États-Unis : racisme et violences policières, le quotidien des autochtones à Flagstaff

2 avril 2018 0 Imprimer ce billet Imprimer ce billet

Une camarade antifasciste française actuellement en Arizona nous propose quelques comptes rendus d’actions antiracistes et antifascistes auxquelles elle a pu récemment participer, afin de nous faire découvrir ou mieux connaitre la réalité sociale de ce coin des États-Unis : ce premier volet est consacré à la situation des autochtones, à l’occasion d’un rassemblement pour dénoncer le racisme dont ils sont victimes, en particulier de la part de l’État et de sa police.

A Flagstaff, petite ville du nord de l’Arizona les autochtones à la rue, soutenus par l’organisation militante Taala Hooghan Infoshop, ont été a été à l’origine d’un rassemblement contre le racisme, les violences policières et les contrôles au faciès qui a eu lieu dans le centre-ville le 24 mars dernier. L’objectif de cet événement était de dénoncer la réalité quotidienne de la population autochtone de la ville, en particulier de celle qui vit à la rue.

Une population particulièrement nombreuse dans cette ville du fait de sa situation géographique spécifique. En effet, la ville de Flagstaff est située à côté de la réserve Navajo, la plus grosse réserve des Etats-Unis qui s’étend sur 69 000 km2, entre l’Arizona, le Nouveau-Mexique, l’Utah et le Colorado. Du fait des conditions de vie de plus en plus difficiles dans ces réserves (accès difficiles aux ressources, règles de plus en plus contraignantes imposées par le gouvernement pour travailler…) et des expulsions opérées par les grands groupes pour pouvoir exploiter les sols en toute tranquillité, beaucoup d’individus quittent cet endroit pour se rendre dans les villes en espérant trouver du travail et un cadre de vie meilleur. Mais pour la plupart d’entre eux, la réalité qui les attend là-bas est tout autre. Comme partout ailleurs aux Etats-Unis, les autochtones vivant à Flagstaff sont confrontés au racisme, aux violences policières, à la précarité etc. Cette réalité est la suite logique du génocide perpétré par les colons contre ces populations : ce que subissent les populations indigènes aujourd’hui n’est que la continuité des meurtres, des déplacements forcés, du génocide culturel, imposés par le gouvernement américain depuis sa création. Les États-Unis sont une nation construite par la force sur des terres volées, pour maintenir sa domination elle doit donc faire taire ceux à qui elle les a volées.

Cette domination s’observe toujours aujourd’hui par le sort qui est réservé aux populations autochtones et cela se voit concrètement dans les rues de Flagstaff. Une grande partie des individus à la rue sont autochtones, et quand ces derniers ont un toit, cela ne les empêche pas de vivre bien souvent dans une grande précarité, notamment du fait des discriminations à l’embauche qui les forcent à choisir parmi les travaux les plus précaires. Cette précarité s’explique également par un phénomène particulier : l’alcoolisme, un réel outil politique utilisé par les colons dès leur arrivée sur le territoire pour faire diminuer toute tentative de contestation et de rébellion. Beaucoup en souffrent encore aujourd’hui ce qui contribue de fait à leur difficulté à trouver un emploi, situation qui elle-même les entraine vers l’alcoolisme comme un cercle sans fin. Et les lois racistes du pays contribuent à renforcer cette situation. La ville de Flagstaff a par exemple fait passer une loi il y a quelques années rendant illégal le fait de dormir dans la rue (“the anti-camping ordonnance“), issant la ville au rang de 10ème lieu le moins accueillant pour les populations à la rue selon le rapport de la coalition nationale pour les sans-abris (2006). Les violences perpétrées à leur encontre sont également une réalité quotidienne : violences policières (3000 autochtones arrêtés chaque année à Flagstaff sur les 7000 vivants dans la ville), violences contre les femmes autochtones (un mouvement a même vu le jour suite au nombre croissant de femmes indigènes tuées ou portées disparues : MMIW – Murdered and Missing Indigenous Women).

Le rassemblement du 24 mars avait pour objectif de dénoncer toutes ces réalités et de donner de la voix à une population invisibilisée et opprimée. Une cinquantaine de personne était présentes, principalement indigènes, et une dizaine ont pris la parole pour témoigner de leur réalité quotidienne. Un rassemblement lourd en émotion donc mais également dynamique et encourageant pour la suite. Les participants ne comptent en effet pas s’arrêter là et ont avancé plusieurs revendications importantes qu’ils continueront à réclamer dans les mois à venir, comme la fin de l’« anti-camping ordonnance » de la ville de Flagstaff, la création de centres d’accueil portés par la Navajo Nation etc. Ils ont également annoncé qu’ils essayeraient désormais de porter des caméras sur eux afin d’avoir des témoignages vidéos du harcèlement et des violences policières dont ils sont victimes.

Un premier rassemblement qui en appelle donc d’autres, parce qu’ici comme partout dans le monde le racisme se combat dans la rue !

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