Réactions de l’extrême droite après le départ de Philippot

10 octobre 2017 1 Imprimer ce billet Imprimer ce billet

Un peu plus de deux semaines après son annonce, voici quelques réactions et conséquences du départ du FN de Philippot, en attendant une véritable recomposition du Front national et donc du camp nationaliste, qui permettra de mieux cerner ce à quoi nous serons confrontés dans les années à venir.

Après l’annonce fracassante de sa démission du Front National (FN), Florian Philippot a donc, sans surprise, annoncé la mutation de son association les Patriotes en formation politique. Conscient de la difficulté, dans le camp nationaliste, d’exister à la marge du FN, il fait preuve d’ouverture (« on n’est pas sectaire », a-t-il déclaré) en acceptant par exemple la double appartenance partisane (alors que l’article 6 des statuts du FN l’interdit) tout en continuant à espérer rassembler nationalistes de droite et de gauche.

Parmi celles et ceux qui, finalement assez peu nombreux, lui ont apporté leur soutien, on note, outre ses fidèles comme Sophie Montel, Kelly « Popy » Betesh dont nous avons déjà parlé, et une « historique » du FN, Mireille d’Ornano.  Mais, à l’instar du FN, Les Patriotes est aussi une affaire de famille : le père de Philippot, Daniel, a quitté le FN pour rejoindre le fiston, entraînant avec lui quatre autres conseillers régionaux des Hauts-de-France, Éric Richermoz, Virginie Rosez, Véronique Descamps et Astrid Leplat. En revanche, Damien Philippot, le frangin, est pour le moment toujours l’assistant parlementaire de Marine Le Pen : il avait confié à BFM-TV que le départ de son frère, était « une situation compliquée » pour lui, et sur son compte Twitter, il tente de ménager la chèvre et le chou en se décrivant comme « Patriote au service de Marine » ! Il est cependant peu probable qu’il puisse ainsi indéfiniment jouer les équilibristes.

Mireille d’Ornano, Kelly Betesh, Daniel et Damien Philippot.

Philippot cherche aussi de nouveaux amis, et se tourne logiquement vers Nicolas Dupont-Aignan. Mais Marine Le Pen ne compte pas se laisser priver de ce nouvel allié, et a elle aussi rencontré le patron de Debout la France pour tenter de pérenniser l’accord de l’entre-deux-tours. Enfin, histoire de compliquer encore un peu les choses, Debout le France a connu une scission suite au soutien de Dupont-Aignan à Marine Le Pen : l’Union Nationale Citoyenne (UNC), lancée par trois des quatre anciens vice-présidents de Debout la France, dont Dominique Jamet, a ainsi organisé sa première réunion publique le 23 septembre dernier, afin de réunir « les républicains des deux rives »…

Nicolas Dupont-Aignan et Dominique Jamet.

Du côté de l’extrême droite historique, ce départ, qui commence à ressembler à une scission au vu des démissions en chaîne, comme par exemple dans le Nord, ravive de vieux souvenirs… « La scission de 1998, une vraie celle-là, avait eu une autre allure ! » Voilà Comment Minute commente le départ de Philippot. Un des premiers à réagir à la démission de Florian Philippot a d’ailleurs été Bruno Mégret, ancien bras droit de Jean-Marie Le Pen dans les années 1990, interrogé sur le site Boulevard Voltaire le 24 septembre. Rappelant que, lors de son départ, il avait entraîné avec lui 60% des cadres du FN, il explique son échec personnel non en raison de son charisme d’endive moite ou de ses alliances hasardeuses avec l’extrême droite la plus radicale, mais, ce qui est bien pratique, « par le fait que le Système ait délibérément choisi de soutenir Le Pen » !

Les anciens numéros 2 du FN : Bruno Mégret, Carl Lang, Bruno Gollnisch et Florian Philippot.

Quoiqu’il en soit, le départ fait les affaires de celles et ceux qui tirent à boulets rouges sur Marine Le Pen depuis son élection à la tête du parti. Ainsi, Rivarol, dans son édition du 27 septembre, rappelle que « rien ne distingue sur le fond la présidente du Front national de son ex-vice-président (…). Les deux sont des militants de l’avortement totalement libre, des droits des homosexuels, tous deux détestent le catholicisme et l’héritage chrétien de la France, (…) tous deux sont jacobins, étatistes et dirigistes, tous deux considèrent que le concept de Grand Remplacement est un phantasme complotiste, tous deux détestent Pétain et Maurras, Faurisson et Drumont

Dans Rivarol, le départ de Philippot vu par Chard (par ailleurs directrice de publication de Présent).

L’hebdomadaire estime que Philippot est un bouc-émissaire, et enfonce le clou : « Marine Le Pen a une façon tout à fait abjecte d’utiliser les gens, de se servir d’eux, de leurs compétences, de leur travail, de leur valeur ajoutée pour mieux les liquider, les jeter dans les ténèbres extérieures quand elle n’en a plus besoin. » Comme avec papa… Le fait est qu’une « grande consultation » avait été annoncé au milieu de l’été et devait être lancée en septembre sous la forme d’un questionnaire envoyé aux adhérents, concernant « le projet, la stratégie et l’organisation » du FN, et qu’on l’attend toujours.

D’autres se frottent également les mains : les catholiques traditionalistes et les identitaires. les premiers parce que Marine Le Pen et Philippot les avait poussés vers la sortie et qu’une bonne partie d’entre eux espèrent désormais pouvoir retrouver la place qu’ils occupaient au sein du FN dans les années 1990. Les seconds parce qu’ils pourront continuer tranquillement à se recycler au sein du parti frontiste (sans être l’objet d’un « flicage » de la direction), d’autant plus que leur mouvement propre est au point mort.

Concernant les intégristes catholiques, c’est David Rachline, maire de Fréjus et désormais responsable de la communication à la place de Philippot, qui a envoyé le premier signal fort en leur direction en réservant la primeur de sa réaction au quotidien catho tradi Présent (cf. image ci-dessus) : Rachline en profite pour passer un petite coup de brosse à reluire à ce journal qui serait « le seul » à parler de l’immigration clandestine ! Mais les purs et durs ne se laisseront pas facilement abuser.

Ainsi, Alain Escada, le président illuminé de Civitas (aux côtés duquel certains élus FN n’hésitent pas à s’afficher), a prévenu dans une « Lettre ouverte à nos amis encore au Front National » du 21 septembre que, avec ou sans Philippot, « Le lobby LGBT s’est emparé de nombreux leviers de commande au sein du FN et se renforce par cooptation. La franc-maçonnerie y est également ouvertement représentée et pas seulement par un Gilbert Collard qui, sans être corrigé par la présidente du parti, avait déclaré devant des représentants d’organisations juives que lorsque Marine Le Pen disait “La France aux Français”, elle pensait “La France aux Juifs” (…). » No comment !

Concernant la mouvance identitaire, ses militants sont toujours aussi à l’aise au sein du parti de Marine Le Pen. La présence de Philippe Vardon au « bureau politique élargi » chargé de redéfinir la ligne politique frontiste est tout aussi significative, même si elle révèle surtout l’ambition du personnage. On le retrouve également au Parlement européen avec son frère Benoit comme « prestataires de services » de Nicolas Bay (qui remplace Marine Le Pen à la tête du Groupe Europe des Nations et des Libertés). Un autre identitaire, et pas des moindres, Guillaume Pradoura, est d’ailleurs son assistant parlementaire depuis plusieurs mois.

Benoit et Philippe Vardon

Autre exemple de l’influence de ce courant sur le plan idéologique, le remplacement à la tête du groupe FN au conseil régional du Grand Est de Florian Philippot par Virginie Joron, auteure d’une tribune très « identitaire » sur le site Boulevard Voltaire dans laquelle  elle fustige « la destruction de notre identité, la prolifération sur notre terre de mouvements qui ont toujours été hostiles à notre civilisation », et appelle à protéger l’Europe « contre l’ensauvagement généralisé de notre société, dont la submersion migratoire est l’une des causes principales. » Un vrai retour aux sources…

La Horde

Un commentaire »

  1. Rqd 16 octobre 2017 at 16:46 - Reply

    Article intéressant, cependant sur certains points une parenthèse devrait être posée, quitte a ne pas véhiculer la pensée dominante, il faudrait préciser que le nationalisme est de droite, que le patriotisme est de gauche sinon jaurésien. Pour ensuite enchainer sur la déconstruction de l’utilisation du mot patriote par l’extrême droite.

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