.

Maintenant que le fasciste Jair Bolsonaro a pris le pouvoir au Brésil, ses nombreuses phrases dégueulasses ne seront plus de « simples déclarations d’un type isolé politiquement » mais ça sera la ligne politique présidentielle du Brésil, autrement dit une ligne fasciste.

Action Antifasciste Mulhouse Haut-Rhin

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