Pour huit terroristes présumés, combien de militants d’extrême droite armés ?

23 octobre 2017 1 Imprimer ce billet Imprimer ce billet

Tandis qu’au FN ou ailleurs, on invente un « terrorisme » antifasciste, des nationalistes prépareraient des attentats bien réels. Le parcours de certains des interpellés de la semaine dernière rappelle à tous que la passion des armes et la paranoïa raciste qui animent bon nombre de militants d’extrême droite représentent un danger bien réel, en premier lieu pour leurs cibles principales, musulmanEs ou migrantEs, en second lieu pour celles et ceux qui s’opposent à eux.

Mardi 17 octobre au matin, un vaste coup de filet policier a été mené dans les Bouches-du-Rhône et en Seine Saint-Denis, avec à la clé l’interpellation de dix militants d’extrême droite soupçonnés  de préparer des attentats. Cette opération, spectaculaire, a visiblement été précipitée afin de couper l’herbe sous le pied à des journalistes qui s’apprêtaient à faire des révélations sur des projets d’attaques contre des mosquées, des migrants ou des personnalités politiques : en pleine psychose terroriste, les flics ne pouvaient pas se permettre de passer pour des nouilles, et ils ont préféré prendre les devants.

Qui sont les principaux interpellés ?

Âgés pour la plupart de 17 à 29 ans (trois des interpellés sont mineurs), ce ne sont pas pour la plupart des militants chevronnés. Pourtant, parmi les huit qui ont été mis en examen pour «association de malfaiteurs terroriste criminelle», au moins d’eux d’entre eux ne sont pas des inconnus.

Le journal Le Monde a consacré un long portrait (plutôt complaisant d’ailleurs) à Logan Alexandre Nisin, présenté comme le « cerveau » du groupe. Alors qu’il n’a que 21 ans, il a fréquenté dès l’âge de 16 ans les groupuscules d’extrême droite les plus radicaux, et surtout les militants les plus allumés : les Jeunesses nationalistes d’abord jusqu’à leur dissolution, puis le MPNA qui s’auto-dissout à son tour, pour finalement se retrouver à l’Action française, à Aix-en-Provence, mais cette fois c’est lui qui décide de partir (au milieu des étudiants du groupe, il fait tache, lui qui n’a pas fait d’études). Selon Le Monde, il était également le trésorier du  projet fumeux « France-Village » de Cédric Rivaldi (un proche de Daniel Conversano), qui fait la quête dans les milieux nationalistes afin d’acheter un petit village pour « sauver la race blanche ».

photo A : Logan Nisin et Marion Maréchal Le Pen. Photo B : Nisin et ses amis de l’Action française de Provence. Photo C : Nisin dans le service d’ordre d’un des Comités Jeanne de Jean-Marie Le Pen (et non du DPS, le SO du FN, comme indiqué en commentaire). [Source : compte Facebook de Nisin]

Ce que ne précise pas le quotidien, c’est que Nisin a ensuite repris contact avec ses anciens copains du MPNA, notamment son fondateur Olivier Bianciotto, qui entre temps a rejoint le Parti de la France (PdF).

Olivier Bianciotto est aussi un habitué du local marseillais de l’Action française, comme on le vit ici rue de Navarrin à Marseille le 14 octobre dernier.

Fondé en 2009 par Carl Lang, ancien numéro deux du FN, le PdF est le principal représentant des mouvements qui tentent d’incarner ce qu’était le Front des années 1980, c’est-à-dire une structure regroupant toutes les tendances de la mouvance nationaliste, sans refuser personne. De fait, le PdF est aujourd’hui le refuge de tous ceux qui craignent de subir les foudres de la « respectabilité » à laquelle le FN de Marine Le Pen aspire ces dernières années. Le parti se distingue également par la virulence de son discours islamophobe, empruntant dans les premier temps les visuels de l’UDC suisse ou du mouvement pro-Köln allemand, avant de tenter de doubler le FN sur sa droite sur la thématique de « l’immigration-invasion ».

Un discours tout en nuance…

Au PdF, Nisin fait la connaissance de Thomas Annequin, membre du PdF 04, dans les Alpes-de-Haute-Provence : ce dernier sera lui aussi arrêté le mardi 17 octobre 2017, à son domicile à Forcalquier, où la police découvre un véritable arsenal (quatre armes d’épaules et diverses armes de poing).

Annonce sur le site de Thomas Joly de la nomination de Thomas Annequin comme « chargé de mission » du PdF. La page a depuis été supprimée du site…

On les retrouve ainsi tous les deux à une commémoration de l’Adimad au cimetière de Marignane pour l’Algérie française au sein de la délégation du PdF le premier novembre 2016 (cf. ci-dessous). C’est d’ailleurs peut-être leur nostalgie de l’Algérie française qui leur a donné l’idée de reprendre le nom de l’Organisation Armée Secrète (OAS) qui, dans les années 1960, chercha par des actions terroristes à maintenir la présence coloniale de la France en Algérie.

Nos « apprentis-terroristes » et le Parti de la France : A. Logan Nisin et Thomas Annequin derrière une banderole du PdF à Marignane en novembre 2016. B. Thomas Annequin et Olivier Bianciotto tractant pour le PdF. À leur côté, Elisabeth Lalesart, passée par Riposte Laïque, le Front national et auhjourd’hui au PdF. C. Thomas Annequin et Thomas Joly, secrétaire général du PdF. D. Thomas Annequin fait la sécu de Carl Lang, président du PdF. [Source : blog de Thomas Joly]

Quant à la passion des armes, que Nisin partage avec Annequin, elle fait elle aussi partie du bagage de base nationaliste, et rien d’étonnant non plus d’apprendre qu’il était en possession d’un fusil à pompe et de deux revolvers de collection qu’il tentait de remilitariser.

À l’extrême droite, on fait l’autruche

En tout cas, très vite, à l’Action française, on a demandé aux militants de supprimer tous les liens qui auraient pu être établis avec Nisin  sur les réseaux sociaux. Le mouvement royaliste s’est également fendu de deux communiqués : dans le premier, François Bel Ker, secrétaire général de l’AF, affirme que sa formation « ne connaît ni les identités ni les agissements des individus interpellés mardi 17 octobre. Elle rappelle simplement que toute son histoire prouve son refus de l’action terroriste.« 

Et pourtant, sans remonter aux Camelots du Roi, la ligue factieuse des années 1930, c’est là faire preuve de bien peu de mémoire de sa part. Car son prédécesseur, Olivier Perceval[1] n’est-il pas celui qui a accueilli et hébergé chez lui durant les trois dernières années de sa vie René Resciniti de Says, plus connu sous le nom de « René l’Élégant », l’homme qui se targue d’avoir assassiné Pierre Goldman et Henri Curiel ? Et qui plus est sur les ordres de Pierre Debizet, barbouze en chef du SAC (Service d’Action Civique), la fumeuse officine gaulliste dissoute en 1982 après le massacre de la tuerie d’Auriol ?

C’est en tout cas ce que raconte Perceval et son épouse Blandine dans le livre de Christian Rol sur René l’élégant, Le roman vrai d’un fasciste français. Par ailleurs, Olivier Perceval a publié une belle photo de lui avec son pote René sur son compte Facebook.

Olivier Perceval et René l’Élegant.

Alors s’il y a « refus de l’action terroriste » comme le dit l’AF dans son communiqué, cela n’englobe pas à première vue pour ses dirigeants ce que l’on appelle communément le « terrorisme d’État ». Car la vérité, c’est que le plus souvent, quand des militants d’extrême droite prennent les armes, c’est toujours pour servir le système que soit-disant ils combattent[2] !

Mais c’est bien sûr au Parti de la France, vu le profil des interpellés, qu’on serre les fesses au maximum : la direction du mouvement a commencé à faire le ménage sur Internet en effaçant tout article ou photo de Thomas Annequin, et un article a été fort opportunément publié sur le site de Thomas Joly sur « terrorisme et manipulation d’État » :

On sent que ça commence à puer la trouille du côté du Parti de la France…

Pourtant, certains sont plus courageux (ou inconscients ?). Ainsi, alors que circule dans les milieux nationalistes une rumeur visiblement erronée l’accusant d’avoir « balancé » Logan Nisin, Olivier Bianciotto a ouvert une cagnotte Leetchi de soutien (et ici relayée par par Rivaldi sur FB) après l’arrestation de son copain.

La cagnotte organisée par Bianciotto, et relayée par Rivaldi.

Un responsable du PdF sur Marseille, Jean-Cédrick Beltra, n’hésite pas lui non plus à soutenir les « héros » Nisin et Annequin, tandis qu’un autre militant assume « un soutien total à ces patriotes« .

Pour ce qui est du reste de l’extrême droite, on reste discret sur l’affaire, à l’exception de Riposte laïque qui, comme à son habitude et contre toute vraisemblance, crie elle aussi à la manipulation d’État. L’impayable Christine Tasin nous explique ainsi doctement que, « comme hasard », ces arrestations interviennent peu de temps après le double meurtre à Marseille et  juste avant le procès des Identitaires pour l’occupation du chantier de la mosquée de Poitiers. Plus grave, elle joue l’amnésie en affirmant qu’aucun mort ne peut être attribué à l’extrême droite « depuis des lustres » : et Clément Méric ? Et les noyés de la Deûle ? Faut manger du poisson, Christine !

De même, le Front national, si prompt à hurler aux « antifas terroristes » sitôt qu’un de leur député, Ludovic Pajot, se retrouve dans une bagarre de bar,  et à demander la dissolution des « milices antifas » dès qu’une poubelle prend feu lors d’une manif, est soudain bien mutique…

En revanche, quand de véritables projets terroristes sont révélés dans le camp nationaliste, on n’entend plus personne…

Signalons au passage que durant leur garde à vue, les interpellés avaient ciblé des militants antifascistes : or, il y a quelques semaines, sur Marseille, un camarade antifasciste a été violemment agressé à son domicile par des inconnus dans une opération soigneusement préparée, et s’il en est fallu de peu que l’attaque soit mortelle.

La tentation des armes

Alors bien sûr, on peut toujours crier aux « louveteaux solitaires ». Pourtant, la fascination de nombreux militants d’extrême droite pour les armes de guerre, renforcée par leur croyance paranoïaque en une guerre raciale, les rend potentiellement dangereux. Dans leur esprit, comme c’est d’ailleurs le cas pour les combattants djihadistes, ils sont persuadés que cet inévitable passage à la violence armée est juste et légitime, et qu’une élite doit montrer la voie. Et, contrairement à ce que les groupes d’extrême droite prétendent, des précédents récents existent.

Nomade 88 et le Front de Défense de la France : tout de suite, on se sent plus en sécurité…

On peut par exemple citer le Front de Défense de la France, une « milice » créée en 2013 par une poignée de quadragénaires pour se « préparer à la guerre ethnique », avec folklore nazi et  hiérarchie de type militaire. Un peu plus loin dans le temps, on pense également à Nomad 88, fondé en 2007, un groupe d’une vingtaine de skinheads néonazis décidés à « créer une armée » pour « écraser la vermine », chez qui lors de perquisitions, les flics ont découvert 17 fusils, près de 10 000 cartouches et des grenades.  Nomad 88 avait planifié d’attaquer des kebabs ou des mosquées  : à celles et ceux qui trouve ce genre de groupes risibles, on rappellera qu’à la même période, en Allemagne, une cellule clandestine néonazie, la NSU, assassinait neuf personnes, turques pour la plupart, dont deux restaurateurs travaillant dans des kebabs…

Claude Hermant, les armes à la main.

Enfin, difficile de ne pas non plus évoquer Claude Hermant, tout à la fois militant nationaliste, trafiquant d’armes et indic de police, dont on peut supposer qu’il n’a pas vendu des armes qu’à Amedy Coulibaly, mais également à des petits camarades d’extrême droite. Idem pour Thierry Maillard, l’ancien responsable du Front National à Reims, arrêté en 2015 pour trafic d’armes (il sera condamné l’année suivante à deux ans de prison ferme), et que l’on a revu le mois  dernier à Paris en grande conversation avec son pote Serge Ayoub lors de la 11e Journée de Synthèse nationale.

On peut toujours essayer de se rassurer, comme notre cher ministre de l’Intérieur Gérard Colomb, en se disant qu’il ne s’agit que de quelques déséquilibrés isolés et « pas sérieux » : mais cet amour des armes et de la chose militaire n’est pourtant pas l’apanage de quelques naziskins ou d’une poignée d’abrutis, et on la retrouve chez des militants au profil plus « lisse ». Ainsi, Loïc Perdriel, principal (et unique ?) animateur de Pegida France, une tentative lancée en 2016 par Renaud Camus d’implanter ici le mouvement allemand bien connu, exhibait jusqu’à très récemment ses armes sur les réseaux sociaux en claironnant qu’il n’hésiterait pas s’en servir « pour se défendre ». C’est aussi un bon copain des islamophobes de Riposte laïque, Pierre Cassen et Christine Tasin, et on le retrouve, lui aussi, aux côtés du Parti de la France dans ses errances électorales.

A. Loïc Perdriel et ses copains exhibent fièrement leurs armes sur les réseaux sociaux. B. Loïc Perdriel avec ses amis de Riposte laïque, Christine Tasin et Pierre Cassen. B. Remplaçant de Thomas Joly du PdF aux élections législatives de juin 2017.

Malheureusement pour lui et heureusement pour tous, en septembre dernier il pleurnichait car des gendarmes étaient venus chez lui pour lui confisquer ses armes, alors qu’il les avait pourtant, tout comme Logan Nisin, obtenues en toute légalité et déclarées en préfecture.

il y a plusieurs mois, Julien Rochedy, ancien directeur du Front National de la Jeunesse (FNJ) de 2012 à 2014, proche de Frédéric Chatillon et de l’Action française, régulièrement invité dans diverses sauteries nationalistes et promoteur de « l’union des droites », était allé passer un petit séjour en Pologne chez son copain Grégory Leroy tirer quelques cartouches.

C’est Juju qui remporte une fois de plus haut la main la palme du plus gros mytho.  (source : site du Hussard et compte Twitter de Rochedy.)

Leroy, un petit malin qui a fait fortune dans l’immobilier grâce à l’argent familial, a lancé  le Hussard, un business qui propose des stages un peu particuliers, censés permettre de se prémunir contre le terrorisme : « Tir au fusil d’assaut, tir dynamique aux armes de poing, entretien d’un AK, combat tactique, corps à corps », le tout pour « redonner aux Français le goût du combat armé ». Encore faudra-t-il qu’il explique en quoi le fait de posséder des armes de guerre et de s’entraîner au tir peut réduire le nombre d’attentats… C’est sûr qu’en même temps, à 349 euros le stage de trois jours (voyage non compris) il y a peu de chance que des individus du type de Logan Nisin ait pu s’y entraîner pour préparer leurs projets meurtriers. Mais en tout état de cause, Leroy n’hésite pas à inviter des militants d’extrême droite, comme le survivaliste Piero Falotti, alias Piero San Giorgio, qui y a animé une conférence en mai dernier.

Pour mémoire, San Giorgio, qui a publié sur Internet de nombreuses vidéos intitulées « choisis ton gun », faisait partie de la section helvétique d’Égalité & Réconciliation, dont le président Benham Najjari avait défrayé la chronique fin 2015 après que la police a trouvé chez lui des fusils AK47, des M16, des pistolets Glock, une mitrailleuse MG42, un fusil à pompe, une trentaine de fusils…  Pour se défendre, prétendit-il. Et il est vrai que là encore, ces armes avaient été acquises en toute légalité.

Quoiqu’il en soit, et que les interpellés du 17 octobre soient ou non mis hors de cause, une question demeure : quand des individus ont la xénophobie chevillée au corps et les armes à la main, qu’est-ce qui nous dit qu’ils ne passeront pas à l’acte un jour ou l’autre ?

La Horde

  1. Olivier Perceval, de son vrai nom Olivier Dejouy, a été le secrétaire général de l’Action française (le Centre Royaliste d’Action Française plus exactement) de 2008 à 2014 (bien qu’en 2015 il intervient encore en tant que tel, comme par exemple à la manif contre l’immigration organisé par le SIEL à Paris), demeure aujourd’hui membre du comité directeur de l’Action Française. []
  2. Pour l’anecdote, les obsèques de René l’élégant à St-Nicolas du Chardonnet ont été en grande partie financée par les anciens du « vieux », le Colonel Bob Denard, un autre grand serviteur des officines et des services français. En effet René avait fait parti effectivement d’une opération avec le vieux, pas de chance il a choisi la plus piteuse, le Benin en 1977, celle qui se solda par un des plus gros échecs dans l’histoire de Denard, puisqu’à peine quelques heures après leur arrivée, les mercenaires français redécollent de l’aéroport en laissant derrière eux des cantines contenant tout les détails de cette opération, notamment les noms de ceux qui y participent, dont celui de René Risciniti de Says. []

Un commentaire »

  1. tuco 23 octobre 2017 at 09:15 - Reply

    parmi les soutiens aux inculpes une vieille connaissance
    Rolland Dicchi alias ROLDIC
    passe par le FN puis le MNR le Bloc Identitaire Marseille ou BIM
    la ligue du sud
    ces derniers temps c’est l’AF qui avait ses faveurs
    decidement !

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