Manifeste du Comité antifasciste SP Lyon

27 juillet 2018 0 Imprimer ce billet Imprimer ce billet

Manifeste et présentation du Comité Antifasciste SP Lyon, groupe étudiant antifasciste, anticapitaliste et autonome lyonnais (lu sur Rebellyon) :

Il y a maintenant 78 ans se terminait le conflit le plus meurtrier de l’Histoire : la Seconde Guerre mondiale. Entre 1939 et 1945, la barbarie a atteint son paroxysme et a marqué à jamais le monde : 6 millions de juifs, des milliers de tziganes, d’homosexuels, de communistes et d’autres personnes appartenant à des “groupes indésirables” ont été traqués, déportés, assassinés.
Le mot d’ordre à la sortie du conflit fut “plus jamais”. Plus jamais d’idées pareilles. Plus jamais de folies meurtrières d’une telle ampleur. Plus d’individus fanatiques à la tête d’un Etat. Les années d’après-guerre ont donc été marquées par un recul, en apparence, ainsi qu’une mise en clandestinité “forcée” de ces idéaux. Pourtant, cette période s’est rapidement terminée et on a vu le retour de groupes se revendiquant, haut et fort, des idées nazies, fascistes et vichystes.

La mouvance d’extrême-droite, après une période loin des projecteurs, est revenu sur le devant de la scène partout en Europe, et notamment en France.

Les années 60 ont vu l’émergence d’Occident. Fondé à Paris et ayant pour porte-parole Pierre Sidos, dont l’idéologie de départ est proche de celle de Charles Maurras (“nationalisme intégral”, xénophobie, antisémitisme) et qui revendique le “droit du sang”, tout en mettant en avant son rejet de la démocratie. L’éviction, au cours des 60’s de Sidos entraîne un tournant majeur dans l’idéologie du groupe, qui se base alors sur un nationalisme simpliste mais surtout sur un anticommunisme virulent, dans le cadre de la Guerre froide. La montée en puissance de leurs opposants aura raison du mouvement, qui est dissout fin 1968.
En parallèle de cette dissolution, la France voit l’émergence du mouvement étudiant Groupe Union Défense (GUD), créé en 1968 en partie par d’ex-membres d’Occident. Originaire de la faculté d’Assas, revendiquant un nationalisme révolutionnaire et usant de la violence à de multiples reprises, il va être pendant plusieurs années le principal pôle militant d’extrême-droite du pays. Il va pourtant être peu à peu marginalisé par d’autres groupes plus “institutionnalisés”.
L’année 1969 marque la naissance d’Ordre Nouveau, mouvement de la mouvance néo-fasciste arborant la croix celtique comme symbole. Créé par des anciens d’Occident et des membres du GUD, son objectif était “la renaissance du patriotisme” ainsi que la “restauration familiale et éducative”, tout en prônant la nécessité de participer en tant que “parti” au jeu électoral et démocratique. Cette volonté va d’ailleurs permettre la naissance du Front National, considéré alors comme la “vitrine électorale” du mouvement. Des affrontements entre la Ligue Communiste, la police et Ordre Nouveau auront raison du mouvement, qui sera dissout sur décret en juin 1973.
La naissance du Front National, en 1972, va permettre une institutionnalisation des idées de ces divers groupuscules, par le biais de Jean-Marie Le Pen notamment qui en devient le “porte-parole”. L’installation du parti frontiste dans le paysage institutionnel français ne doit pourtant pas nous aveugler sur le développement de groupuscules fanatisés et violents en parallèle : si l’extrême-droite a sa “vitrine”, elle a également son “arrière-boutique”.

La présence de Marine Le Pen, candidate du Front National, au 2nd tour de l’élection présidentielle de 2017 souligne une percée de ces idées dans la société française.

Ce qui pose question aujourd’hui, c’est le peu de réactions que cette présence a suscité. Si de vastes manifestations avaient animé la France en 2002 lors de la “qualification” de Jean-Marie Le Pen au 2nd tour, force est de constaté que les masses n’ont que très peu réagi à la nouvelle percée frontiste en 2017.
Cette percée a eu pour effet de décomplexer l’extrême-droite française, entraînant de fait une recrudescence des actes racistes – homophobes – transphobes – … en France, ainsi qu’une montée en puissance de la violence politique. Ce contexte propice à leurs idéaux a permis le retour de groupes marginaux sur le devant de la scène.
Ce contexte politique, propice aux idéaux xénophobes, a fait de Lyon la “capitale de l’extrême-droite française”. En effet, les multiples facettes de cette nébuleuse sont aujourd’hui présentes et actives au cœur de la cité :

  • L’extrême-droite traditionaliste avec, en tête, Civitas (catholicisme intégriste), et une forte activité de la Manif pour Tous.
  • L’extrême-droite royaliste avec le rôle majeur de l’Action Française, héritière de la pensée de Charles Maurras.
  • Une extrême-droite plus “institutionnelle” et “propre sur elle”, avec Génération Identitaire, dont le credo est la lutte contre l’islamisation et l’immigration massive. Très porté sur la communication, le groupe n’hésite pas à se constituer en milice pour “contrôler” la frontière franco-italienne.
  • La dernière facette est celle de l’extrême-droite radicale et violente, représentée auparavant par le GUD (actif à Lyon III), mais qui s’est mis en sommeil au profit du Bastion Social, mouvement néofasciste créé en 2017 et qui revendique une aide sociale apportée aux “Français de souche”. Inspiré du groupuscule fasciste italien Casapound, avec qui les liens sont forts du fait de la proximité géographique, le groupe n’hésite pas à agresser, menacer, insulter toute personne considérée comme un ennemi (plusieurs de ces membres ont par ailleurs été condamnés pour des faits de violence).

Ce constat alarmant, tant au niveau local que national voire international, nous pousse à joindre les actes à la parole. Malgré les multiples discours politiciens contre l’extrême-droite de ces dernières années, cette dernière s’est renforcée pour devenir une force politique incontournable dans nos sociétés. Or, le racisme, l’antisémitisme, le sexisme, l’homophobie, la transphobie et toutes les autres formes de discrimination et de rejet ne sont pas des opinions mais bien des délits. Il est nécessaire de s’organiser pour proposer aux gens des alternatives, tout en luttant activement contre ces groupuscules.
Aujourd’hui, ils se développent en toute impunité, sans être inquiétés ni par les autorités, ni par les citoyens. Il est primordial que la peur change de camp. Pour se faire, il nous faut, nous militants, nous citoyens, reprendre la rue afin que ces gens-là ne se sentent plus chez eux.

Mais la lutte antifasciste se doit de s’inscrire dans un contexte plus global qui est celui de la lutte contre le capitalisme.

Le capitalisme, qui chaque jour écrase un peu plus les travailleurs et les personnes démunies, qui chaque jour encadre un peu plus la société avec le “tout-sécuritaire”, qui chaque jour réprime un peu plus le peuple avec la police et ses nervis, qui chaque jour exproprie un peu plus les populations locales, n’est fondamentalement pas en opposition avec l’extrême-droite. En agressant militants, migrants et autres, l’extrême-droite joue le rôle de chien de garde de l’ordre établi, et participe de fait activement au maintien de ce système inégalitaire et destructeur.

La constitution du Comité Antifasciste SP Lyon poursuit donc un double-objectif, qui se rejoignent dans la lutte antifasciste : la lutte contre l’extrême-droite et le rejet du système capitaliste. Ensemble, il nous faut protéger nos acquis tout en conquérant de nouveaux droits, il nous faut lutter contre l’extrême-droite tout en proposant une alternative crédible, il nous faut, par tous les moyens, s’opposer au capitalisme tout en construisant la société de demain. Il faut renforcer nos solidarités, nos liens, nous ouvrir à l’international. Il nous faut conquérir notre autonomie.
Ensemble, construisons un antifascisme populaire.

LYON EST ET RESTERA ANTIFA !

Contact : message privé sur la page Facebook (Comité Antifasciste SP Lyon) / mail : comiteantifaSPL@protonmail.com

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