Le Parti de la France : une histoire de déjà vu (1)

16 janvier 2018 7 Imprimer ce billet Imprimer ce billet

Le Parti de la France (PdF) est parmi les groupuscules d’extrême droite l’un des seuls à subsister en marge du Front National (FN). Toute la semaine nous allons revenir sur le PdF qui mêle des anciens notables de l’extrême droite et une génération plus jeune, souvent issue du milieu skinhead. Pour ce premier article, nous vous proposons une présentation du PdF, en nous intéressant particulièrement sur des historiques du parti (Holeindre et Lehideux), et enfin, dans un troisième volet, sur sa frange plus jeune.

Fondé en 2009, le Parti de la France regroupe à sa formation d’anciens membres du Front national, déçus pour la plupart de n’avoir pas été promus comme têtes de liste lors d’élections à cette époque, ou s’étant écartés du FN. Après la candidature de Bruno Gollnisch à la présidence du FN face à Marine Le Pen en 2010, le Parti de la France voit venir à lui une petite partie des cadres et militants frontistes déçus par la tournure des évènements : déçus d’une part du manque de combativité de leur champion Bruno Gollnisch pour tenter de maintenir la ligne historique du parti, et d’autre part de voir Marine Le Pen mettre la main sur le parti. Rassemblant principalement des nostalgiques du FN version 1970-1980, c’est donc surtout sur une ligne anti-Marine Le Pen que se forme le Parti de la France.

Dans sa propagande, le PdF reprend les mêmes thèmes que le FN.

En 1999 Bruno Mégret avait tenté l’aventure de former un parti à la marge du Front National, en formant le Mouvement National Républicain (MNR). À cette époque, il était déjà parti du FN, suite à des divergences avec Jean-Marie Le Pen, et avait emmené avec lui pas mal de cadres du parti. En 2009, c’est donc autour de Carl Lang (ancien vice président du Front National, ancien directeur du FNJ et membre du parti depuis 1978) que se constitue le Parti de la France.

Quand Carl Lang était au FN

Né le 20 septembre 1957, d’origine normande, Carl Lang est le fils d’un kinésithérapeute dont il suit les traces en embrassant la même carrière : ses études s’arrêteront là. Pour le reste, il est 100% FN : adhérent depuis 1978, il n’a pas connu d’autre structure militante.

Après des responsabilités locales dans l’Eure, il prend place dans l’appareil à partir de 1983, date à laquelle il est nommé directeur de campagne de Le Pen pour les municipales et directeur national du Front national de la Jeunesse : aux côtés de Martial Bild, il participe à la restructuration du FNJ. Il accède au Bureau politique en 1985, où sa personnalité fadasse et sa servilité plaisent à Le Pen, d’autant que ce dernier cherche à tempérer les ardeurs de ses seconds, en particulier Jean-Pierre Stirbois. Jean-Marie ne tient cependant pas le petit Carl en très haute estime : en 1986, lorsque Le Pen apprend que Lang, qui vient d’accéder au bureau du conseil régional de Haute-Normandie, veut que lui soient attribuées les affaires culturelles, il éclate de rire.

Carl Lang lève la patte dans sa période FNJ (photo : Le Canard enchaîné)

En 1987, après avoir abandonné la direction du FNJ, Carl Lang co-fonde le Mouvement de la Jeunesse d’Europe, lors d’une rencontre avec d’autres groupes nationalistes à Athènes, mais cette initiative reste sans suite. Ce qui ne l’empêche pas d’être élu l’année suivante par le bureau politique, après l’accident mortel de Jean-Pierre Stirbois, secrétaire général du Front : cette place de second attribué à un petit jeune fait grincer bien des dents, mais permet à Le Pen de garder un contrôle total de l’appareil. Plus «carré» que Stirbois, mais aussi moins politique, Carl Lang reprend en main l’organisation du parti, fédération par fédération, attribuant un cahier des charges précis à chaque poste et multipliant les stages de formation sur les techniques d’encadrement et d’animation.

Tout en déléguant et en renforçant le rôle des secrétaires départementaux, Lang s’assure le contrôle des fédérations en exigeant des rapports d’activités précis, avec au bout des «récompenses» pour les fédérations les plus méritantes. On le voit, le rôle de Carl Lang au FN est alors technique, tandis que dans le même temps Mégret s’occupe du discours. Pourtant, cette réorganisation, outre l’efficacité, a un autre objectif : mettre le parti entièrement au service de Le Pen. «Je suis et je reste l’homme de Le Pen. Je mets à la tête du mouvement des hommes de la génération Le Pen», déclare-t-il en 1990 ; et de fait, entre 1988 et 1990, il change près de 30 secrétaires de fédération !

En octobre 1995, il démissionne au prétexte du «nécessaire renouvellement» de l’appareil du parti. Beaucoup s’imaginent alors qu’il va quitter la politique et retourner à ses massages. Il n’en est rien. Marié à une Suédoise et père de quatre enfants, il a certes probablement besoin de prendre du champ : mais c’est pour se recentrer sur ses activités politiques locales. Conseiller régional du Nord depuis 1992, il se présente aux municipales de 1995 à Lille.

Carl Lang en 2005.

Carl Lang en 2005.

Au moment de la scission, Lang se révèle sans surprise un fidèle de Le Pen : en manque de personnel, le président du FN le propulse délégué général de décembre 1998 à novembre 1999 avant de le remplacer par Bruno Gollnisch : Carl Lang retrouve alors son poste de secrétaire général. Depuis, il reprend son travail de réorganisation d’une structure qui a bien du mal à se recomposer, toujours au service de son idole, dont il a assuré l’animation dans la campagne présidentielle 2002. Le personnage a visiblement mûri, et semble aujourd’hui un candidat sérieux à la succession de Le Pen.

Source : REFLEXes

Mais à la différence du MNR, le PdF survit toujours, et arrive encore à se présenter lors d’élections tout en conservant d’anciens membres du Front National, mais aussi en regroupant des militants nationalistes perdus dans leur coin.

Parti de Rien

Pas très inspiré le Parti de la France…

C’est surtout dans les anciennes régions du Nord Pas de Calais et de la Picardie que le PdF reste actif, là où Carl Lang (le président) et Thomas Joly (le secrétaire général) étaient élus, entraînant avec eux d’autres anciens élus FN. Mais on peut encore voir quelques militants dans le Calvados, la Saône et Loire ou les Bouches du Rhône et des notables de l’extrême droite restent toujours accrochés à la direction du parti. Si, lors de la fondation du groupuscule, il pouvait compter sur pas mal d’élus qui étaient sur des listes FN, des députés européens, des conseillers régionaux ou municipaux, aujourd’hui il ne reste plus que quelques conseillers municipaux.

Même si le PdF n’est donc présent que localement dans l’Hexagone, il réussit à regrouper autour de lui toutes les tendances de l’extrême droite allant des cathos intégristes aux païens, en passant par des nostalgiques de l’Algérie Française et des pétainistes.

 

Les même slogans sur des affiches Front National et celles du Parti de la France

Son programme ne se résume qu’à reprendre celui du Front National des années 1980, avec une ligne libérale : « Au lieu de persécuter fiscalement les Français et d’écraser la France d’impôts et de taxes, l’État et les collectivités territoriales doivent se serrer la ceinture en supprimant la montagne des dépenses publiques inutiles », et « Défendons les libertés économiques et l’initiative privée » ; une ligne islamophobe avec des slogans comme « Pas d’islamisation chez nous », « Islamisation ça suffit » ou « Ni minarets ni charia », et anti migrant-e-s en « refusant l’immigration colonisation » ou en déclarant « Foutons les dehors ».

Le PDF recycle les vieux slogans que le FN n’assument plus.

Le PdF s’est doté d’un service d’ordre, le SEP (Service Encadrement Protection), qui tourne souvent autour des réunions du PdF de ses rassemblements, mais qui peut aussi donner un coup de main lors de manifestations ou de rencontres regroupant d’autres organisations d’extrême droite. Le SEP est composé majoritairement de skin d’extrême droite, c’est un peu le folklore du PdF.

LE SEP à Calais en mai 2017. Les tatouages assurent le folklore néonaze : rune Wolfsangel (emblème de la division SS Das Reich) ou croix gammée circulaire (symbole de Société de Thulé, qui est un groupuscule raciste).

Les vieux de la vieille

Parmi les membres « historiques » qui ont une longue histoire dans l’extrême droite hexagonale, outre Carl Lang le président, on trouve Martine Lehideux (Vice-présidente du PdF), Roger Holeindre (président d’honneur du PdF), Fernand Le Rachinel, Martial Bild, Christian Baeckeroot ou Bernard Antony, fondateur du parti mais qui le quitte en 2010. Et si l’on regarde la liste du bureau politique du PdF, on s’aperçoit que sur les 30 membres, 25 sont issus du FN et y avaient des responsabilités allant d’un ancien trésorier du FN Jean Pierre Reveau, un ancien président du groupe FN à la région Centre Jean Verdon, un ancien gros financier du FN Fernand Le Rachinel, d’anciens responsables du DPS ou encore d’ancien-n-es député-e-s européen-ne-s et conseillers régionaux. On peut voir aussi Gilles Arnaud, l’ancien directeur de la WebTV « ProRussia.tv », ancien délégué à la propagande du FN ou Jean Claude Robinet fondateur de National Hebdo et qui avait participé à la fondation du Mouvement National Républicain de Bruno Mégret.

Roger Holeindre et Martine Le Hideux

Martine Le Hideux vice présidente du Parti de la France et Roger Holeindre président d’honneur du PdF

Roger Holeindre (portrait à lire ici)  avant de rejoindre le Parti de la France et d’en devenir son président d’honneur, s’est fait tout un chemin à l’extrême droite en commençant dans les années 50 par les guerres coloniales en Indochine et Algérie. En 1972 il participe à la fondation du Front National et entre au bureau politique , en devient député en 1986 et premier vice président en 1999, en parallèle il anime une organisation satellite du FN, le Cercle National des Combattants. Il quitte le Front National en 2011 lors de l’élection de Marine Le Pen à la tête du FN.

Une autre « figure » de l’extrême droite ayant rejoint le PdF, Martine Lehideux (portrait à lire ici) qui devient vice-présidente du Parti de la France en 2016. Son parcours était déjà tout tracé avec un oncle ministre du maréchal Pétain, mariée à André Dufraisse, ancien permanent du Parti Populaire Français de Jacques Doriot, et combattant au sein de la Légion des Volontaires Français contre le bolchévisme (LVF). Elle adhère au Front National à sa fondation en 1972, en devient eurodéputée puis quitte le FN en 2009, elle animait une association satellite du FN, le Cercle National des Femmes d’Europe.

Jeunes et Joly

Autre personne active sur les réseaux « sociaux », son secrétaire général Thomas Joly, lui aussi ancien élu Front National en Picardie.

Thomas Joly, le BG du PdF, prend la pose : les connaisseurs apprécieront le t-shirt !

Thomas Joly avait adhéré au Front National en 1996 et commencé sa carrière politique en 1998, alors étudiant à l’Université d’Amiens, il avait été investi par le FN pour des cantonales de cette même année à Albert dans la Somme.

Thomas Joly au Front National de la Jeunesse

Thomas Joly, à droite,  en rangers et short à l’université d’été du Front National de la Jeunesse en 1998.

A cette époque à l’Université d’Amiens il avait tenté de monter une liste étudiante le Recours Etudiant Picard (REP), mais hélas pour lui les antifascistes avaient fait échouer sa tentative d’implantation. Puis vint la scission avec les mégretistes, il suit alors son modèle de toujours Jean Marie Le Pen, allant même jusqu’à demander au Courrier Picard (journal régional) de diffuser un communiquer affirmant qu’il reste au Front National. Au début des années 2000, il quitte Amiens pour se retrouver à Beauvais dans l’Oise où il se présente sous l’étiquette FN aux différentes élections avant de devenir conseiller régional de Picardie en 2004. Il suit Carl Lang et le Parti de la France à sa formation en 2009.

Thomas Joly se retrouve assez souvent à poser en photo aux cotés de « figures » nationalistes, Ayoub, Benedetti, Gabriac, De Chassey (Renouveau Français), Jérome Bourbon, Alain Escada, Logan Djian, Vincent Vauclin.

Thomas Joly du Parti de la France en bonne compagnie

Thomas Joly avec ses amis : A) Hervé Ryssen antisémite et homophobe condamné à plusieurs reprises, B) Jérôme Bourbon directeur de Rivarol, C) Vincent Vauclin de la Dissidence Française, D) Alexandre Gabriac, E) Serge Ayoub et Thierry Maillard de dos, F) Thibault de Chassey du Renouveau Français, G) Logan Djian ancien chef du GUD Paris, H) Werner Riegert ancien chef du Picard Crew et I) Pierre Vial de Terre et Peuple

On peut considérer que c’est l’une des personnes les plus actives du PdF, avec son blog, mais qui se déplace aussi régulièrement lors de réunions nationalistes dans le nord de l’Hexagone. Il n’hésite pas à côtoyer des bandes de skins d’extrême droite pour leur indiquer la route à prendre.

 

Ses copinages avec d’autres organisations

Le PdF a essayé et essaie toujours d’amener à lui toutes les tendances de l’extrême droite, tout en proposant une porte de sortie pour d’anciens militants du Front national. C’est d’abord pour les élections que les rapprochements se font, notamment pour trouver des personnes prêtes à se présenter. Avec le MNR, la Ligue du Sud de Jacques Bompard, ils constituent des listes pour les élections régionales et européennes, et plus récemment pour les législatives de 2017, ils s’étaient associés aux Comités Jeanne de Jean Marie Le Pen.

Législatives 2017 : Gabriac, Le Pen et Joly main dans la main.

Le PdF s’incruste logiquement aux journées de Synthèse Nationale aux cotés d’autre formations nationalistes, où Carl Lang prend régulièrement la parole, mais aussi dans les cortèges de la Manif Pour Tous, dans les manifestations de mai à Paris avec la Dissidence Française, le Front de Défense de la France, Civitas, ou avec les Comités Jeanne de Jean Marie Le Pen malgré le fait que la plupart des fondateurs du PdF aient été mis de coté par Jean Marie lui même. On retrouve encore le PdF lors de dîners avec des membres de groupuscules tels que Riposte Laïque, la Ligue du Sud ou la Ligue du Midi des Roudier. L’Action française ou les Identitaires préférant encore agir seuls, on ne les voit jamais dans des initiatives communes, ce qui entraîne d’ailleurs parfois quelques petites frictions pour des histoires de collage et de territoire entre le PdF et les Identitaires, à Amiens par exemple.

La Horde

7 commentaires »

  1. Delon Pascal 12 février 2018 at 19:58 - Reply

    bjr,
    ancien candidat FN , responsable d’1 circo. des Vosges. viré du FN pour propos homophobe parait’il . de toute façon ce parti est prét à vendre son père pour non pas arriver au pouvoir mais juste garder ça place de député euro.
    je cherche un parti ou groupe passant que l’heure n’est plus au blabla mais à l’action
    Salutations
    P.Delon qui a un immense respect pour JMLP

    • La Horde 13 février 2018 at 09:15 - Reply

      Dis-moi Pascal, tu ne te serais pas trompé de crémerie, par hasard ? En tout cas, si tu as des choses à nous apprendre sur le FN des Vosges, n’hésite pas, on est preneur.

  2. DOMINIQUE SLABOLEPSZY 18 janvier 2018 at 08:26 - Reply

    Je vous ai lu attentivement, si vous avez raison sur certains points connus, vous êtes loin de la réalité de ce qu’est le Parti de la FRANCE. Dominique Slabolepszy conseiller régional honoraire. Membre fondateur, du BP, délégué national aux élections. .

    • La Horde 18 janvier 2018 at 08:29 - Reply

      L’article est sûrement lacunaire, mais on n’a pas dit non plus tout ce qu’on en sait : cela dit, il ne tient qu’à vous de nous communiquer des informations internes croustillantes, on est preneur !

  3. Ilya 16 janvier 2018 at 12:45 - Reply

    Si je ne m’abuse, Holeindre n’a pas toujours été au FN: n’a-t-il pas fait un passage au PFN?

    • La Horde 16 janvier 2018 at 17:57 - Reply

      Non, pas à notre connaissance. À quelle période y aurait-il fait un passage ?

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