Paris : des antisémites sous les gilets jaunes

22 novembre 2018 15 Imprimer ce billet Imprimer ce billet

Parmi les « gilets jaunes » présents à Paris pour « tout bloquer » samedi dernier, une belle brochette de nationalistes et d’antisémites notoires, qui comptent bien récidiver samedi prochain…

Pas facile d’avoir un avis tranché et définitif sur le mouvement des « gilets jaunes », qui s’est exprimé pour la première fois samedi dernier. Certains, comme Jean-Pierre Anselme, veulent y voir « un mouvement d’ampleur, qui mobilise une large fraction des classes populaires les plus meurtries par les politiques gouvernementales néolibérales », dont les tentatives de récupération de la part de leaders nationalistes « n’atteste en rien de sa prétendue “nature” d’extrême droite ».

Photo : Serge d’Ignazio

D’autres, au contraire, comme nos camarades désabusé·es de Haute-Savoie, jugent ce mouvement plus sévèrement : « Sans perspectives révolutionnaires, les masses populaires qui cherchent la rébellion contre la morosité périurbaine se retrouvent prises dans les mailles du populisme, renforçant ainsi l’avancée du fascisme. »

Des gilets jaunes en “gaulois” en colère…

Pour notre part, c’est plutôt avec scepticisme que nous observons ce mouvement, car sa revendication « franchouillarde » (la référence aux « Gaulois »), son anti-fiscalisme primaire (quid de la redistribution des richesses ?), et plus largement sa vacuité idéologique le rende plus facilement perméable aux idées d’extrême droite qu’à nos propositions d’émancipation sociale et de solidarité de classe, quelque soit la nationalité. L’avenir jugera, mais d’expérience, on sait que ce genre de mouvement spontané, n’ayant pour seule revendication que de « faire entendre le peuple » sans préciser ce qu’il a à dire, est soit voué à disparaître rapidement, soit à finir dans les filets des populistes professionnels, qui sont déjà à l’affût.

L’extrême droite en embuscade

D’ailleurs, les fafs ne s’y sont pas trompés, et les « vedettes » du milieu ont bien pris soin de faire un selfies avec des gilets jaunes, comme Dieudonné, Alexandre Gabriac et bien d’autres.

Gabriac et Dieudonné avaient sorti les gilets jaunes. Le PDF aussi…

Des fans de Faurissons sur les Champs Elysées

À Paris, un petit groupe s’était constitué dès 7 heures du matin sur le rond point des Champs Élysées, histoire d’être les premiers pour tenter de “bloquer” la célèbre avenue. Une vidéo de près d’une heure, réalisée par un certain Victor Diaz de Vivar, a circulé sur les réseaux sociaux : elle montre le groupe dirigé par  un certain Fred, entouré en rouge sur les photos ci-dessous, ainsi que son copain Kevin, filmé à plusieurs reprises en gros plan…

Source : Facebook

Or, dans cette petite équipe, on retrouve une belle brochette de nationalistes et d’antisémites parmi les plus radicaux, dont le “leader” autoproclamé de ces “gilets jaunes” parisiens.

Frédéric Jamet, à gauche en train de diriger des “gilets jaunes” dans Paris.

On peut ainsi reconnaitre sans peine sur la vidéo Frédéric Jamet. Entré dans la police en 1987, il sévit à la direction des renseignements généraux de la préfecture de police, tout en étant militant à l’Œuvre française (OF). Si on en croit le fondateur de l’OF, Pierre Sidos, dans une interview donnée à Hervé Ryssen, Jamet “corrigeait les rapports sur le plan français (correction, mise en forme) et plutôt que de mettre les documents dans le broyeur, il nous les fournissait.” En 1991, il rejoint la 12ème section de la direction, chargée du traitement de l’immigration clandestine. Or, à cette époque, Jamet faisait partie des militants de l’OF qui faisaient de l’entrisme au Front national. Dans le parti de Jean-Marie Le Pen, Jamet rejoint le syndicat Front national-Police[1] : il est même le rédacteur en chef du bulletin du syndicat frontiste.

Archives : La Horde

Suite à l’invalidation de ce syndicat frontiste en 1998, il rejoint alors le Syndicat professionnel des policiers de France (SPPF), dont il devient le secrétaire général, tout en restant au Front national ; mais la même année, Jamet, qui vient d’être nommé à l’Office central de répression du trafic illicite de stupéfiants, est interpellé et mis en examen pour un braquage du restaurant Pétrossian, dans le carde d’une enquête sur un trafic d’explosifs. Il refuse de répondre au juge, évoquant le secret défense… Révoqué de la police nationale, Jamet passe en procès en 2004 pour association de malfaiteurs, tentative d’escroquerie en bande organisée et vol à main armée, et confirme à cette occasion qu’il était une « barbouze »… Un citoyen modèle !

Toujours proche de l’Œuvre française, Jamet était venu, en 2012, lors des élections universitaires à Assas, soutenir ses petits camarades du GUD. Si on en croit le journaliste Frédéric Haziza (ou plus précisément ses amis policiers) dans son livre Vol au-dessus d’un nid de fachos,  Jamet aurait également participé au financement du Crabe-Tambour, le bar du gudard Logan Djian ; Hervé Ryssen, dont il sera question plus loin dans l’article, est également de l’aventure. Enfin, le 29 septembre de la même année, il était présent au rassemblement des jeunesses nationalistes devant Notre-Dame, dont le site antifasciste REFLEXes avait à l’époque fait un compte rendu circonstancié. Là encore, Hervé Ryssen est présent.

Archives : La Horde et REFLEXes

En 2015, Frédéric Jamet crée sa propre organisation, le Mouvement Écologique National et Solidaire (MENS, pour « esprit » en latin, quel poète !), dont Jamet se désigne comme le « Stratège », sous le pseudonyme de Périclès… Un manque totale d’humilité qui n’a d’égal que l’anonymat complet de son mouvement, dont la seule activité connue est la publication sporadique de communiqués pour dénoncer pêle-mêle l’immigration, les abattoirs et les agressions « sionistes » contre la Syrie. En novembre 2017, le MENS, du moins son «Stratège », vient prêter main forte au « Comité Révolutionnaire International » de Franck Pucciarelli, un soutien inconditionnel de Kadhafi : la scène se passe au théâtre de la Main d’Or, alors le théâtre où s’exhibait Dieudonné, et en présence de Ginette Skandrani, soutien bien connue des négationnistes de tous poils. 

Au théâtre de la Main d’or, Frédéric Jamet (A), Franck Pucciarelli (B) et Ginette Skandrani (C).

On est donc un peu moins étonné de voir Jamet lancer quelques mois plus tard, le 11 mai 2018, un appel à signature pour un « Pacte antimondialiste », qui entend rassembler tous ceux qui veulent « lutter contre l’oligarchie mondialiste qui orchestre le projet totalitaire de gouvernance mondiale aux fins d’asservissement de l’humanité » et « combattre l’axe sioniste générateur de conflits et de chaos »…

On est encore moins surpris d’avoir vu samedi dernier, aux côtés de Jamet, gilet jaune sur le dos, d’autres citoyens tout aussi « remarquables », en tout cas pour leur antisémitisme :

– Hervé Lalin, dit Ryssen, un ancien militant du FN, responsable du groupuscule nationaliste-révolutionnaire Unité Radicale en Ile-de-France au début des années 2000, s’est fait connaitre par l’organisation de l’agression du père Berger à la Basilique Saint-Denis le 15 septembre 2003, en raison de son soutien aux sans-papiers. C’est ensuite sous son nom de plume Hervé Ryssen qu’on le retrouve, publiant divers ouvrages tous plus antisémites les uns que les autres, dans lesquels il prétend analyser le « discours mondialiste juif » en faisant la part belle à la psychologie de bazar. Régulièrement invité à s’exprimer dans l’hebdomadaire pétainiste Rivarol, le bonhomme s’est rapproché assez logiquement de l’Œuvre française, jusqu’à sa dissolution. Ryssen, dans une vidéo aujourd’hui supprimée, se revendiquait lui-même “antisémite et raciste“.

Photo souvenir de la manif en l’honneur de Jeanne d’Arc, le 11 mai 2014 : de gauche à droite, Vincent Vauclin de la Dissidence française, Yvan Benedetti (ex-Œuvre française), Hervé Ryssen.

– un ami de Ryssen, connu sous le pseudo John Balder, qui considère sur les réseaux sociaux le négationniste Faurisson comme « un héros de la Résistance face à la dictature juive » :  Balder était d’ailleurs présent à sa dernière conférence en Angleterre la veille de sa mort, en compagnie de Pierre Dortiguier, Maria Poumier (deux soutiens connus des négationnistes) et Vincent Reynouard, catho intégriste et négationniste convaincu, ainsi que, bien entendu, quelques élu du Britsh National Party (BNP).

John Balder (A), Robert Faurisson (B), Maria Poumier (C) et Pierre Dortiguier (D).

Kevin Licata, une sorte de “Vincent Lapierre” aux petits pieds, animateur d’une chaine Youtube, “Chroniques de rue”, sur laquelle il a interviewé des personnalités connues pour leur “amour” de la communauté juive, comme le suprémaciste noir Kemi Seba, l’imposteur Alain Soral, le néonazi Daniel Conversano ou le directeur de Rivarol Jérôme Bourdon.

Tout ce petit monde se connait bien, et se retrouve aux différentes sauteries organisées par l’extrême droite radicale, comme par exemple à la “fête du pays réel” de l’organisation catholique intégriste Civitas : on notera au passage que la militante de Résistance helvétique qui les accompagne, Vanessa Inzaghi, est elle aussi une fan de Faurisson, qu’elle a rencontré à plusieurs reprises.

De gauche à droite : John Balder, la suisse Vanessa Inzaghi de Résistance helvétique, Hervé Ryssen et Kevin Licata.

Vanessa Inzaghi et son ami Faurisson.

Jean Lamour, discret militant de l’ex-Œuvre française, au sein de laquelle il se chargeait de l’anti-antifascisme virtuel : il aurait même cherché, mais en vain, à identifier les animateurs de la Horde… Désolé Jeannot, tu ne sais pas qui on est, mais toi on te connait !

Derrière la caméra, pour filmer ses copains, on trouve Victor Diaz de Vivar, alias Victor Lenta : passé par le Bloc Identitaire de Toulouse au début des années 2010, et logiquement s’engageant dans l’Oustal le local des Identitaires sur cette ville à cette époque, Lanta rejoint durant l’été 2012 le Lys Noir de Rodolphe Crevelle. En septembre 2012, sans même avertir personne et laissant une ardoise à l’Oustal, Victor quitte le Bloc et prend la tête des Jeunesses Nationalistes.

Victor Lanta protégeant ses militants lors d’une action des Jeunesses nationalistes en 2013.

En 2014, il lance le mouvement “Unité Continentale”, qui voulait regrouper des volontaires français pour combattre aux cotés des pro-Poutine dans le Donbass. Il part donc en Ukraine et au bout de 3 mois ils ne sont qu’une petite dizaine dont 3-4 français.

Victor (le moustachu) avec ses copain pro-russes dans le Dombass.

On avait récemment parlé de lui à propos d’une conférence sur la Russie où il était intervenant sous le pseudo de Victor Alfonso, et à laquelle était également invité Djordje Kuzmanovic, le conseiller pro-Poutine de Mélenchon.

Ce qu’on peut en conclure…

On imagine bien que les quelques dizaines de “gilets jaunes” qui suivaient les sinistres personnages ci-dessus samedi dernier ne partagent pas forcément leur antisémitisme, ni même ont la moindre idée de qui ils étaient. Et c’est bien le problème : car quand on ne sait pas vraiment où on va, on risque bien de suivre n’importe qui, et la petite expérience activiste de certains des militants cités pourraient bien suffire à en faire des leaders… Alors que les “gilets jaunes” se sont donnés rendez-vous à Paris le week-end prochain, Jamet et ses amis ont d’ors et déjà annoncé qu’ils seront de la partie : maintenant que leur parcours politique est connu, espérons davantage de discernement parmi celles et ceux qui voudront exprimer leur “ras-le-bol” le week-end prochain.

La Horde

  1. Fondé en 1995 par un dissident de la FPIP, Jean-Paul Larendeau. []

15 commentaires »

  1. dado 9 décembre 2018 at 11:58 - Reply

    Moi j’avais compris que c’est Lénine et les bolchéviques qui ont “enrégimenter le mouvement” révolutionnaire de février-mars 1917… Ce sont bien eux qui regardaient de haut “le peuple” qui venait de renverser le pouvoir impérial et qui en octobre (c’est à dire 6 mois après la révolution), sous le noble prétexte de le “politiser” et de le guider sans doute, prennent le pouvoir un matin en se postant aux postes stratégiques, imposent leur pouvoir, en éliminant ceux qui s’y opposent, assassinant plus de révoltés que de Russes blancs, et en les accusant d’ennemis du peuple et de la révolution.

    Si on fait la chasse aux fascistes et aux révisionnismes, n’oublions pas de commencer à le faire chez nous mêmes! Ne laissons pas passer sur nos sites et nos réseaux de telles souillures à la mémoire de nos camarades assassinés par les réactionnaires dogmatiques “intérieurs”.

    Sinon notre révolution est condamnée à l’échec avant d’avoir commencé.

  2. dardel 5 décembre 2018 at 08:14 - Reply

    FPP 106.3 FM invite toutes et tous à une soirée de débat
    autour de l’émergence du mouvement des « gilets jaunes » et des questions / réponses que cela pose
    vendredi 7 décembre à 20h
    au Bar de Solidarité attenant à nos locaux sis 1, rue de Solidarité M° Ourcq ou Danube, Tramway Butte Rouge.

    Les échanges de la soirée seront diffusés ultérieurement sur FPP 106.3 FM.
    Le bar associatif sera ouvert.
    Merci de faire circuler le plus largement possible

  3. NANAR 94 3 décembre 2018 at 22:31 - Reply

    STEU VEROLE DE BAT SKIN S’EST FAIT COUCHER …
    UN ARTICLE UN ARTICLE !!!

    • La Horde 5 décembre 2018 at 19:27 - Reply

      Tu ne confonds pas avec Benedetti ?

  4. Laurent Grenoble 3 décembre 2018 at 10:15 - Reply

    -Vu à la télé (France 2), manif du 1er décembre à Paris, avec ce commentaire (je cite de mémoire) : “des antifascistes s’en prennent à des militants fascistes connus”.
    – Des infos en complément de cet article La Horde >>https://www.isere-antifascisme.org/de-l-extreme-droite-infiltree-parmi-les-gilets-jaunes-a-paris-en-savoie-a-toulouse-infos-avec-la-horde

  5. wil 1 décembre 2018 at 10:37 - Reply

    en tout cas merci pour l’article, courage a tout le monde et faite avancé vos idées merci à tout le monde

  6. wil 1 décembre 2018 at 00:28 - Reply

    pour ma part je suis d’accord avec la majeure partie de votre analyse sauf sur les gaulois qui pour moi n’as jamais interprété le fascisme… la photo me parait mal interprété, rien ne montre qu’il s’agit de facho sur cette photo… rien ne fais référence a dire que les gaulois était des facho. Pour moi c’est la caricature d’un resistant à l’empire et je pense que c’est ce qu’ils expriment…
    je trouve dommage que les gens pense que le gaulois est un symbole facho si des groupuscule de nazi on utilisé cette image cela ne met pas tout le monde dans le même panier si ?

    • La Horde 1 décembre 2018 at 07:26 - Reply

      On ne dit pas que la référence aux Gaulois soit d’extrême droite… Mais c’est clairement un marqueur identitaire problématique, dans le sens où les exploité.es et les précaires de France ne sont pas, loin s’en faut, dans leur grande majorité, des descendants des Gaulois : c’est par ailleurs, symboliquement, faire une distinction entre les “nationaux” et les autres, et là encore c’est un problème, si on veut vraiment lutter contre l’exploitation et pour la solidarité.

      • wil 1 décembre 2018 at 10:26 - Reply

        les gaulois était nationaliste ? 🙂
        c’est la que je ne comprend pas j’entend pas être un descendent des gaulois et je viens pas de milieu aisé et pour nous les gaulois ne represente pas les “sous chien”

  7. m3d 30 novembre 2018 at 19:59 - Reply

    Salut ! Je suis depuis déjà quelques années la horde (dont je salut le boulot) et n’ai jamais commenté, j’approuve totalement vos commentaires et l’article concernant les gilets jaunes. Je soutiens ce mouvement depuis le début en province dans une agglo moyenne, sur différents points d’accès et justement, oui il faut être présent, ne pas laisser l’extrême droite s’installer, que ça ne devienne pas seulement un mouvement de “gaulois”… Ça doit être et absolument rester un mouvement du peuple, des citoyens.
    En tant qu’ancien banlieusard, j’aimerais que ça se mobilise plus dans les banlieues, les quartiers, les grandes villes pour nous soutenir.
    faites passer le message !
    merci à tous
    m3d

  8. Dok Gonzo 23 novembre 2018 at 08:44 - Reply

    Bien sur qu’il y a des fachos dans les gilets jaunes! On est en France quand même, ils ne pouvaient pas louper l’occasion…

    Maintenant une fois que c’est dit on fait quoi? On les laisse faire ce qu’ils veulent comme des bons petits antifas de salon?
    ET BIEN NON! Il faut aller sur place et participer au mouvement comme ça dès qu’il y a un dérapage raciste on peut intervenir directement et par notre présence empêcher toute récupération!

    C’est ça l’activisme, aller au contact et s’imposer!

    Merci quand même pour les infos, c’est important de le dire, mais il est encore plus important d’occuper la rue pour les empêcher de gangrener un vrai mouvement populaire spontané, ce qui n’était pas arrivé depuis des décennies 🙂

  9. Karl Marx 22 novembre 2018 at 12:21 - Reply

    Eh bien regroupez vous et faites front de votre côté. Mais ne cassez pas le mouvement social au nom d’une prétendue pureté.

    • La Horde 22 novembre 2018 at 16:19 - Reply

      Qui parle de pureté ? On signale la présence parmi les organisateurs des gilets jaunes parisiens des antisémites notoires : si ça ne te dérange pas, c’est quand même un problème, non ?

  10. yves 22 novembre 2018 at 10:50 - Reply

    Rester vigilant contre les fascistes et leurs tentatives de noyauter une mobilisation populaire est une très bonne idée, et cet article est donc utile. Je ne me suis pas rendu sur les Champs- Elysées samedi dernier car je craignais la présence en nombre de fascistes, et l’idée d’être seul ou de retrouver à peine quelques camarades face à des fascistes en nombre ne me plaisait guère. En revanche je pense qu’il faut faire très attention aux conclusions qu’on peut être tenté de tirer de cette présence. Cette mobilisation, quoi qu’on puisse penser de ceux ou celles qui sont à son initiative, est comme toutes les mobilisations importantes une mobilisation “inter-classiste”. Ce qui veut dire que s’ y mêlent aussi bien des ouvriers, des employés, des salariés en général, des petits commerçants, des agriculteurs, une masse de gens qui ont parfois des intérêts contraires et parfois contradictoires. Toute révolution ( je ne dis pas que nous sommes en période révolutionnaire, même si par beaucoup de caractéristiques la situation actuelle commence à ressembler à une situation pré-révolutionnaire: rupture consommée entre “ceux d’en-haut” et” ceux d’en-bas”, impuissance des premiers à répondre aux seconds, incapacité des partis ou organisations politiques ou syndicales à encadrer la colère montante etc.) prend nécessairement la forme d’une coalition de classes sociales hétéroclites. En février-mars 1917, l’étique classe ouvrière russe aurait été à elle seule impuissante à renverser la monarchie impériale. La question cruciale que doit se poser tout militant révolutionnaire est nécessairement la suivante: comment faire pour politiser ce mouvement, pour lui donner une orientation, une logique,anticapitaliste? Il est clair que la réponse à une telle question ne peut pas être apportée “du dehors”. Il faut être partie-prenante de la mobilisation si on veut:1) faire échouer toutes les tentatives de l’extrême droite ou d’un parti “bourgeois” classique d’enrégimenter le mouvement sous ses mots d’ordres “poujadistes” ou carrément fascistes.2) Mener à bien cette politisation accélérée du mouvement et assurer l’hégémonie sur celui-ci des salariés, quitte d’ailleurs très vite à se séparer de la frange réactionnaire. Un “révolutionnaire” qui regarde avec distance et mépris une mobilisation populaire massive, parce que spontanément elle emprunte ici et là des formes peu ragoutantes, n’est qu’un révolutionnaire en parole. Je me permets de citer Frédéric Lordon, citant lui-même un révolutionnaire plutôt connu pour son grand sens sratégique, et son efficacité: « Croire que la révolution sociale soit concevable sans explosions révolutionnaires d’une partie de la petite bourgeoisie avec tous ses préjugés, sans mouvement des masses prolétariennes et semi-prolétariennes inconscientes contre le joug seigneurial, clérical, monarchique, national, c’est répudier la révolution sociale. […] Quiconque attend une révolution sociale “pure” ne vivra jamais assez longtemps pour la voir. » (Lénine)

    • jean 15 décembre 2018 at 10:29 - Reply

      Bravo.
      La présence de fachos sera la mieux compensée auprès des GJ par celle d’anticapitalistes tentant de montrer la perspective systémique totalitaire qu’est le néolibéralisme en France.

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