États-Unis : police + groupes fascistes = true love

13 août 2018 0 Imprimer ce billet Imprimer ce billet

Une importante mobilisation antifasciste s’est tenue hier à Washington DC. Avant d’y revenir en détail dans le courant de la semaine, nous traduisons ici un texte publié la semaine dernière sur les sites anarchistes It’s Going Down et CrimeThinc,  suite à la mobilisation antifasciste à Portland, Oregon, le samedi 4 août 2018, contre deux groupuscules d’extrême droite, les Patriot Prayer et les Proud Boys : l’attitude de la police est y décrite et analysée non seulement comme particulièrement complaisante à l’égard des groupes d’extrême droite, mais l’article montre à quel point la police met en action, par sa violence et ses agressions, tout ce que prônent les néonazis à l’égard des militants antifascistes et antiracistes. Et ça ne date pas d’hier…

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Le 4 août dernier, des milliers de personnes se sont rassemblées à Portland, dans l’Oregon, pour protester contre une manifestation organisée par les groupes fascistes[1] Patriot Prayer et Proud Boys. Cela faisait suite à un défilé similaire qui avait eu lieu le 30 juin, au cours duquel la police avait ouvert ses rangs afin de permettre aux fascistes d’attaquer les contre-manifestant.es, avait ensuite protégé les assaillants et attaqué les mêmes contre-manifestant.es que les fascistes venaient d’attaquer. Le 4 août, les choses se sont déroulées sensiblement de la même façon. Encore une fois, la police a travaillé main dans la main avec les fascistes, mais cette fois-ci, ce sont les policiers qui ont fait monter la tension, utilisant des armes quasi-létales contres celles et ceux qui étaient venu·es manifester contre ces derniers. Si on analyse les événements qui se sont produits le 4 août, on peut voir que les fascistes en tant que tels ne sont pas forcément la plus grande menace à laquelle nous avons à faire : la police se comporte d’ores et déjà comme les sections d’assaut du fascisme aux États-Unis.

À Portland, les flics se réjouissent d’utiliser leurs armes…

Durant toute l’année 2017, alors que les anarchistes et les autres opposant.es au fascisme s’organisaient pour faire face à un mouvement fasciste de nouveau en plein essor, la police peaufinait également ses stratégies. Lorsqu’à Charlottesville les fascistes attaquèrent les contre-manifestant·es bien moins nombreux·ses qu’eux, la police resta en arrière et laissa les affrontements avoir lieu, n’intervenant qu’après coup. Pourtant, la violence qui découla de cette stratégie eut des répercussions à travers tout le pays. Deux semaines plus tard, lorsque Joey Gibson et son groupe des Patriot Prayer tentèrent de manifester à San Francisco et à Berkeley, 10 000 antifascistes chassèrent la police et leurs amis fascistes.

Les « forces de l’ordre » commencèrent alors à élaborer une nouvelle approche. En avril 2018, les participant.es d’une petite manifestation antifasciste qui avait lieu à Newnan, en Géorgie, racontèrent que la police avait changé de stratégie, les ciblant systématiquement en faisant usage d’une force considérable et d’armes létales, dès le début de la manifestation. Voici comment ils ont voulu avertir les autres militant.es à travers tout le pays : « La prochaine bataille ne nous opposera pas à des nazis de bric et de broc mais à l’État lui-même, dans toute sa puissance. Les fascistes qu’on rencontre dans la rue sont dangereux, mais l’escalade du contrôle de l’État et des violences policières sont une application directe de leur programme, à une échelle bien plus grande. » 

Depuis, il est apparu que nombre de policiers qui étaient intervenus à Newnan adhéraient ouvertement au fascisme. La collusion entre la police et les fascistes n’a rien de nouveau. Le Ku Klux Klan ne faisait aucun mystère de son travail de coordination avec la police dans de nombreux endroits aux États-Unis aux XIXe et au XXe siècle. Cependant, lorsque la relation qui unit la police et des groupes ouvertement fascistes n’est pas reconnue, cela permet aux autorités de se présenter comme une solution prétendument neutre au problème de « l’extrémisme », justifiant une intensification de la surveillance et du contrôle qui sont alors utilisées pour mettre en place des mesures toujours plus totalitaires.

On pense généralement que le rôle des fascistes est de faire le sale boulot de l’État, comme d’attaquer par exemple des gens que la police ne peut pas attaquer ouvertement, comme l’a montré l’agression perpétrée par des néonazis le mois dernier sur le campement « Occupy ICE » à San Antonio. Mais le 4 août à Portland, c’est la police qui a fait le sale boulot pour les fachos. Ce sont les flics qui ont perpétré les violences que les fachos avaient promises. Ils ont ainsi permis à des participants de la manifestation fasciste de se rassembler plutôt à l’extérieur qu’à l’intérieur du périmètre pour lequel ils avaient eu le permis de manifester, cela leur permettant d’éviter d’être fouillés. Ensuite, ils ont permis aux fascistes de garder la majorité de leurs armes, ils les ont accompagnés à travers toute la ville, comme s’ils étaient leurs gardes du corps ; ils regardaient vers l’extérieur, pas vers les fascistes, pour les protéger de toute la ville de Portland. À la fin, la police a attaqué la foule, déclenchant les hostilités par le jet de grenades incapacitantes en tir tendu, vers les têtes des gens.

Une grenade lancée par la police transperce le casque de vélo d’un manifestant antifasciste, qui serait mort s’il ne l’avait pas porté (il a eu le crâne enfoncé).

Le jour suivant, ce fut le même scénario à Berkeley lors d’une autre manifestation appelée par le même réseau fasciste. Peu de fascistes se manifestèrent, mais d’importants affrontements opposèrent les antifascistes à la police.

Comment pouvons-nous répondre à cette escalade totalitaire lorsque, à chaque tentative que nous faisons pour nous opposer à ceux qui incitent à commettre des meurtres racistes, nous nous retrouvons immédiatement en situation d’affrontement avec les forces de l’État policier ?

Tout d’abord, nous devons relier la lutte antifasciste aux luttes menées depuis les nombreuses années passées contre la police. Nous devons faire front avec celles et ceux qui sont les victimes des violences policières : les people of colour, les populations pauvres, les sans papiers et tous ceux et toutes celles qui savent que la lutte contre les violences policières est une question de vie ou de mort.

Ensuite, nous devons utiliser la collaboration toujours plus évidente des fascistes avec la police pour délégitimiser les policiers aux yeux de celles et ceux qui les considèrent toujours comme les garants de la sécurité et de la justice. Comme nous l’avons déjà écrit, les outrances des fascistes peuvent faire mieux comprendre aux gens la fonction opprimante des « forces de l’ordre ».

Enfin, nous devons montrer les liens existant entre les fascistes militants et la violence systématique de l’État. Si le programme des fascistes est appliqué, il sera mis en œuvre par les institutions de l’État. Celles et ceux qui veulent s’opposer à l’esclavage et au génocide doivent s’assurer que l’État n’ait jamais la légitimité de les mettre en œuvre ni les ressources pour les appliquer. Nous devons aider les autres à faire ces liens, et vite.

CrimethInc. Ex-Workers Collective (traduit par la Horde)

  1. Dans tout ce texte, on utilisera le terme « fasciste » pour décrire les Patriot Prayer et les Proud Boys, car cela correspond à leurs liens politiques avec des groupes explicitement fascistes et leur promotion de l’autoritarisme patriarcal et du racisme. Certains d’entre eux essaient de se camoufler, mais le fait qu’ils fassent l’apologie des meurtres de masse commis par Pinochet et qu’ils fassent régulièrement le salut nazi durant leurs manifestations nous suffit amplement. []

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