À Toulouse, la course à la xénophobie : des Républicains à l’Action Française en passant par les Identitaires et le FN

26 janvier 2018 1 Imprimer ce billet Imprimer ce billet

Retour sur une polémique qui monte : quand l’union des droites souverainistes nous ramène 15 ans en arrière, au tout début du développement de l’islamophobie comme nouveau moteur conceptuel de l’extrême-droite et des stratégies métapolitiques. Ce lundi 22 janvier 2018, les membres du CSIT se sont retrouvés pour une maraude “solidaire”, accompagné par un journaliste d’Actu.fr. Mais la nourriture distribuée n’était pas pour toutes et tous. Leur solidarité est “nationale”, leur action dite “sociale”.

Le cercle souveraineté et identité toulousain (CSIT) est “une association loi 1901 qui oeuvre à l’union des droites et des souverainistes”, dans l’optique de refonder ce qu’ils appellent le “camp national”(iste). Il réunit des membres de génération identitaire et des Identitaires, de l’Action Française, du FN, de Debout la France, de l’UPR et des Républicains. Le CSIT a été fondé et est présidé par Nicolas Grignier, également membre du Front national.

Renouant avec ce qui a été une des premières campagnes médiatisées des identitaires en France (les soupes au cochon : volontairement discriminatoires envers les musulman.e.s et les juif.ve.s) et prétendant faire du neuf avec du vieux (le slogan “les nôtres avant les autres” est un des plus anciens slogans des identitaires), le CSIT met les pieds dans un plat bien nauséabond, en toute connaissance de cause, et malgré leur déni devant les journalistes. On ne change pas une méthode qui gagne, et qui est devenue une tradition de l’extrême-droite radicale : une certaine forme “d’action sociale”, issue directement de la stratégie métapolitique des identitaires, volet social d’un racisme décomplexé. Discriminer sur la base d’une appartenance culturelle ou religieuse (supposée ou réelle) des personnes qui sont dans la misère et qui vivent à la rue.

(évidemment, on ne va pas attendre d’eux une critique du capitalisme et de la propriété privée, tout privilégiés qu’ils sont par le capital et leur appartenance de classe à la bourgeoisie locale)

« C’est des musulmans, on ne leur donne pas »

Pourtant, les structures d’aide sociale et les structures alternatives (le CRÉA toujours en première ligne) sont bien présentes à Toulouse et bien identifiées par les personnes à la rue : le CSIT n’intervient pas pour pallier un manque et une absence de structures, mais bien dans une stratégie politique. Ils mettent en œuvre dans les rues toulousaines le racisme théorisé des identitaires (“l’ethno-différentialisme”) et sa méthode d’action politique et ont trouvé des soutiens et des collègues de xénophobie dans le camp réactionnaire de la droite populiste et souverainiste.

Un repas pour toutes et tous au Centre Social Autogéré du CRÉA

Le FN soutien l’action discriminatoire

Entre le soutien aux néonazis du Bastion Social et la défense de cette action par le porte-parole local du Front national 31, Julien Leonardelli, le FN semble en avoir bien fini de la dédiabolisation. Témoignant de la fin de la pleine autorité de Marine Le Pen sur le parti, les prises de position ouvertement racistes ou soutenant des fascistes notoires se multiplient récemment. A Toulouse, il n’y a pas de Bastion Social à soutenir, mais le FN réitère son projet xénophobe en soutenant publiquement le retour des soupes discriminatoires dont les membres des identitaires sont aux commandes.

Les Républicains, toujours plus loin

La surprise, c’est de voir côte à côte l’Action française et les Républicains. Passant leur temps sur internet à fustiger la république, le système, et les politiciens en place, les premiers ne voient aucun problème à se balader main dans la main avec les seconds pour distribuer des sandwichs au porc aux SDF “français” (comme si la misère avait une nationalité). Même si les réactions fusent, le fait que des membres de LR se retrouvent depuis plusieurs mois dans l’espace politique du CSIT et organisent conjointement des conférences ultra-réactionnaires avec des militants issus des identitaires, de l’AF est bien révélateur du glissement des Républicains vers l’extrême-droite.

Et plus généralement c’est un autre exemple du processus politique de droitisation de l’ensemble du paysage politique français, décrits par les antifascistes radicaux depuis plusieurs années déjà (à ce sujet on peut lire l’analyse pertinente faite par le Scalp Reflex au moment de son auto-dissolution).

De quoi faire rougir de jalousie Julien Sanchez, maire de Beaucaire, qui affame les enfants aux pratiques alimentaires différentes (végétariens, sans-porc,…) en instrumentalisant encore une fois la laïcité.

La (re)montée du courant national-catholique à Toulouse et ses vecteurs

Rappelez-vous, en 2011, les catholiques intégristes commencent les hostilités (2 ans avant la déferlante homophobe et patriarcale de la Manif pour Tous) : la pièce de théâtre “Golgota PicNic” est ciblée par les intégristes catholiques et Civitas prend la tête d’une mobilisation qui réunira environ 500 personnes (ils annonceront 5 fois plus), bloqué par un contre-rassemblement antifasciste.

 

Le nouveau maire de Toulouse, Jean-Luc Moudenc, élu en 2014, se retrouvait en première ligne des manifs homophobes (ce qui avait motivé quelques un.e.s à réaliser le visuel ci-dessous).

 

Faut-il y voir un lien avec la facilité avec laquelle des organisations comme alliance VITA (voir ci-dessous), le FN, l’Action française ou le CSIT obtiennent des salles municipales pour y organiser meetings, conférences et autres rencontres publiques, souvent autour de thèmes xénophobes ou ultra-réactionnaires ? Très sûrement.

La grande bourgeoisie toulousaine est à l’aise et son pendant ultra-catholique n’a pas à s’inquiéter : ici la laïcité n’est pas érigée en rempart contre les barbus intégristes (catholiques). Un “deux poids deux mesures” qui donne un grand sentiment de confiance et d’impunité aux groupes d’extrême droite toulousains, comme Génération Identitaire ou l’Action française.

Venant épaulé cette facilité institutionnelle, le site de “ré-information” (comprendre d’extrême droite) Infostoulouse.fr donne de la visibilité (sur internet) à toute cette petite galaxie. Tenu par Nicolas Boutin (passé par une école de journalisme, on invente pas le feu au FN), lui aussi membre du Front national 31.

Nicolas le sauveur de la France avec ses tracts UMPS

Boutin butine la fleur Marine à l’arrivée du printemps

Des conférences en veux tu en voilà !

C’est vrai qu’entre le cercle des capitouls d’Alexia de Bermont, le CSIT, et les conférences des identitaires et celles hebdomadaires de l’AF, Toulouse semble plus que jamais exposée aux charognards racistes, islamophobes, antisémites, sexistes et homophobes.

Alexia De Bermont er Renaud Camus au très faf-friendly Clocher de Rodez : théoricien du grand remplacement

LE CSIT invite Riposte Laïque

Le cercle des capitouls et Jean-David Catin, responsable national des identitaires au camp d’été, président section de Genève, le 20 janvier dernier

Peut-être l’occasion pour le large mouvement contestataire et radical toulousain de reconstruire des initiatives et des dynamiques politiques communes, sur la base d’une opposition antifasciste, populaire et féministe déterminée, dans la rue comme dans les consciences.

La Horde

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