Italie : retour sur l’acte terroriste d’extrême droite à Macerata

9 février 2018 0 Imprimer ce billet Imprimer ce billet

Ce samedi 10 février, une marche antifasciste et antiraciste est organisée à Macerata, pour dénoncer ce qui s’est passé le week-end dernier, et que l’on ne peut réduire au geste d’un fou, mais considérer comme un acte de terrorisme fasciste. En complément, voici la traduction d’un article du quotidien communiste Il Manifesto, daté du 4 février : 

Soudain, l’obscurité. À Macerata, hier, nous sommes tombés dans l’un des moments les plus sombres de notre histoire récente. Des moments dans lesquels les pires cauchemars semblent se matérialiser comme tout droit sortis du film Scènes de chasse en Bavière. Le tireur fou choisissant ses cibles sur base ethnique, les corps qui tombent les uns après les autres, la course effrenée en voiture à la recherche de nouvelles victimes de couleur, la ville paralysée, ses habitants enfermés dans leurs maisons, tout cela nous dit qu’un nouveau pas dans l’horreur a été franchi.

Ce n’est pas le premier cas d’attaque sanguinaire raciste: le 13 décembre 2011, sur la place Dalmazia à Florence, deux jeunes Sénégalais, Samb Modou et Diop Mor, tombent sous les balles du .357 Magnum de Gianluca Casseri, un fasciste de Casa Pound qui, poursuvi par la police, se suicide peu de temps après.

Et il y a tout juste un an et demi, Emmanuel Chidi Namdi, Nigérian, mourrait sous les coups d’un forcené d’extrême droite en essayant de défendre sa petite amie à Fermo, non loin de Macerata.

Mais ce qui s’est passé à Macerata va encore un peu plus loin. En raison de la modalité et du motif de l’acte : l’intention de venger la mort atroce de Pamela Mastripietro[1], selon le modèle typique du lynchage tel qu’il avait lieu dans l’Amérique de l’apartheid, frappant indifféremment les prétendus compatriotes du meurtrier présumé (et en oubliant, entre autres, que sa capture rapide a été rendu possible par le précieux témoignage non pas d’un Italien mais d’un Africain).

Traini à la Ligue du Nord.

Quant au profil du protagoniste, il s’agit encore d’un fasciste, candidat malheureux au sein de la Ligue du Nord, mais avant cela déjà proche de Forza Nuova et de Casa Pound, comme l’était Casseri. Contrairement à ce dernier, il ne s’est pas suicidé mais donné en spectacle, grimpant sur le socle du monument aux morts, enveloppé dans le drapeau tricolore, comme s’il voulait s’adresser à la nation.

Traini enveloppé dans son drapeau au moment de l’arrestation.

Rapidement accueilli, en revanche, par un nombre impressionnant de”followers” sur les réseaux sociaux, et c’est ce troisième facteur qui distingue le cas de Macera : les énervés du clavier qui invoquent «Luca Traini Santo Subito», appellent à l’imiter et clament que “ce n’est que le début” tout en attaquant “ceux qui ouvrent les portes à l’invasion” des Africains désignés responsables du meurtre de Pamela, et louent la réction du “justicier” de Corridonia. Ce dernier argument entre substanciellement en accord avec les premières déclarations de Matteo Salvini, qui continue à conduire sa tournée électorale sous la forme d’une féroce propagande pour la haine.

Nous ne pouvons plus feindre l’ignorance. Macerata n’est pas un cas isolé. Ce n’est pas simplement l’oeuvre d’un malade mental. Macerata s’inscrit dans un contexte effroyablement délétère. Nous faisons face à un véritable effondrement anthropologique de notre pays.

Cet événement arrive à la suite des déclarations révoltantes de la maire de Gazzada sur la journée de commémoration dans le territoire de “la Lega”; à la pubblication sur internet d’un photomontage abérrant qui montre la tête coupée de la Présidente de la Chambre des députés Boldrini avec l’inscription “Égorgée par un nigérien enragé, sort qu’elle doit subir pour avoir apprécié les coutumes de ses amis”; au bûcher érigé par les “giovani padani” de Busto Arsizio pour brûler un mannequin à son effigie; au long chapelet de déclarations, d’actes, d’ordonnances de maire de la Lega, de cicatrices laissées par des escouades fascistes dont on perd le compte.

Macerata nous revèle que l’action des nombreux “entrepreneurs de la haine” va au-delà de la propagande et engendre des véritables actes terroristes. Car ce à quoi nous avons assisté à Macerata est, à proprement parler, un épisode de terrorisme, pas différent de ceux organisés par l’État Islamique ou par ses francs-tireurs à Barcelone, Londres ou Bruxelles, qui prennent pour cible des gens sans défense et qui voient les villes se calfeutrer dans la terreur. C’est comme ça que le tireur de Macerata mérite d’être traité. Et c’est comme ça que le monde démocratique devrait traiter l’événement, en organisant immédiatement une réponse massive, là où le fait s’est produit, et en mobilisant ceux qui croient que cette dérive peut encore être stoppée. Et que la nuit de la mémoire [notte della memoria] ne nous tombe pas dessus.

Car si ce n’est pas maintenant, alors quand?

Il Manifesto – Quotidiano comunista, 04.02.2018

  1. Jeune femme de 18 ans dont le corps a été retrouvé découpé en morceaux la même semaine. Le principal suspect est un homme nigérian. []

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