Qui sont les “personnalités” qui appellent à soutenir Génération identitaire dans Valeurs actuelles ?

22 octobre 2018 5 Imprimer ce billet Imprimer ce billet

Mercredi dernier, Valeurs actuelles publiait sur son site une tribune signée par 56 “personnalités” appelant à soutenir Génération identitaire (GI) suite à l’interpellation d’une vingtaine de ses membres qui avaient occupé le 5 octobre dernier les locaux de SOS Méditerranée, pour dénoncer l’aide apportée à des migrant·es en danger de mort. On a fait le point sur ces “personnalités” qui, à défaut pour la plupart d’être connues du grand public, sont en revanche bien connues à l’extrême droite, et surtout souvent bien connues les unes des autres.

Avant de faire le point sur les signataires, notons que parmi ces prétendues “personnalités”, aucune n’appartient directement à la mouvance identitaire, ni ne s’en était jusque-là déclarée proche. Sur les 56 signataires (dont les noms sont en gras dans la suite de l’article) près de la moitié (25) sont des élus ou des responsables des principales formations parlementaires de droite et d’extrême droite. Pour les autres, il s’agit les acteurs de la tentative d’union de tous les courants de la droite nationale-conservatrice “enracinée”, qu’on retrouve les uns aux côtés des autres dans tout un ensemble de groupes et d’associations.

C’est Romain Espino, le porte-parole de Génération identitaire, qui a orchestré le plan com’ de “l’occupation” des locaux de SOS Méditerranée. Rappelons qu’il était candidat Rassemblement Bleu Marine aux élections municipales de 2014 à Chassieux, tout en étant déjà membre de GI.

Sans surprise, le Rassemblement national (RN, ex-Front national) est donc la formation la plus représentée avec 7 signataires :  son vice-président Louis Aliot, plusieurs députés européens (Marie-Christine Arnautu, Christelle Lechevalier, Mylène Troszczynski), le délégué national pour les études et argumentaires Jean Messiha (qui est par ailleurs le mari de Rania Messiha, collaboratrice parlementaire de Louis Aliot), ainsi que deux élus marseillais : l’ex-maire du VIIe secteur de Marseille Stéphane Ravier et Cédric Dudieuzère, son adjoint. On voit que le rapport avec les Identitaires a bien changé depuis quelques années : il y a 5 ans, Philippe Vardon, alors patron des Identitaires à Nice, se voyait exclu en moins de 24h du Rassemblement bleu marine qu’il avait tenté de rejoindre ; aujourd’hui, un coup de force des Identitaires est salué unanimement au sein du parti. Il faut dire que Marine Le Pen ne dit pas autre chose que GI :

sans surprise non plus, la Ligue du Sud est bien présente (6 signataires) : toute la famille Bompard a signé, le père Jacques, maire d’Orange, la mère Marie-Claude, maire de Bollène et le fiston Yann, conseiller départemental de Vaucluse. On se rappelle peut-être que Bompard père, en juillet 2017, alors député du Vaucluse, n’avait pas hésité à dire à l’Assemblée : “le grand remplacement à l’œuvre dans notre pays est l’enjeu le plus crucial“.

En rose, Marie-Claude Bompard, maire de Bollène, en octobre 2016.

En rose, Marie-Claude Bompard, maire de Bollène, en octobre 2016.

Viennent s’ajouter leurs autres élus : Xavier Fruleux et Marie-Thérèse Galmard, conseillers départementaux de Vaucluse, et Marie-France Lorho, députée de la Ligue du Sud suite à la démission de Jacques Bompard en 2017.

Pour le Parti Chrétien-Démocrate (PCD), Outre Jean-Frédéric Poisson, son président, qui avait déclaré en 2016 “il n’y a pas d’avenir durable en France pour les migrants“, on trouve parmi les signataires les responsables des jeunes du PCD :  Jean Servin (président), Joseph Poidevin, (secrétaire général), Baptiste Laroche (porte-parole) et Aymeric du Chambon, (responsable de la Vienne).

Comme au PCD, chez Les Républicains, ce sont surtout les jeunes qui signent. Est donc présente parmi les signataires tout la fine équipe du tout nouveau collectif Racines d’Avenir, qui souhaite un rapprochement avec le FN : son président Erik Tegnér, son porte-parole Quentin de Lacoste, ainsi que Wilfried Baron, responsable des Jeunes LR de la Nièvre, Rémi Ledoux, délégué Jeunes LR dans le Pas-de-Calais ou Paul Nafilyan, membre des Jeunes libéraux.

Les membres de Racines d’Avenir (de haut en bas et de gauche à droite) : Erik Tegnér, Quentin de Lacoste, Wilfried Baron, Rémi Ledoux et Paul Nafilyan. Qui a dit “bande de bolos” ?

À noter que, quand Erik Tegnér avait lancé le 5 septembre 2018 sa campagne pour la présidence des Jeunes LR, étaient présents Paul-Marie Couteaux (cf. infra), Jean-Frédéric Poisson, Frédéric Pichon (cf. infra).

Du côté du parti de Nicolas Dupont-Aignan, c’est pas la foule (on n’est jamais trop prudent) : outre Paul-Marie Coûteaux, devenu récemment un conseiller de Dupont-Aignan mais dont le parcours politique est passé par à peu près toutes les formations cités dans cet article, seuls deux noms parmi les signataires, ceux de Charles Gave, financier et de sa femme Emmanuelle Gave, responsables de l’Institut des Libertés, un petit think tank ultralibéral, et qui ont tout récemment rejoint Debout le France en septembre 2018.

En médaillon, Charles et Emmanuelle Gave.

En médaillon, Charles et Emmanuelle Gave.

Sur le site de leur institut, l’Aquarius est décrit comme “bateau négrier moderne“, un article subtilement intitulé “Immigration : les français sont endormis par le muezzin médiatique” évoque (sans la nommer) la théorie du “grand remplacement” de Renaud Camus, cite Bernard Lugan pour “refuser la repentance coloniale”… Bref, un discours national-identitaire assez convenu.

À ce premier groupe de signataires, quelques élus ou responsables de la droite institutionnelle, mais qui ne représentent plus qu’eux-mêmes ou presque : Christine Boutin, Christian Vanneste ou Thierry Mariani. On pourrait dans cette catégorie citer également Robert et Emmanuelle Ménard, respectivement maire de Béziers et députée de l’Hérault. Mais leur présence ici, comme du reste celle de Vanneste ou Couteaux, vient plutôt de leur rôle actif pour faire éclater la fine cloison qui sépare encore, malgré des brèches de plus en plus grandes, la droite dite “de gouvernement” de l’extrême droite institutionnelle représentée par le RN.

Et de fait, on va retrouver parmi les signataires plusieurs responsables de structures qui ont exactement la même ambition, comme par exemple les Amoureux de la France. À l’initiative d’Emmanuelle Ménard et Jean Frédéric Poisson (tous deux signataires), ce collectif qui lui aussi cherche à décloisonner droite et extrême droite compte dans ses rangs deux autres signataires :  Quentin Limongi, Président de la Cocarde Étudiante, un syndicat étudiant fondé par des jeunes LR et FN qui rejoint les Amoureux de la France en octobre 2017, et Julien Rochedy (dont nous avons déjà parlé ici), ancien président du FNJ et directeur d’une école masculiniste.

Barbara Mazières, Présidente du Cercle Anjou Conférences, a aussi signé l’appel en soutien aux identitaires. Or c’est précisément  le Cercle Anjou Conférences qui a organisé à Angers, le 27 mars 2018, des rencontres pour « l’unité de la droite », qui débouchera ensuite sur un texte publié dans Valeurs Actuelles (encore !), « l’appel d’Angers ».

On retrouve 10 des signataires de l’appel d’Angers dans celui en soutien à Génération identitaire (Charles Beigbeder, Jacques Bompard, Christine Boutin, Emmanuelle Ménard, Robert Ménard, Jean-Frédéric Poisson, Christian Vanneste, Thierry Mariani et Marie-France Lorho). Guillaume Bernard, lui aussi signataire, et qui donne un cours sur les « valeurs de la droite » à l’Institut de formation politique, serait, selon la déclaration de Robert Ménard dans la revue réactionnaire L’Incorrect (cf. infra), l’initiateur et la “plume” de cet Appel d’Angers.

Une autre association, Audace, s’est, elle aussi, donné pour vocation “d’unir les différents courants de droite autour de valeurs qui les transcendent et de propositions qui les rassemblent” comme François de Voyer, son président, l’a déclaré à la revue L’Incorrect en mars 2018. François Voyer, ex-candidat FN aux législatives de 2017, proche de Marion Maréchal, était présent au congrès de Debout la France en septembre dernier, avec à ses côtés Jean-Frédéric Poisson, Paul-Marie Coûteaux et Erik Tegnér. Thierry Devige, secrétaire général de « Audace », comme Voyer, fait également partie des signataires.

Puisqu’on a déjà dans cet article évoqué plusieurs fois L’Incorrect, une revue dont on vous avait déjà parlée ici, signalons que non seulement on retrouve parmi les signataires de l’appel de soutien aux Identitaires le directeur de la rédaction Jacques de Guillebon et Thibaud Collin, membre du comité éditorial, mais que de nombreux autres signataires ont déjà écrit ou été interviewé dans la revue, comme Robert Ménard, Guillaume Bernard, Frédéric Pichon ou Charles Beigbeder, co-fondateur de l’Avant-Garde, une formation réactionnaire catholique que nous vous avions déjà présentée. Outre Beigbeder, le président de l’Avant-Garde Charles Million ainsi que le responsable “jeunes” de l’association  Charles de Williencourt sont également signataires de la tribune de Valeurs actuelles.

Mais l’Avant-Garde n’est pas la seule présence catholique de droite de cette tribune.  Le site le Salon beige, qui fait autorité dans les milieux tradis, est bien représenté, puisque son rédacteur en chef Michel Janva ainsi que son directeur de publication Guillaume de Thieulloy ont mis leur nom au bas du texte.

Victor Aubert, président d’Académia Christiana, a lui aussi signé l’appel. Dans la vidéo ci-dessous, lors de la “Manif pour Tous” du 16 octobre 2016, en compagnie de ses amis du GUD, Aubert fait un salut nazi en direction de contre-manifestants (c’est le grand barbu avec la parka beige) :



Quant à Académia Christiana, cette association organise chaque année depuis 2013 une université d’été d’orientation plutôt catholique et identitaire, qui propose des cours de boxe, des soirées (qu’on imagine chastes) et des conférences. On retrouve parmi les intervenants à ces universités d’été plusieurs signataires : l’avocat Frédéric Pichon, Guillaume Bernard, Stéphanie Bignon (présidente de Terre et Famille, une association écolo-réac), François Bousquet Enfin, rappelons que Julien Langella, un des fondateurs de Génération identitaire, est également l’un des intervenants de l’UdT 2018, ce qui est bien la moindre des choses puisqu’il est aussi cadre d’Académia Christiana.

Toujours chez les cathos de droite, Vivien Hoch, militant catholique et collaborateur à l’Observatoire de la christianophobie, s’était fait connaitre comme cofondateur d’un éphémère comité Trump France.

Mais ce n’est pas fini, car la Nouvelle Droite n’est pas en reste. Ont ainsi signé l’appel Alain de Benoist, le fondateur du GRECE qu’on ne présente plus, mais aussi François Bousquet , rédacteur en chef de la revue Eléments, aujourd’hui surtout connu comme gérant de « La Nouvelle Librairie » (un personnage sur lequel nous allons nous attarder prochainement) et Claude Chollet, président du GRECE en 1984 et actuellement président de Observatoire du journalisme[1]. Ce soutien n’est pas vraiment une surprise quand on voit que l’aile droite d’Éléments, en particulier par l’intermédiaire de Bousquet, fait tout son possible pour se rapprocher des nationaux-conservateurs et des personnalités médiatiques (Zemmour, Villiers) qui les représentent.

Eric Zemmour et François Bousquet en train de papoter [photo : Éléments]

Reste trois “personnalités” signataires au parcours plus atypiques, mais dont au moins deux ont déjà rejoint les rangs de cette extrême droite œcuménique.

Ainsi, Sébastien Jallamion est le président de l’Association Nationale de Défense Égalitaire de la Liberté d’Expression (Andèle), qui « est née du constat que nombre de nos compatriotes se voient poursuivis en justice suite à des déclarations, publications ou prises de position, la plupart du temps sur dénonciation de « donneurs d’alerte » ou d’associations dites « anti-racistes » (SOS racisme, MRAP, LICRA, etc.), subventionnées par l’Etat. »

Sébastien Jallamion

Sébastien Jallamion (à droite à la manif du Siel le 17 juin 2016.

Il est surtout ce policier suspendu en 2015 puis condamné en 2017 pour pour «provocation à la haine raciale et religieuse» suite à une publication datée de septembre 2014 sur son compte Facebook. Devenu un martyr de la fachosphère, il a sorti un livre aux éditions de Riposte laïque (préfacé par Frédéric Pichon) pour raconter sa mésaventure, et a pris la parole à un meeting du Siel (de Paul-Marie Coûteaux) à Paris le 17 juin 2016 pour inviter les policiers à  « entrer en résistance ».

Patrick Jardin est le père de Nathalie Jardin, une des victimes du Bataclan, qu’on revu plus récemment car il était en première ligne pour faire interdire le concert de Médine : le 21 septembre 2018, il était en conférence de presse aux côtés de Karim Ouchikh (SIEL), Christine Tasin (Résistance républicaine), Pierre Cassen (Riposte Laïque) et Richard Roudier de la Ligue du Midi.

Florent de Kersauson

Florent de Kersauson

Enfin, et c’est peut-être la seule surprise du lot, Florent de Kersauson, frère du navigateur Olivier de Kersauson et co-créateur de la Route du rhum : on ne lui connait pas d’accointance particulière avec toute la faune citée plus haut, du moins publiquement (il a quand même soutenu Fillon en 2017). Aussi, il est d’autant plus regrettable de voir un navigateur faire si peu de cas de la pourtant traditionnelle solidarité entre marins, qui veut qu’on n’a pas le droit d’abandonner quelqu’un seul en mer…

Ce soutien publiquement affiché par une droite extrême “présentable” aux Identitaires, issus quant à eux de l’extrême droite la plus radicale, montre une volonté de ne plus avoir d’ennemis à droite, avec comme seuls garde-fous la condamnation de l’action violente contre les personnes (alors même que localement, par exemple à Angers, des militants identitaires commettent des agressions physiques) et celle de l’antisémitisme (un des fondamentaux du nationalisme-révolutionnaire d’où viennent les Identitaires, mais auquel, pour des raisons stratégiques, ils ont renoncé, contrairement au Bastion social ou la clique à Soral).

Mais pour combien de temps ?

La Horde

  1. Anciennement Observatoire des journalistes et de l’information médiatique. []

5 commentaires »

  1. kendal 28 octobre 2018 at 20:50 - Reply

    Florent de Kersauson est un libéral conservateur dans la droite lignée de fillon, sarko & cie. Surprenant au début, quand on creuse on s’aperçoit que c’est quand même un bourgeois breton anti socialisme, anti solidarité, son soutien à la droite LR la plus conservatrice etc… Disons que son frère Olivier à gardé le bon côté de la famille.

  2. DrTutut 23 octobre 2018 at 19:22 - Reply

    C’est toujours pareil : ils ont des gueules de types à qui je confierais pas mes enfants…

    Ahhh la famille Bompard et toutes les crevures de la “Ligue du Sud”, leur fantasmagorie de culture méditerrano-européano-identitaire, qui va à contre-courant de tout ce que qui a culturellement et historiquement transité autour de la méditerranée, mais on va pas s’arrêter aux faits, hein ! C’est marrant, on retrouve les même peigne-culs dans le matraquage d’étudiants à montpellier au printemps dernier :

    https://www.ladepeche.fr/article/2018/09/14/2868621-fac-de-droit-de-montpellier-les-gros-bras-identitaires-demasques.html

    • La Horde 23 octobre 2018 at 22:27 - Reply

      Heu, attention, il ne faut pas confondre la Ligue du Sud (la famille Bompard) et la Ligue du Midi (la famille Roudier). Ce n’est pas exactement le même style, ni les mêmes réseaux.

  3. tuco 22 octobre 2018 at 14:38 - Reply
  4. tuco 22 octobre 2018 at 14:35 - Reply

    erik tegner avait aussi recu romain espino pour sa soiree de lancement de campagne
    https://www.google.com/search?q=eric+tegner+romain+espino+photo&client=ubuntu&hs=UeH&
    pas etonnant non plus de rerouver mariani sur la liste voir autre photo

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