Bordeaux : néonazis, cathos intégristes, militants FN et jeunes sarkozystes autour de la manif pour Tous

29 octobre 2017 0 Imprimer ce billet Imprimer ce billet

Suite à une conférence sur la GPA avec Ludovine de la Rochère qui a eu lieu le 19 octobre dernier dans une salle prêtée par la mairie de Bordeaux, des militants de la Coordination Jeunes Bordeaux se sont intéressés à l’assistance composée de militants du FN et des Républicains, mais aussi de l’extrême droite radicale, ainsi qu’aux néonazis du service d’ordre.

Le jeudi 19 octobre au soir, la fédération Gironde des Associations Familiales Catholiques (AFC) organisait à L’Athénée municipale, prêtée pour l’occasion par la mairie de Bordeaux, la projection d’un film suivie d’une conférence. Le film portait sur la gestation pour autrui et la conférence était animée par Ludovine De La Rochère, présidente du mouvement anti-mariage gay la Manif pour Tous.

Qui organise ? Qui intervient ?

Sur leur site internet, les AFC, organisatrices de la conférence, se définissent comme « un cadre d’engagement et d’entraide offert à tous ceux qui veulent agir dans la société au service de la famille à la lumière de l’enseignement de l’Eglise Catholique ».

Extrait de l’onglet « qui sommes-nous » du site internet de l’AFC.

C’est dans cette logique qu’elles organisent des conférences, comme celle, en mars dernier, toujours à l’Athénée municipale, sur la théorie du genre. Esther Pivet, invitée pour l’occasion « montr(a) comment la légitime recherche de l’égalité homme-femme devient dans certaines activités une volonté de nier les différences entre les sexes, considérées seulement comme des constructions sociales. » La conférence était co-organisée par… La Manif Pour Tous 33.

Extrait du site internet de l’AFC sur une conférence co-organisée par La Manif Pour Tous portant sur la théorie du genre.

Ludovine de la Rochère

L’évènement Facebook de la conférence était appelé « Où t’es PAPA? Où t’es? ». En référence à la chanson de l’artiste belgo-rwandais Stromae, qui n’a pourtant jamais exprimé publiquement la moindre sympathie pour les idées de La Manif Pour Tous. En guest-star à la tribune, c’était Ludovine de La Rochère, Présidente de La Manif Pour Tous, qui a récemment perdu son procès contre l’association Act-Up qu’elle accusait de diffamation après que les militants d’Act-Up ont collé des affiches l’assimilant à une homophobe.

Qui s’intéresse à ce genre de conférence ?

Sur Facebook, dans la liste des participants et des personnes intéressées par l’évènement, on trouve des personnalités de la droite radicale et de l’extrême droite bordelaise. Ainsi, parmi les participants, on trouve par exemple un certain « Thomas Bordeaux », Thomas Bégué de son vrai nom.

En haut à droite : en photo de couverture de « Thomas Bordeaux » une femme avec un T-Shirt sur lequel il est inscrit « Every Woman loves a fascist », littéralement « toutes les femmes aiment un fasciste ». En bas, sur la page officielle du FNJ33, Thomas Bégué en train de coller des affiches « 100% Front National, 0% Migrants ».

Président de l’association « Le Menhir » il gère le bar du même nom situé au 33 Rue Brulatour à la limite entre Bordeaux et Bègles. Au printemps dernier, le collectif « Pavé Brûlant » avait déjà enquêté sur ce bar et mis en lumière les relations tumultueuses qui s’y nouent entre néonazis, identitaires, membres du FN33 et FNJ33 et autres militants de l’extrême droite bordelaise.

Parmi les personnes ayant répondu sur Facebook qu’elles sont « intéressées » par l’évènement, on trouve des membres des partis institutionnels, comme Matthieu Louves, référent départemental Gironde de « NouS les jeunes » et membre du parti Les Républicains.

Matthieu Louves se revendique sur Facebook comme le référent départemental Gironde de « NouS les jeunes » ; sur son compte Twitter, on le voit en compagnie de Brice Hortefeux, ancien ministre de l’intérieur sous Sarkozy.

Ou encore Marlène Mignon, candidate FN aux dernières élections législatives dans la 7ème circonscription de la Gironde. Au Front national de Gironde, on ne semble pas d’ailleurs avoir spécialement envie de cacher des liens avec La Manif Pour Tous : c’est ainsi que le 10 mai 2016, le FNJ33 publiait sur son profil Facebook une photo de ses militants, drapeaux de La Manif Pour Tous à la main.

Mais à leurs côtés dans la liste, on trouve également des individus moins présentables, comme un certain « Pinoc Coupdboots » dont l’enquête du collectif Pavé Brûlant du printemps dernier avait déjà permis d’établir non seulement son adhésion à l’idéologie nazie, mais également ses liens très étroits avec le Front national. Clément B., dit  « Pinoc », est le chanteur du groupe de rock « Kommando Kastor Krew » (dont les initiales, KKK, sont très probablement une référence au Ku-Klux-Klan) avec son ami Virgile, autre néonazi bien connu dans le petit milieu de l’extrême droite bordelaise.

Clément B. alias « Pinoc » et son groupe Commando Kastor Krew. À gauche, l’affiche du concert organisé par les Toulousains de l’Ucodel, un groupe regroupant principalement des skinheads nationalistes.

Sur une photo officielle du Front national de la jeunesse 33, on le voit en compagnie notamment de « Résille », autre militante d’extrême droite bordelaise, elle aussi affichée par le collectif Pavé Brûlant au printemps dernier pour avoir fièrement publié sur son compte Facebook des photos d’un briquet en honneur de la division Charlemagne des Waffen SS.

Thomas Begué, « Résille » et Clément B. avec les jeunes du FN 33. Les mêmes au Menhir, autour d’une petite mousse, avec un joli drapeau à croix celtique. [Photos : Collectif Pavé Brûlant]

On le voit, les événements organisés par la Manif pour Tous attirent des militants de tous les horizons. Et pour protéger tout ce petit monde, il faut un service d’ordre. D’habitude, il est assuré par l’Action Française, mais pas de chance, ce jeudi 19 octobre, ses militants avaient déjà une conférence de prévue sur le « nationalisme intégral ». Il fallait donc trouver d’autres gros bras ne rechignant pas à protéger Ludovine de La Rochère et l’assistance venue l’écouter…

Qui assurait la sécurité de la conférence ?

Quelques militantEs de la cause LGBT+ étaient venuEs ce jour-là la conférence avec l’idée de poser des questions gênantes. En arrivant, ils témoignent tous avoir vu un service d’ordre composé de gros bras qui n’avaient pas l’air commode. A peine arrivéEs, les militantEs sont dévisagéEs, et lorsque deux d’entre eux entrent dans la salle, un membre du service d’ordre dit à voix haute « ça va taper ce soir », peut-être le même qu’un militant avait entendu dire quelques heures plus tôt qu’il « foncerait dans le tas » si les « antifas venaient en masse ». Une fois assis dans l’amphithéâtre, les militants LGBT+ se retrouvent entourés de plusieurs membres du service d’ordre. L’un d’eux vient voir un militant et en l’appelant par son prénom lui dit qu’il a « intérêt à être venu pour voir la conférence ».

Quelques minutes plus tard, deux militantes simulent une demande en mariage, une vieille femme dans la salle réagit en disant « si ces demoiselles n’écoutent pas la conférence, comment voulez vous qu’elles changent ?». Des membres du service d’ordre se précipitent sur les deux militantes et les saisissent violemment par les cheveux avant de les tirer sur plus de vingt mètres jusque devant la salle. Une des militantes demande à récupérer son téléphone, un membre du service d’ordre le lance par terre et marche dessus. Malheureusement pour lui, une personne en dehors de la salle a filmé une partie de la scène :



À la suite de cela, les policiers postés au coin de la rue arrivent mais ne retiennent que la version du service d’ordre, qui leur dit que des personnes ont « foutu le bordel » dans la salle, sans tenir compte des témoins qui disent au contraire que c’est le service d’ordre qui a agressé les deux jeunes femmes. Quand un témoin leur fait remarquer qu’ils ont assisté à une agression et n’ont pas réagi, ils répondent « vous connaissez la procédure » (sic). Quelques minutes plus tard, nous discutons avec une personne qui a entendu les membres du service d’ordre parler entre eux. Ils se moquaient des militants LGBT+ et l’un d’eux se vantait de la fois où il avait agressé le gérant d’un bar gay friendly.

 

Philippe Gardère [Source : Facebook et Twitter]

Il s’agirait de Philippe Gardère, condamné en 2014 à deux ans de prison dont quatorze mois avec sursis pour avoir, en 2013, en plein débat sur le mariage pour tous, frappé et braqué avec une arme factice le gérant du bar gay friendly le « go west ». Les photos de son compte Facebook ne laissent que peu de doutes aux militantEs présentEs ce soir-là, qui affirment l’avoir reconnu parmi les membres du service d’ordre. On trouve sur son compte un « humour » bien particulier (un photomontage d’un camp de concentration où le slogan « Arbeit Macht Frei » a été remplacé par « Free Tatoo & Shower ») et un sexisme assumé : le 11 octobre, soit huit jours avant la conférence, il publie un dessin anti-suffragettes où il est écrit (en anglais) que la place d’une femme est à la maison…

On retrouve d’ailleurs Philippe Gardère sur une photo de couverture du profil Facebook de Thomas Bégué dont on vous parlait plus haut, photo sur laquelle on peut voir en bas à droite le logo du « Menhir », le bar où se réunit tout le petit monde de l’extrême droite bordelaise. On notera aussi le T-Shirt en honneur à la division SS Charlemagne que porte Philippe Gardère sur cette photo.

Philippe Gardère sur une photo de couverture de Thomas Bordeaux. Au centre, on reconnaît d’ailleurs Thomas, aux deux extrémités, ce sont Virgile et Clément, allias « Kas torgonole et Pinoc », les membres du groupe de rock néo-nazi «Kommando Kastor Krew».

Mais revenons à la conférence. Alors que le rétro-projecteur censé projeter le film ne fonctionne pas, une jeune femme dans la salle fait un malaise, sans que le public ne semble s’en inquiéter : seule une militante LGBT+ présente dans la salle dit qu’il faudrait peut être l’aider. Elle est aussitôt saisie violemment par le bras et sortie de la salle manu militari. Les derniers militants présents dans la salle sortent bien avant la fin de la conférence sous les regards haineux du service d’ordre…

En guise de conclusion

Quelques mois après les révélations du Pavé Brûlant sur les liens tumultueux entre le Front national et les groupes identitaires et néonazis, on voit que se côtoient visiblement sans problème des membres de La Manif Pour Tous, des associations familiales catholiques, de jeunes Républicains, des candidats du FN et des militants d’ultra-droite, violents pour certains. Pour ce qui est du prêt de l’Athénée Municipale par la mairie de Bordeaux, disons qu’on leur laisse le bénéfice du doute, mettant cette erreur sur le compte de leur ignorance. Mais ils ne pourront plus dire qu’ils ne savaient pas. Mais, si la Manif Pour Tous voulait organiser une nouvelle conférence, peut-être que leurs petits copains du Menhir les accueilleront, qui sait ?
 Coordination Jeunes Bordeaux

Laisser un commentaire »