Roger Holeindre, dit “Popeye” : scout toujours !

17 janvier 2018 0 Imprimer ce billet Imprimer ce billet

Dans le cadre d’une série d’article sur le Parti de la France, dont la première partie est à lire ici, voici un portrait d’une des “gueules” de l’extrême droite française depuis plus de cinquante ans : Roger Holeindre, dit “Popeye”, dont la passion pour les mouvements de jeunesse tradis n’a d’égal que sa nostalgie pour le “bon temps des colonies”…

Holeindre à 14 ans.

Roger Holeindre, né en 1929, participe dans son adolescence, au sein de son organisation scoute clandestine (cf. photo ci-contre), à quelques opérations nocturnes contre l’occupant allemand. La légende veut qu’il ait dérobé, seule et de nuit, deux mitrailleuses à l’ennemi… Mais c’est surtout en participant dès 17 ans aux guerres coloniales (il aurait falsifié pour cela ses papiers d’identité) que le jeune Roger trouve le combat de sa vie, d’abord en Indochine puis surtout en Algérie. En 1962, il crée le maquis OAS « Bonaparte » dans le Constantinois, ce qui lui vaut d’être arrêté et mis en prison pour un an, avant d’être finalement amnistié.

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De haut en bas, et de gauche à droite : Roher Holeindre en Indochine, puis en Algérie ; sur la photo du bas, il est tout à droite au deuxième rang, au sein d’un groupe de paras du 8e RPC déguisés en fellagas à des fins d’anti-guérilla.

HOleindre entame une carrière de journaliste, d’abord à Paris-Match[1], qui se poursuivra dans les années 1980 à Magazine-Hebdo (créé par Alain Lefebvre, un ancien de la Fédération des Étudiants Nationalistes (FEN), une organisation étudiante d’extrême droite dans les années 1960), puis dans les années 1990 au Figaro Magazine.

Passé de l’extrême droite dure (Europe-Action est le journal de la FEN) à des positions ultra-libérales (défendues dans Magazine Hebdo), le parcours d’Alain Lefebvre sera celui d’autres militants nationalistes, tels Alain Madelin ou Gérard Longuet.

Parallèlement, il s’engage  politiquement en  1965 aux côtés du populiste Tixier-Vignacour, à la fois au sein des Comités Jeunes TV, et dans le service d’ordre du mouvement. Holeindre s’investit ensuite dans d’autres mouvements de jeunesse aux méthodes musclées : d’abord en présidant le Front Uni de Soutien au Sud-Vietnam, puis, après mai 1968, en fondant les Jeunesses Patriotiques et sociales (JPS), qui participent avec le GUD à une attaque contre les maoïstes du lycée Louis-le-grand (Paris), au cours de laquelle un gauchiste a une main arrachée par une grenade.

Holeindre-sud-vitenam

À gauche : haranguant les foules au sein du Front uni de soutien au Sud-Viet-Nam (cf. affiche en médaillon). À droite : légèrement amoché après le saccage de son exposition en mai 1968. [Archives : La Horde]

Holeindre tente par la suite, sans succès, de rassembler autour de lui différentes chapelles d’extrême droite : après avoir lancé différents mouvements (Centre de Ralliement national, Parti national populaire qui devient Parti de l’unité française), c’est finalement en rejoignant le Front National (FN) qu’il va atteindre cet objectif, puisqu’on le retrouve au sein du bureau politique du FN dès 1972.

Le CNC, c’est pas du cinéma

« Popeye » est très attaché à la transmission d’une certaine tradition, et c’est la raison pour laquelle il fonde en 1985 le Centre National des Combattants (CNC), une organisation satellite du FN qui se donne comme objet la défense matérielle et morale des frontistes anciens combattants (principalement des guerres coloniales). Dès la profession de foi du CNC, le ton est donné : “si vous êtes convaincus de la nécessité de défendre notre identité française contre les attaques incessantes dont elle est l’objet… Si vous en entendez dénoncer et combattre ces actes de trahison susceptibles d’attenter à l’intégrité du territoire national… Si vous êtes conscients que le combat continue et si vous ne craignez pas de vous engager… Rejoignez le CN !

mais aussi l’éducation de la jeunesse chargée d’en prolonger la mémoire et les valeurs, avec une structure de type scout : les Cadets du CNC, pour inculquer aux enfants «le respect de l’ordre, la nécessité de la discipline, le culte du drapeau et l’amour de la patrie».

Les principales activités sont, chaque année, une grande marche d’orientation et un camp qui se tient au château de Neuvy-sur-Barangeon, ancienne propriété du dictateur africain Jean-Bedel Bokassa : : levée des couleurs, serment au drapeau, chants militaires… La totale ! Mais l’aventure s’arrête en 1999, lorsque le préfet du Cher fait fermer le camp des Cadets de France et d’Europe pour divers manquements aux règles d’hébergement, d’encadrement et d’hygiène : il n’y en aura pas d’autres les années suivantes. Suite à cela, Holeindre vouera une haine tenace à Marie-George Buffet, alors ministre communiste de la Jeunesse et des Sports.

Holeindre a fait partie des 35 députés en 1986.

Entre 1986 et 1988, représentant la Seine Saint-Denis, Holeindre est également l’un des 35 députés du FN à siéger à l’Assemblée nationale, où il bataille entre autre pour défendre l’apprentissage dès 14 ans. Il est ensuite élu conseiller régional d’Île-de-France entre 1992 et 1998, période pendant laquelle il se fait remarquer par une certaine liberté de parole, tout en continuant ses activités au sein du CNC.

Propagande du CNC

En 1991, il est ainsi le secrétaire général du « Comité anti-Joxe », une association qui a pour objectif « de mettre un terme à la carrière politique de l’âme damnée de Mitterrand », à la suite de la profanation du cimetière juif de Carpentras en 1990, après laquelle Jean-Marie Le Pen accuse Pierre Joxe d’avoir instrumentalisé l’affaire pour faire porter le chapeau au FN. En 1998, Holeindre, qui n’a décidément pas la langue dans sa poche, continue sa chasse aux ministres “socialistes” et accuse Jack Lang de pédophilie lors de l’université d’été du FNJ. La même année, il est tête de liste aux élections régionales sur sa terre natale, la Corse, où il obtient le plus mauvais score de tous les candidats réunis (4,8%). Dur !

Holeindre en 1998 à Noyon, pour rendre hommage aux gendarmes tués lors de l’attaque de la gendarmerie d’Ouvéa en 1988 par des indépendantistes du FLNKS.

La violence verbale de Roger Holeindre confine parfois à la menace physique. Ainsi, lors du congrès du FN à Strasbourg en 1997, il n’hésite pas à déclarer, face à l’énorme mobilisation antifasciste (plusieurs dizaines de milliers de personnes)  : «Nous sommes contre les voyous de Ras l’front et du Scalp. Demain, nous les mettrons au pas si nous sommes au pouvoir. Ils pleureront des larmes de sang !». (Libération, 27/04/2002).

Au moment de la scission du Front national, “Popeye” se range sans hésitation aux côtés de Jean-Marie Le Pen : une fidélité qui lui vaut d’être nommé premier vice-président du Front national. Populaire auprès de la base frontiste, il participe à de nombreuses rencontres avec les militants pour les inciter à s’engager « avec sérieux », pronostiquant une « surprise » en 2007.

Holeindre, candidat à Savran, en Seine-Saint-Denis, en 2001.

Hélas pour lui, Jean-Marie est en passe de devenir de l’histoire ancienne, et le FN passe lentement mais sûrement aux mains de sa fille Marine : en 2010, Holeindre soutient Bruno Gollnisch comme candidat à la présidence du FN, mais à peine annoncée la victoire de Marine Le Pen, il quitte avec fracas le mouvement au sein duquel il milita durant près de quarante ans, estimant que la nouvelle présidente « ne représentant pas ses idées (…) se tape totalement des cinquante dernières années de la France ». (Le Figaro, daté du 15 janvier 2011.)

Il continue cependant de prendre la parole en tant que président du Cercle National des Combattants pour commenter l’actualité, en particulier les récents attentats islamistes, que ce soit lors de rencontres de Synthèse nationale ou aux manifestations parisiennes en l’honneur de Jeanne d’Arc, au début du mois de mai de chaque année. Il participe aussi à des commémorations à la mémoire des combattants des guerre coloniales, comme celle de 2014 à Nogent-sur-Marne qui rassembla plusieurs personnalités d’extrême droite, et dont le site antifasciste REFLEXes avait fait un compte rendu à lire ici.

Roger Holeindre à la journée de Synthèse nationale le 2 octobre 2016, en compagnie de tout le gratin de l’extrême droite radicale : Jean-Marie Le Pen, Carl Lang, Pierre Vial ou encore Serge Ayoub (à l’extrême gauche).

Roger Holeindre finit également par rejoindre les autres anciens du FN au sein du Parti de la France de Carl Lang, dont il intègre le bureau politique en 2013 et en devient président d’honneur en 2016, en même temps que Martine Lehideux. On le retrouve régulièrement invité pour tenir des conférences, comme dernièrement à l’initiative d’Egalité & Réconciliation Aquitaine, le 18 juin 2017.

Ultime baroud d’honneur, en mars 2017 sort un journal des Cadets du CNC (qui n’avaient pourtant plus d’activités réelles depuis plusieurs années), sobrement intitulé “Hier, Aujourd’hui, Demain la France“. Dans ce premier numéro qui, à notre connaissance, n’eut pas de suite, et qui se rapproche davantage de l’hagiographie que du bulletin d’information, on trouve pour l’essentiel, entre un éloge de Vladimir Poutine et un article contre Macron, des textes de Roger Holeindre, dont un “conte drôlatique” qu’il avait écrit dans les années 1950 et exhumé par Alain Sanders, intitulé “Les commandos frappadingues“, et des comptes rendus de ces ouvrages.

Car parallèlement, tout au long de sa vie, Holeindre a publié des dizaines de livres sur tous ses sujets de prédilection : l’Indochine (Le levain de la Colère en 1963, Des Pavillons noirs à Diên Biên Phu avec Alain Sanders en 1997, C’était des hommes en 2012), l’éducation des jeunes (Honneur ou décadence en 1965, saisi et interdit à la vente), son ami Jean-Marie (SOS Hystérie en 1992, puis SOS Hystérie 2 en 2003), les racines chrétiennes de la France (Que Dieu sauve la France ! en 2013, présenté en février 2014 lors d’une conférence avec Alain Escada de Civitas), et bien d’autres aux titres évocateurs (À tous ceux qui n’ont rien compris en 1989, Les sanglots de l’homme blanc commencent à me fatiguer en 2010…).

La Horde

  1. Holeindre sera très fier de cette collaboration à Paris-Match, du moins jusqu’à ce que l’hebdomadaire, à qui il enverra pour l’occasion une lettre salée, publie en 2002 un éditorial “Match et les grands photographes disent non à Le Pen” ! []

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