9 novembre 1932 – l’armée suisse tire sur une manifestation antifasciste à Genève

9 novembre 2018 0 Imprimer ce billet Imprimer ce billet

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Rappel des faits

Dans les années 1920-1930, Genève est une ville où les luttes politiques et syndicales sont intenses. Beaucoup de journaux partisans sont vendus, notamment dans les Rues Basses, ce qui donne lieu à des combats de rue entre les différents groupes politiques. Avec la crise, la classe ouvrière s’enfonce encore davantage dans la misère. Le chômage est important, et peu de sans-emplois bénéficient d’une aide.

Fascistes genevois de l’Union Nationale.

Comme dans les pays voisins, l’extrême-droite locale se renouvelle et l’Union Nationale (UN), devient une force politique qui compte. Les manifestations et les meetings de l’UN sont encadrées par un service d’ordre en uniforme, dont tous les membres sont officiers ou soldats.

Le début des années 1930 est marqué par le scandale de la Banque de Genève, dénoncé par le Parti Socialiste. Le climat politique est tendu, la violence verbale et la confrontation physique atteignent un niveau que les socialistes et autres bureaucrates d’aujourd’hui n’ont jamais connu.

L’UN décide d’organiser pour le 9 novembre 1932 une « mise en accusation publique des sieurs Nicole et Dicker », leaders du PS genevois, à la salle communale de Plainpalais. Devant cette provocation, le parti demande l’annulation du meeting et, dans le cas où celui-ci serait maintenu, décline toute responsabilité quant à ce qui pourrait se produire. Le Conseil d’État maintient l’autorisation du meeting fasciste.

Dans le Le Travail du 8 novembre, le parti socialiste demande « à toute la classe travailleuse genevoise de participer à une manifestation le mercredi soir 9 novembre, à la salle communale de Plainpalais ».

Le 9 au matin, Frédéric Martin, chef du Département de Justice et Police du Canton de Genève, demande au Département militaire fédéral la mise à disposition, pour un service d’ordre, de l’école de recrues III/1 qui se trouve en service à Lausanne. Le Conseil fédéral accepte.

On informe les soldats que « la Révolution a éclaté » à Genève. Quatre d’entre eux refusent d’obéir et sont immédiatement mis aux arrêts. Sous le commandement du colonel Lederrey, le reste de la troupe (30 officiers, 576 sous-officiers et soldats), arrive à Genève dans l’après-midi.

Dès 17h, la police entoure la salle communale avec des barrages. Les socialistes veulent y entrer en masse pour demander un débat contradictoire et chahuter si ça ne fonctionne pas. Mais ça ne marche pas, les barrages retiennent dehors tous les manifestantEs. La masse grossit : socialistes, communistes et anarchistes organisent la contre-manifestation antifasciste.

Vers 20h30, la foule charge un barrage et la police fait reculer les manifestants à coups de plat de sabre. Frédéric Martin se trouve alors au poste de police de la rue de Carouge et ordonne d’appeler l’armée.

A 21h15, une première colonne de soldats quitte la caserne du boulevard Carl-Vogt et se dirige vers le boulevard du Pont d’Arve et la rue de Carouge.

Sur le chemin pour rejoindre les barrages de la rue de Carouge, les soldats se retrouvent isolés et la foule les accueille à coups d’injures et de crachats pour les uns, les autres sont désarmés et leurs fusils cassés sur le trottoir. Les manifestants les appellent à se mutiner et leur lieutenant, Burnat, se reçoit quelques bonnes gifles dans la gueule. Les soldats essuient des jets des cailloux.

Barrage militaire.

Le major Perret appelle immédiatement des renforts. Le lieutenant Burnat fait signe à ses hommes de se replier et demande l’autorisation de tirer au major Perret, qui lui ordonne d’attendre. Burnat réitère sa demande et, après un moment, Perret donne l’ordre.

A 21h34, la soldatesque tire sur la foule après avoir fait une sommation dont personne ne comprit le signal. On compte dix morts et soixante-cinq blessés dont trois mourront dans les jours suivants.

Le lendemain, le socialiste Léon Nicole est arrêté et l’anarchiste Lucien Tronchet est recherché. Pour la droite, la responsabilité incombe à ce premier et à son parti, qui ont perturbé l’ordre public.

Dix-huit militants et responsables des partis de gauche sont inculpés. Sept sont condamnés jusqu’à 6 mois de prison. Le conseiller d’État Frédéric Martin et les officiers qui ont donné l’ordre de tirer n’ont jamais été inquiétés.

Les syndicats genevois votent la grève le 11 novembre, à partir du 12 pour une durée de 24 heures. Le parti communiste genevois appelle, lui, à une grève politique de masse, mais l’Union syndicale suisse boycotte l’appel. L’Union des syndicats du canton de Genève donne l’ordre de ne pas manifester dans la rue. Genève se trouve en état de siège, des mitraillettes sont installées à certains croisements. Le code pénal militaire est élargi aux civils hostiles. Toutes les manifestations sont interdites et le nombre de soldats déployés atteint 4’000 le samedi 12. Le commandement de la troupe est placé sous direction des autorités fédérales.

A Berne, à Zurich et à Lausanne, des manifestation de soutien ont lieu. Partout en suisse les flics et l’Etat sont sur leurs dents.

Des milliers de personnes assistent aux funérailles de victimes.

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