Strasbourg : Second bilan contre l’Arcadia

24 janvier 2018 0 Imprimer ce billet Imprimer ce billet

Lu sur Fermons l’Arcadia:

Après le succès de notre première mobilisation du 9 décembre 2017 rassemblant environ 400 personnes, la campagne pour la fermeture de l’Arcadia a connu une massification importante. L’agression raciste du soir même de l’inauguration du local1, tout comme l’invitation du théoricien du terrorisme néofasciste italien Gabriele Adinolfi2, ont donné lieu à des enquêtes sur la nature intrinsèquement violente du Bastion Social et l’implication directe de ses dirigeants3. Entretemps, le climat aux alentours de l’Arcadia, dans le quartier Esplanade, est devenu irrespirable. Nous avons alors assisté à la multiplication d’initiatives de la part des acteurs du quartier : les habitants, les parents d’élèves, les petits commerçants, les associations4… chacun a participé à la construction d’une mobilisation populaire contre l’implantation de néofascistes dans leur quartier, par les diffusions et boîtages de tracts, les signatures de pétitions, les courriers de protestation aux institutions locales, le bouche-à-oreille, les graffitis, etc.

9 décembre, 1ère manifestation contre l’Arcadia

La manifestation du 20 janvier 2018 a été une étape fondamentale dans ce parcours. Au-delà de l’aspect quantitatif (une participation de plus de 600 personnes, c’est-à-dire bien plus qu’à la première manif’), le succès réside dans la diversité de soutiens qui ont adhéré à la lutte5. Un cortège déterminé a défilé sous la pluie pendant deux bonnes heures en réunissant des militants politiques, syndicaux, associatifs, des élus locaux, des acteurs de l’Esplanade, des camarades de Lyon, des Vosges, de Freiburg, d’Offenburg, de Karlsruhe6. Des slogans contre le fascisme institutionnel en Turquie ont été scandés lorsque la manifestation est passée devant le Consulat Turc, pour dénoncer les bombardements sur la ville d’Efrîn, au Rojava. Preuve que l’antifascisme est à la fois une lutte de terrain – quartier par quartier – et une solidarité internationale.

Nous avions initialement prévu de défiler dans le quartier Esplanade et de passer devant l’Arcadia, pour montrer aux fascistes combien leur présence est détestée, combien leurs intimidations ne feront que grossir nos rangs. La Préfecture en a voulu autrement7. Le parcours qui nous a été imposé nous écartait des grands axes du quartier. Le discours de la Préfecture a été on ne peut plus clair : si nous défilions à l’Esplanade, cela aurait été une provocation à l’encontre des fachos, et nous aurions été tenus responsables des éventuelles violences. Sous peine d’interdiction pure et simple de manifester, nous avons négocié un nouveau parcours. Ce que nous retenons, c’est que par “mesures de sécurité” il a été impossible aux habitants de défiler dans leur propre quartier, comme s’ils n’avaient déjà plus leur mot à dire sur ce qu’il s’y passait. De plus, la manifestation a été hyper-fliquée8. Les Gendarmes Mobiles précédaient le cortège à distance rapprochée, surveillant et filmant obsessivement tout ce qui bougeait. Une fois arrivés près de l’Arcadia, au boulevard de la Marne, un dispositif policier hallucinant a été mis en place pour boucler toutes les rues en face de nous, et dissuader toute volonté de poursuivre vers la rue Vauban. Comme toujours : les fachos derrière les flics. A noter également que nombre de participants à la manifestation ont fait l’objet de perquisitions et contrôles d’identité arbitraires de la part de la police et de la BAC avant et après la manifestation, dans une volonté de rechercher la criminalisation à tout prix (pour finalement ne rien trouver).

manif contre l'Arcadia à Strasbourg le 20 janvier 2018

20 janvier, 2nde manifestation contre l’Arcadia

Malgré ces provocations, la manifestation s’est terminée dans le bonheur et le sens du partage. Grâce au collectif Food Not Bombs, des centaines de personnes ont partagé un repas chaud (et délicieux) à l’Orangerie9. En un jour, nous avons distribué plus de repas que ne réussira à faire le Bastion Social dans toute son existence (d’ailleurs, il nous semble pertinent de rappeler qu’une multitude d’associations existent pour venir en aide aux plus démunis, aux personnes sans-abris, comme par exemple le Collectif SDF Alsace, Action Froid, Médecins du Monde, les Restos du Cœur, le Secours Populaire, ou encore Abribus avec ses 18.000 repas distribués chaque année10 sans besoin d’instaurer des critères de préférence ethnique… des chiffres qui montrent que les fachos non seulement sont nuisibles, mais aussi inutiles).

Repas préparé par le collectif Food Not Bombs

Repas préparé par le collectif Food Not Bombs

Le président de l’Arcadia, posant avec une arme qu’on espère factice, devant une croix celtique

Le bonheur de notre manifestation a été terni avec ce qui s’est produit du côté de l’Arcadia ce même samedi. D’abord, ayant pu privatiser le quartier, quelques fachos se promenaient tranquillement en ronde pour chercher et provoquer des manifestants : nous avons reçu des témoignages qui explicitent les modes d’action et les intentions de ces rondes11. Puis, probablement dégoutés car il n’y avait qu’une quinzaine de personnes à avoir répondu à l’« appel à la mobilisation générale » pour défendre le local12, deux sympathisants du Bastion Social se sont livrés à leur violence habituelle. Dans le tramway F à l’arrêt place d’Islande, les deux identitaires ont agressé un couple qui avait participé à la manifestation antifasciste, puis ils ont porté un coup contre le conducteur du tram venu leur porter secours13. Il semblerait que ces individus soient incontrôlables dès qu’ils sont plus de 10 dans leur local. Ferme et immédiate a été la réaction de la CGT CTS14. Finalement, les deux identitaires ont passé la nuit en garde à vue et paraîtront devant le Tribunal correctionnel le 1er juin15. Comme corolaire, le lendemain une photo du président du Bastion Social Strasbourg, arborant fièrement une arme AMD 65 et un drapeau croix celtique, circulait sur les réseaux sociaux16. Nous aurions pu rire de ce crétin avec son arme, s’il ne se trouvait être à la tête d’une organisation qui prône et pratique une violence aveugle, que plusieurs membres du Bastion Social Strasbourg ont déjà été condamnés pour des faits de violence17, que lui et ses copains se fantasment bel et bien en miliciens fascistes, qu’ils fréquentent des terroristes certifiés18 et des terroristes potentiels19.

La coupe est pleine. Il faut se rendre à l’évidence : de ses dirigeants à ses sympathisants, l’Arcadia n’est rien d’autre qu’un repère de violence, hooliganisme et mythomanie, rien d’autre qu’un lieu de diffusion de doctrines nationalistes-réactionnaires (racistes, sexistes et homophobes). Un danger pour tous. Comment s’étonner alors que, le lendemain de la manifestation, la façade de l’Arcadia toute entière ait été recouverte de peinture verte ?20 Il n’y a rien d’étonnant justement, puisque tout le monde adore la peinture et tout le monde déteste les fachos !

L’Arcadia recouverte de peinture

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