Angers : Alvarium arrangé !

23 décembre 2018 0 Imprimer ce billet Imprimer ce billet

Le Réseau Angevin Antifasciste publie une analyse sur la courte vie du local d’extrême droite l’Alvarium et les luttes qui ont en partie permis la fermeture de ce local, alors qu’aujourd’hui une manifestation est organisée à Lille pour la fermeture de la Citadelle le local des Identitaires lillois :

Où comment les fafs se réveillent avec la gueule de bois après avoir volé « de défaite en défaite jusqu’à la victoire de la défaite » (1).

Moins d’un an après son ouverture, le local néo-fasciste angevin de l’alvarium met la clé sous la porte. N’attendons pas que le cadavre refroidisse pour pratiquer une autopsie méticuleuse. Le texte qui suit cherche à tirer les enseignements d’une lutte où nous avons rapidement perçu qu’une issue heureuse serait possible à la condition d’une appropriation large et au travers de modalités d’action diverses. Fort heureusement, cet engagement protéiforme a eu lieu. Même si nous avons porté notre part du fardeau, le RAAF n’a pas été le seul acteur de cette lutte, nous en avons pleinement conscience. Notre ambition consiste ici à cerner la dynamique générale qui a participé à la destruction du projet physique de « communauté » porté par les fanatiques du modèle italien néo-fasciste Casapound bricolé à la sauce catho-tradis.

Ce sur quoi il ne faut pas compter

Avant d’analyser ce qui a pesé en faveur de la fermeture, il convient de pointer les acteurs institutionnels qui, à tous les niveaux, ont eu une attitude légère voire complaisante envers l’essaim de mouches à merde. La préfecture s’est tenue au-dessus de la mêlée, communiquant au compte-goutte sur la question mais faisant preuve d’un déploiement de forces de police ahurissant de disproportion lors de la première manifestation du 24 février. Fait révélateur, bien que classique, la police protégeait l’alvarium en faisant face aux manifestant-e-s pendant que les fascistes paradaient dans leur dos (jusqu’à ce qu’un flic leur intime de regagner la niche). Aussi, à plusieurs reprises, nous avons constaté aux abords de l’alvarium la présence d’équipages de police en faction.

La mairie a fait preuve d’une relative complaisance et son action n’est guère allée au-delà de l’adoption d’un vœu (pieux) proposé par l’opposition en conseil municipal le 28 mai, soit quatre longs mois après l’ouverture du local. Une commission de sécurité limitant à 19 personnes la jauge du local aura été le summum de la radicalité de nos édiles. Cette position de retrait n’est guère surprenante puisque la majorité municipale compte au moins deux élus issus de la frange la plus réactionnaire de la droite. L’un d’eux reste adhérent à Sens Commun, l’émanation politique de La manif pour tous. Qui plus est, la tentation a été forte de renvoyer dos à dos fascistes et antifascistes, comme si la question de l’implantation d’un local d’extrême-droite dans un quartier populaire ne concernait pas les élu-e-s et qu’il s’agissait là d’un épiphénomène impliquant deux bandes rivales. Pour contrer ce discours réducteur, il a fallu marteler aux angevin-e-s que le fascisme n’est pas une opinion comme les autres et que le combat contre l’alvarium nous concernait tou-te-s.

Une des caractéristiques de la lutte contre l’alvarium a donc été la propension de chaque acteur de poids à se défausser sur les autres. La préfecture renvoie la mairie à ses responsabilités. La mairie en appelle à la toute-puissance de l’état afin de rétablir l’ordre public. A un moindre niveau, l’agence immobilière Foncia marmonne sans cesse qu’elle est dépendante des décisions du syndic, le propriétaire complaisant se garde bien de se dévoiler, etc. Tout le monde se passe la patate chaude et attend qu’un autre fasse le premier pas, au mépris des voisin-e-s et habitant-e-s du quartier. Une nouvelle fois le RAAF a eu confirmation, qu’en matière d’antifascisme, il ne faut rien attendre d’autre des institutions qu’un bal de faux-culs qui avancent d’un pas pour reculer de deux.

Ce qui a pesé positivement

Le long travail de renseignement (2) mené en amont par le RAAF a été crucial. Bien connaître des militants qui n’en sont pas à leurs premières frasques permet de rapidement jauger le rapport des forces en présence. Savoir dès l’été 2017, que Baudoin Le Nalio était locataire du 85 avenue Pasteur a permis, par recoupement et élimination, de dévoiler avant même l’officialisation du lieu (le 27 janvier 2018) l’adresse exacte de l’alvarium. Cela évite de se réveiller abasourdi à l’annonce de l’ouverture d’un local néo-fasciste et de vite pouvoir passer à l’action.

L’alvarium et ses déconvenues ont fait les choux gras de la presse locale. La masse de renseignements méticuleusement accumulée nous a offert une position confortable vis-à-vis d’une presse quotidienne régionale en demande. En effet, elle ne dispose pas de connaissance fine de tout le pan de l’extrême-droite qui agit en dehors du champ institutionnel.

Il faut aussi souligner l’importance des médias militants qui travaillent sur l’extrême-droite. Un portail comme La Horde permet une expression exempte du filtre journalistique ainsi qu’une mutualisation rapide de l’information. Cela permet de produire les analyses indispensables issues de ce travail de collecte d’informations éparses qui parfois semblent même triviales. Soit dit en passant, à l’avenir, une plus forte coordination des groupes antifascistes nous semble indispensable. Nous n’en ferons pas l’économie si nous voulons faire face à la montée de l’extrême-droite à laquelle nous assistons en France et un peu partout dans le monde.

Le RAAF a pu bénéficier d’un soutien massif lors de ses appels à manifester. La liste des organisations et collectifs qui appelaient à manifester le 24 février contre l’alvarium est large (3) et présageait d’une mobilisation importante. Pour jauger du soutien dont nous allions bénéficier dans cette lutte à venir, il était nécessaire de commencer par organiser une manifestation qui dépasserait l’habituel public strictement militant. Grosse réussite ! Celle-ci a rassemblé 600 personnes dans les rues de la ville et nous a permis d’entamer notre campagne d’actions en confiance car porté-e-s par un vrai soutien populaire.

Nous avons également pris acte qu’il fallait ménager les appels à manifester pour faire au moins à chaque fois aussi bien. Une pression constante sur l’alvarium venue de toutes parts a reposé sur une grande variété des modes d’intervention. Rassemblement devant la mairie, banderoles sous leurs fenêtres à plusieurs reprises pour réaffirmer notre volonté de fermer le local, action en commun avec Alternative Libertaire où nous avons rebaptisé un square à deux pas de l’alvarium du nom de notre camarade Clément Méric, diff’ de tracts aux habitants du quartier et aux voisin-e-s dans l’immeuble du 85 avenue Pasteur, etc. : rien n’a été négligé. Une forme de harcèlement constant a été indispensable pour faire rendre gorge à l’alvarium.

C’est là qu’il nous faut louer la diversité des modes d’action. En menant une opération de peinturlurage nocturne de leur façade en rouge vif, certain-e-s ont permis de stigmatiser les militants d’extrême-droite aux yeux de toute la ville. La honte leur a collé aux basques puisque la façade est restée défigurée plusieurs mois et que les graffitis vengeurs s’y sont multipliés poussant certain-e-s esprits à la baptiser la « maculée conception ».

Des opposant-e-s au local ont aussi su se décaler et pourrir les membres de l’alvarium jusque chez eux. Là encore cette forme de stigmatisation a opéré à plein sur des fachos parfois peu à l’aise avec leurs convictions lorsqu’il s’agit de les assumer publiquement et en dehors de la protection de la bande. A tel point que certains ont décidé de ne plus apparaître publiquement alors que jusqu’à présent l’impunité était de mise. Ainsi, ils avaient fièrement posé en groupe après avoir intimidé une AG d’étudiant-e-s de la fac de droit à Saint Serge. Quelques mois plus tard, certains visages de la fameuse photos étaient désormais floutés. Respectabilité et fascisme ne font pas bon ménage.

Tout cela prouve que la lutte a été prise à bras le corps par des militant-e-s nombreux et aux approches variées. Il est certain que les fafs ont perdu pied face à des adversaires imprévisibles et que cela a contribué à briser leur dynamique. Avec un lieu et des militants ostracisés, le projet de l’alvarium a été soufflé avant même d’avoir décollé. Même les plus jeunes, intéressé-e-s par l’aspect « culturel » (boire des coups entre blancs de bonne famille) qui auraient pu faire de futures recrues ont tôt fait de déserter les lieux. Sans doute les parents ont-ils craint pour leur progéniture. Gardons à l’esprit qu’à part d’innombrables beuveries, le local n’a organisé guère plus de 4 ou 5 soirées politiques. Et encore, nous comptons les 2 interventions calamiteuses de J.-E. Gannat qui ressert à une audience clairsemée son voyage en Syrie aux frais de Bachar. Quant aux « maraudes » pour venir en aide aux « SDF français », les militants de l’alvarium n’ont pas risqué la tendinite à mener de pures opérations de communication aussi vides de sens que les sacs de denrées distribués.

Il faut enfin souligner que l’implantation dans le quartier a pesé lourd. La connaissance préalable de certain-e-s militant-e-s associatifs ainsi que les liens tissés rapidement avec certain-e-s habitant-e-s et des commerçant-e-s du quartier ont permis aux militant-e-s antifascistes de travailler sereinement dans le quartier. De notre côté, nous pouvions informer les habitant-e-s sur l’alvarium et ses membres et réciproquement rien des affres subies par les fafs ne nous échappait. Croyez-nous, le bouche-à-oreille est presque aussi rapide que les réseaux sociaux. Il est évident que nous nous sommes parfois heurté-e-s à une certaine forme de réticence bien naturelle à notre égard. Il a aussi fallu un petit moment pour que la peur cède la place à une vraie défiance vis-à-vis des fafounets. Défiance qui a parfois mené à la confrontation physique.

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