Lyon : retour sur l’attaque fasciste du 25 avril et solidarité avec notre camarade accusé

15 mai 2018 0 Imprimer ce billet Imprimer ce billet

Suite à l’attaque  le 11 avril 2018 par des membres du Bastion Social un camarade antifasciste lyonnais passera en procès en fin de semaine : un appel à soutien sera disponible dès demain. En attendant, voici un rappel des faits par la GALE, groupe antifasciste lyonnais. 

Après le temps du récit policier et celui des médias vient celui de la vérité. Nous avons verrouillé notre communication afin d’éviter d’exposer notre camarade à plus d’acharnement judiciaire et médiatique. En effet, bien que faisant partie de ceux et celles qui ont subi l’assaut des néonazis du Bastion Social, notre camarade est celui qui est passé le plus près de la prison. Il risque d’y passer six à neuf mois.

Le mercredi 11 avril 2018, une association promouvant la scène hardcore sur Lyon organisait un concert dans le bar « RocknEat » situé au 32 quai Arloing dans le 9 ème arrondissement de Lyon. L’organisation de l’événement, indépendante du bar, souhaite démontrer que la scène hardcore partage des valeurs opposées à celles de l’extrême droite. C’est pourquoi ses membres ont fait le choix d’apposer un petit logo où il est écrit « no racism, no sexism, no fascism » :

Ce choix assumé leur avait déjà créé des soucis avec des militants fascistes de Lyon lors d’un concert organisé quelques semaines auparavant dans ce même bar. En effet, ces derniers s’étaient déjà amusés à venir molester une partie du public.
Il est d’ors et déjà important de noter que le « RockNEat » se situe à quelques centaines de mètres du local néonazi « Pavillon Noir », bar du groupe fasciste Bastion Social, nouvelle organisation du Groupe Union Défense.
Pour approfondir sur ce qu’est le Bastion Social et les agissements de leurs militants, nous vous laissons le soin d’aller regarder ce qui a été écrit par le site d’information local rue89Lyon.

ACTE I : l’attaque des militants néofascistes du Bastion Social

Ce mercredi 11 avril avait lieu un concert qui représentait une scène ouverte à tous et toutes dans un quartier qui subit la tentative d’une sanctuarisation par l’extrême-droite. C’est d’ailleurs pour cette même raison que nous venons régulièrement diffuser des tracts d’information aux habitants/es de ce quartier pour les informer et leur montrer qu’ils et elles ne sont pas seuls.

Nous sommes un certain nombre à apprécier le style musical, et nous nous réjouissons que des organisations de culture mettent en avant des valeurs qui nous ressemble (antiracisme, anti-sexisme, défense des droits des personnes LGBTQIA++ etc…).. Nous sommes donc venus à cinq à ce concert soutenir cette initiative et passer un bon moment autour d’un verre, entre amis/es. La soirée se déroulait sans encombre, lorsque nous avons repéré une petite équipe de nazillons.  Nous avons alors pris le soin d’en avertir l’organisation afin d’éviter tout désordre. Nous avions tout le loisir à ce moment de déclencher les hostilités, c’est pourquoi la rhétorique exécrable des journalistes réduisant ce qui s’est passé ce soir là à une simple rixe est hors de propos. Nous avons donc averti dans un premier temps les organisateurs de ce concert.

L’organisation a fait savoir à l’agent de sécurité que ces personnes n’avaient rien à faire dans ce concert et représentaient un risque de désordre public plus que probable. Après les avoir mis dehors, l’agent de sécurité et le patron les ont refait entrer arguant que c’étaient des clients/es comme les autres et que le bar était neutre sur ce point de vu. On passera sur la neutralité face au nazisme. Nous avons donc fait savoir, de manière solennelle, notre indignation et notre désir de quitter les lieux dans ces conditions. Il était impossible, pour nous, de faire la fête à côté de personnes qui, nous le savons, passent leur temps à agresser des militant/es, pratique des ratonnades de personnes de couleurs, vandalisent des lieus de lutte comme la permanence de la CNT, la librairie la Plume Noire et la permanence PCF des pentes de la Croix-Rousse etc, etc..
A peine avions nous passé la porte du bar pour sortir qu’environ une vingtaine de personnes nous attaquèrent de manière coordonnée et de front, pendant que les cinq nazillons restés à l’intérieur le firent dans notre dos.

Dans la précipitation nous n’avons pas vu tout l’arsenal dont ils disposaient mais nous avons pu voir des barres, ceintures, bombes lacrymogène et tazers. Ce n’est pas un miracle mais bien grâce à l’entraînement dont nous disposons que nous avons pu repousser cette attaque lâche et en surnombre.  Nous avons tout fait pour nous défendre vigoureusement et certains d’entre eux doivent regretter leur attitude. Lors de ce déferlement de violence notre petit groupe s’est scindé en deux, certains/es partis/es chercher la voiture avec laquelle nous nous étions rendus/es au concert. Si nous nous en sommes sortis/es avec seulement quelques égratignures et bosses c’est aussi grâce à l’intervention de notre camarade qui, inquiet de l’issu de leur attaque, est venu tenter de nous récupérer.
En effet, au milieu de la mêlée, il a pu approcher son véhicule de nous mais il y avait trop de monde autour de celui-ci pour que nous puissions y pénétrer.  Son intervention et son sang-froid ont sauvé bon nombre de personnes venues assister à ce concert.

Si nous n’avions pas pris l’initiative de nous défendre et par là même de défendre le concert, de protéger les personnes à l’intérieur du bar et de repousser la milice d’extrême-droite, l’issue aurait pu être extrêmement grave ! Et non, messieurs et mesdames les journalistes, ce n’était pas une rixe entre extrémistes mais une action d’autodéfense face à des militants-es néofascistes venus-es agresser des amateurs-rices de musique.
C’est bien le Bastion Social accompagné par son leader, le « charismatique » Steven Bissuel et son trésorier Tristan Conchon , qui a effectué ce raid.

On ne sait pas si ce type d’activité est inscrit sur les statuts de leur association, on laissera à la mairie le soin de vérifier vu que visiblement, il n’y a rien à signaler de leur côté. Leur trésorier avait l’air de prendre son rôle très au sérieux. Quoiqu’il en soit, la police venue par la suite nous a signalé la présence de caméras qui auraient tout filmé.  C’est une chance, d’habitude elles ne fonctionnent pas pour eux. Nous sommes convaincus que les images viendront étayer notre propos.

ACTE 2 : violences policières et emballement judiciaire

Lorsque la police est arrivée, nous avons de notre côté signalé que nous n’avions rien à dire. Nous venions de subir une attaque, de protéger un lieu et il y avait assez de témoins de ce qui s’était passé. Après quelques embrassades entre les propriétaires du bar et des discussions informelles avec les personnes présentes, les forces de police vinrent à la rencontre de notre camarade G. pour lui proposer de s’entretenir avec eux : « ou vous venez, ou on vous embarque ». De fait ils l’ont embarqué et nous le reverrons « libre » que deux jours plus tard.

Après avoir prévenu une avocate nous nous sommes rendus-es le soir même devant l’hôtel de Police Marius Berliet. En attendant cette dernière, les pompiers sont arrivés sur place et sont venus emmener notre camarade le visage tuméfié et ensanglanté. Il a juste eu le temps de nous dire qu’il venait de subir un tabassage en règle dans les locaux de la police. Nous avons donc un camarade qui est entré en bonne santé, qui avait eu le temps de se débarbouiller le visage et qui est sorti du commissariat la tête méconnaissable.

L’officier de police judiciaire qui a commencé à l’interroger lui a cassé le nez à coup de poing et ses collègues sont venus-es le finir à coup de pied devant d’autres policiers qui eux ont détourné le regard (vous savez ceux qu’on nomme communément « les bons flics »). Malgré tout il a pu continuer ses deux jours de garde à vue avec un nez cassé, sans que personne n’y trouve à redire. Au bout de deux jours il a été présenté devant un juge d’instruction. Ce dernier et le procureur de la république ont tous les deux réclamés sa mise en détention en attendant le procès et ce bien qu’il présentait toutes les garanties prévues pour s’en passer !

Le procureur aurait déclaré en off, « les 8 (les fachos ndlr) vont sortir, celui-là je le garde ».  En effet, 8 fascistes ont été arrêté ce soir-là dont Bissuel et Conchon. Deux d’entre eux sont sortis du tribunal avec le statut de témoins assistés alors qu’ils avaient été placés en garde à vue pour violence en réunion. C’est le juge des libertés qui, après une heure trente de délibéré, a décidé de faire sortir notre camarade.  Il est important de savoir qu’aucun témoignage de personnes présentes ce soir là n’ont été retenus (sans parler des vidéos montrant les nazillons-es se rassembler devant leur local et se diriger en groupe vers le RocknEat peu de temps avant l’attaque).

Notre camarade est mis en examen pour violence avec une arme par destination (il s’est défendu), outrage et rébellion (la police veut pouvoir justifier son nez cassé), et dégradation. Tant qu’à faire, pourquoi pas le charger pour l’emmurage du pavillon noir, lieu de rencontre néonazi de Lyon. En effet, deux jours avant, une équipe se faisant appeler la section AFArge a tout simplement muré le local néo-nazi. Vous trouverez leur communiqué ici.
Le procureur ayant fait appel de la décision de la juge des libertés et de la détention, notre camarade repassera devant un juge à la cours d’appel pour savoir si il devra passer plusieurs mois en prison en attendant le procès final.

Conclusion et invitation à la presse

Pour conclure, nous pouvons affirmer que nous sommes fiers-es de ce que nous avons fait.
Lorsque nous disons nous opposer à l’extrême-droite partout où elle se trouve, ce ne sont pas que des bons mots.
Les beaux slogans « le fascisme c’est la gangrène on l’élimine ou on en crève » ne sont pas justes des paroles en l’air et nous avons à cœur de tout faire pour dégager ces raclures de nos vies.
Nous ne nous sommes jamais cachés-es de promouvoir une pratique de l’auto-défense populaire face aux milices d’extrême-droite. Maintenant, si la justice vient s’immiscer, nous en répondrons volontiers car nous étions en état de légitime défense.
C’est bien une trentaine de membres d’une organisation d’extrême-droite qui est partie du local « le pavillon noir » pour en découdre avec le public d’un concert. Des habitants-es du quartier nous ont procuré des écrits témoignant de cela.

Nous invitons les journalistes qui nous ont contacté à le refaire. Nous sommes désormais disposés-es à leur parler, nous ne doutons pas que loin du buzz, ils-elles ont eux-elles aussi à cœur de dire la vérité.  Nous sommes en train de discuter de l’éventualité de faire une conférence de presse.

Nous allons nous battre pour que notre camarade ne fasse pas les frais de l’acharnement policier et judiciaire à son encontre. Il passera en cour d’appel de Lyon car le ministère public souhaite l’emprisonner en attendant son procès. Nous remercions toutes les personnes qui sont venues nous soutenir, qui nous ont envoyé des messages, il existe une réelle solidarité qu’il faut entretenir.

Cela donne de la force pour la suite !
Lyon est, et restera antifasciste !

Non, se défendre face aux agissements des fascistes n’est pas un crime !

Sur l’implication de Steven Bissuel

Sur le Pavillon noir

Le Groupe Antifasciste Lyon et Environ

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