Savoie : Civitas fait le lien entre Fraternité Saint-Pie-X et néonazis

31 août 2017 0 Imprimer ce billet Imprimer ce billet

En collaboration avec des antifascistes savoyards et grâce au travail du collectif libertaire Savoie Sans Frontière, nous vous proposons un panorama du milieu national-catholique en Savoie, au sein duquel Civitas, mouvement politico-religieux que nous avons déjà présenté ici, joue les intermédiaires entre une Fraternité Saint-Pie-X pourtant en quête de respectabilité, et des groupuscules néonazis en mal de publicité…

On avait constaté il y a quelques mois que le mouvement national-catholique Civitas était quelque peu en froid avec la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie-X (FSSPX), ou au moins avec certaines de ses autorités, dans le contexte d’efforts de rapprochements avec l’Église de Rome[1]. Mais, en Savoie, aucune trace d’une éventuelle prise de distance de la part de la FSSPX par rapport à Civitas, bien au contraire. En effet, les activités liées à l’extrême droite radicale développées autour des chapelles de la fraternité connaissent là un dynamisme renouvelé autour de Civitas, et notamment sa section « Pays de Savoie » récemment créée, elle-même en étroite relation avec Edelweiss, un groupuscule néonazi déjà bien implanté dans la région de Chambéry.

Proximité du prieuré avec l’extrême droite radicale

La FSSPX est présente en Savoie, en Isère et en Haute-Savoie à travers différentes chapelles, notamment à Meylan, à Saint-Baldoph et à Annecy, qui structurent leurs activités autour du prieuré Saint-Pierre-Julien-Eymard de Meylan.

Des conférences de Marion Sigaud (Égalité & Réconciliation) ou Claire Colombi (Civitas)…

Les abbés interviennent chacun plus spécifiquement dans l’une des chapelles, mais animent aussi des activités communes (fêtes, retraites, week-end sportifs et communions), notamment dans les écoles rattachées au prieuré. Un permis de construire a été déposé à la mairie de Meylan au début de l’été en vue de bâtir une nouvelle église.

Les relations avec l’extrême droite entretenues par le prieuré ne datent pas d’hier, puisque le précédent prieur, l’abbé Beaublat, recommandait déjà des auteurs antisémites, comme Hervé Ryssen[2].

Une conférence a eu lieu en février 2015 dans le vestibule de l’église de Saint-Baldoph, donnée par l’auteur d’un ouvrage consacré à la mobilisation qu’il a menée contre l’œuvre « Piss Christ »,  dégradée par des intégristes après avoir suscité la mobilisation de Civitas. La conférence était organisée avec le concours du Parti Nationaliste Français (PNF) pour la gestion des inscriptions, comme en attestent les flyers toujours en ligne sur les sites qui les ont diffusés.

La chapelle de Saint-Baldoph, particulièrement reconnaissable à sa porte [Photo NPA]

En 2016 et 2017, des abbés du prieuré de Meylan ont présidé les cérémonies en hommage aux partisans de l’Algérie française, et plus précisément à Jean Bastien-Thiry, condamné à mort pour son attentat contre De Gaulle. Sur les vidéos de 2017 diffusées par l’Adimad (association à la gloire de l’OAS), qui organise les hommages, on reconnaît aux uniformes les enfants de l’école de Meylan associée au prieuré. On n’ose pas trop imaginer les enseignements d’histoire dans cette école, surtout si l’on se réfère aux rapports d’inspecteurs dans les écoles de la FSSPX.

Rapprochement du prieuré avec Civitas

Différentes conférences ont eu lieu au prieuré à Meylan, avec pour certaines la particularité de s’inscrire dans le cadre de week-ends « Adrénaline » qui associent sport, loisir, prière et réflexion autour de thématiques qui permettent d’actualiser au goût du jour l’idéologie réactionnaire de l’extrême droite radicale.

Parmi des disciplines variées, certains choix ne semblent rien laisser au hasard !

Certaines de ces conférences sont relayées sur le site « Égalité et Réconciliation », le mouvement d’Alain Soral, déjà condamné pour actes antisémites, ce qui est logique puisqu’on trouve parmi les intervenants « l’historienne » autoproclamée Marion Sigaut, proche d’E&R et de Civitas (intervenue également lors de la Fête du Pays Réel, aux côtés de Jean-Marie Le Pen et d’Alain Escada), ou encore Claire Colombi, elle aussi à Civitas.

Marion Sigaud et Claire Colombi.

Sur la feuille hebdomadaire du 11 juin 2017, commune aux différentes chapelles du prieuré, juste au-dessus de l’annonce de la procession de fête-Dieu à Saint Baldoph, était indiquée la conférence de Pierre Hillard, essayiste exploitant la veine complotiste antisémite, conseiller d’Alain Escada pour Civitas. Le courriel proposé pour s’inscrire était celui qui sert pour l’inscription aux manifestations organisées à Grenoble par « Égalité et Réconciliation », dont le site relayait aussi la réunion.

Alexandre Gabriac, candidat Civitas aux dernières législatives et figure de l’extrême droite radicale a animé la réunion de lancement de la section régionale « Civitas Pays de Savoie » en février 2017. Outre la présentation d’un programme édifiant, les photos du compte-rendu diffusé sur Médias Presse Info ne laissent pas de doute sur la présence de fidèles de la chapelle de Saint-Baldoph lors de cette réunion.

En haut, réunion de Civitas, avec, de gauche à droite, un ancien des Jeunesses nationalistes qui a suivi Gabriac chez Civitas, Thibault Barge, Alexandre Gabriac et Jeremy Reinier (sur la photo du bas, sur la gauche, on reconnait ces deux derniers le 24 juillet 2011 devant la tombe du Maréchal Pétain à l’ile d’Yeu).

À noter que, comme pour les conférences organisées par le PNF ou Egalité et Réconciliation, le lieu de la réunion était tenu secret : soit qu’ils aient quelques scrupules à utiliser illégalement un lieu de culte à des fins politiques, soit que le prêt de locaux pour des initiatives de ce type ne donne lieu à  des actes de protestation. Avec sa croix murale, il paraissait peu probable que la salle de la réunion de Gabriac en février ait été octroyée sans l’intervention d’un religieux des chapelles FSSPX de la région, d’autant plus qu’Alain Escada, le président de Civitas, était déjà intervenu dans leurs locaux à Annecy et Meylan en 2013. Nous avons encore moins de doute à ce sujet maintenant qu’une action concertée a été organisée il y a deux mois..

En effet, au début du mois de juillet de cette année, une prière de « réparation » d’actes de vandalisme commis contre du patrimoine religieux a été organisée par Civitas en Savoie. Dans les photos ci-dessous, on reconnaît Thibault Barge, candidat Civitas en Isère, mais on voit aussi que c’est l’abbé de la chapelle Fsspx de Saint Baldoph, qui dirige les prières du groupe réuni lors de cette manifestation.

Entouré en jaune, Thibault Barge.

Et pour ce qui concerne la relation des propositions de Civitas à la tradition catholique, il est à noter que la paroisse catholique (non FSSPX) des communes qui ont subi les destructions s’est immédiatement désolidarisée de cette action.

À gauche, l’appel de Civitas. À droite, le désaveu de la paroisse qui a subi les dégradations.

La lecture du bulletin en ligne rédigé par les abbés de ces chapelles, Le Bachais, apporte lui aussi des éléments édifiants. Un article signé par le même abbé de la chapelle de Saint-Baldoph, paru dans le bulletin du prieuré de mars-avril 2017, a plus particulièrement retenu notre attention, en ce qu’il témoigne du type de spiritualité qui sert de propédeutique au fascisme. Vu la date de parution, l’article a justement été diffusé très peu de temps après la réunion de lancement de Civitas en Savoie avec Gabriac.

Extraits du Bachais, mars 2017.

Outre une explication de la signification du drapeau bleu-blanc-rouge au sacré-coeur, très souvent arboré comme insigne par Civitas, cet article relaie directement un point très caractéristique de son programme, à savoir la volonté toute pétainiste d’interdire la franc-maçonnerie. En rapportant sans mise à distance les propos de Claire Ferchaud, illuminée du début du siècle nostalgique de la monarchie dont les révélations ont été désavouées par le Vatican dès 1920, l’abbé de Saint Baldoph fait dire à Dieu en personne (!) que les francs-maçons sont responsables des prétendus déboires de la France. Quand les lieux communs du fascisme sont faits parole divine, avant d’être présentés comme une idéologie politique, on comprend que les fidèles n’aient plus rien à redire à l’idée de commencer par une prière une réunion politique animée par un leader ayant revendiqué ouvertement comme positif l’héritage nazi.

De Civitas à Edelweiss, groupuscule néonazi savoyard

Maintenant que Civitas est bien implanté dans certaines chapelles FSSPX de la région, dont les fidèles peuvent grossir les rangs de ses militants (et faire nombre sur les photos), le mouvement élargit encore ses soutiens en se rapprochant d’un groupuscule de jeunesse nationaliste régional, Edelweiss.

La devise d’Edelweiss, « social, national, radical », fait littéralement référence au national-socialisme. Edelweiss le met en pratique en organisant des chantiers qui se prétendent « sociaux » mais conditionnent l’altruisme à la condition de nationalité concordante. Edelweiss organise annuellement une fête ayant vocation à rassembler les militants des groupuscules similaires des alentours autour d’un « bûcher » qui remplace le traditionnel feu de la Saint Jean. Autour du dit « bûcher » se déroule une cérémonie nocturne aux flambeaux et drapeaux, reprenant les codes du folklore fasciste et nazi.

Solstice d’été 2014 d’Edelweiss. Les connaisseurs apprécieront la graphie des S qui reprend le symbole de la Schutzstaffel nazie…

Edelweiss s’est elle-même construit en 2013 sur une base de militants nationalistes déjà présents en Savoie, notamment dans le groupuscule Savoie Nationaliste, dont Edelweiss a aussi relayé des événements. Savoie Nationaliste proposait des réunions dont nous pouvons imaginer le contenu à l’aune des affiches réalisées pour leur communication.

Avec Savoie nationaliste, nazisme et antisémitisme sont décomplexés !

Le rapprochement de Civitas avec Edelweiss est d’autant moins étonnant que Gabriac participait aux activités de Savoie Nationaliste, comme le montre une vidéo de présentation, dans laquelle on le reconnaît, lui-même mais aussi un drapeau au sacré-coeur (ainsi que le porteur du drapeau, appelé à des engagements électoraux ultérieurs). On a retrouvé également Gabriac et Edelweiss côte à côte dans la rue, dans un contre-rassemblement anti-migrants à Annecy en octobre 2016, auquel participait également le Front National 74.

Annecy, octobre 2016.

L’amitié entre les néonazis savoyards et les nationaux-catholiques de Civitas a trouvé à se raviver lors d’une conférence donnée à Chambéry en juillet par un auteur qui, si l’on s’en fie à son pseudonyme, Hristo Xiep, publie dans la maison d’édition Chiré  et pour le site Media Presse Info. Aux côtés d’articles vaseux comme celui tentant de justifier scientifiquement ses convictions racistes, le personnage relaie sur Médias Presse Info toutes les actualités de Civitas Pays de Savoie, aussi bien que les actualités de l’école du prieuré à Meylan. Pour continuer de cristalliser les affinités entre catholiques de Civitas et militants néonazis, une journée de cohésion est même organisée le 27 août 2017.

Des intérêts mutuels bien compris

Tentant de préserver son image de conservatoire de la tradition catholique, la FSSPX laisse à Civitas, du moins en Savoie, le soin de faire vivre les engagements politiques auxquels conduit directement la spiritualité déjà fascisante que promeuvent certains de ses abbés. Civitas bénéficie du vivier humain de la FSSPX, se charge de la communication et du programme politiques, et se doit de ce fait de respecter un certain cadre légal. Ainsi, Civitas délègue à des groupuscules locaux l’entretien du folklore et des références les plus compromettantes au fascisme, mais ne renie rien de son idéologie et de son programme.

Edelweiss, les petites mains de Civitas…

Les groupuscules, eux, profitent de la visibilité du mouvement d’Escada, qui peut lui compter sur de jeunes militants susceptibles de faire le « coup de poing » si nécessaire. De plus, si l’étroite collaboration de ces organisations (aux moyens et à la notoriété somme toute limités) est idéale pour mutualiser leurs moyens, la diversité de leurs tactiques et de leurs images laisse à chacune d’elles la possibilité de prendre ses distances et de se défausser sur les autres de sa responsabilité.

Bénediction de la chapelle de Saint-Adolf, heu non, Saint-Baldoph.

L’abbé de Saint-Baldoph et ses collègues du prieuré sont entièrement compromis par l’accueil qu’ils ont réservé à Civitas – ce qui, au vu du passif du prieuré, n’a rien d’étonnant. Une organisation qui se prétend exclusivement à vocation spirituelle mais qui tolère en son sein ces dérives fonctionne comme un cheval de Troie qui cherche à réhabiliter le fascisme, et la responsabilité de la FSSPX dont hiérarchie et fidèles tolèrent ces confusions des genres est écrasante. Une tache de plus sur le blason de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X,  qui s’est par ailleurs récemment illustrée dans le traitement irresponsable qu’elle a fait d’un viol aggravé sur fond de spiritualité obscurantiste susceptible de justifier les pires dérives de mise en danger d’autrui.

La Horde

  1. Bernadette Sauvaget décrit dans un article de Libération de mai 2016 une radicalisation de Civitas associée à un essoufflement du mouvement et à une prise de distance de la FSSPX à son égard : « Toujours en négociations avec Rome pour réintégrer le giron de l’Eglise catholique, la direction, en Suisse, de la FSSPX, a récemment fait le ménage à la tête de sa branche française, très marquée par ses liens avec l’extrême-droite. L’emblématique (mais encombrant) curé de Saint-Nicolas du Chardonnet, Xavier Beauvais, a ainsi été muté à Marseille. L’abbé Régis de Cacqueray, le supérieur des prêtres lefebvristes en France, est, lui, rentré dans un couvent intégriste de capucins. L’un et l’autre étaient opposés à un accord avec Rome. » Et nous notons que cet ordre de Capucins en question, qui représente quelques dizaines de moines, est celui qui soutient aujourd’hui Civitas, et à partir duquel elle revendique une « caution catholique », particulièrement dérisoire numériquement. []
  2. Ancien militant du FN, responsable Unité Radicale d’Ile-de-France au début des années 2000 et en même temps militant MNR de Paris – Ile-de-France, collaborateur de la revue Réfléchir & Agir, Hervé Lalin dit « Ryssen » est surtout connu pour avoir eu sa petite heure de gloire judiciaire en étant l’organisateur, à la suite de l’Alliance souverainiste, de l’action d’entartage du curé de la basilique St-Denis le 15 septembre 2002. Cette action lui a valu 4 mois de prison avec sursis et une enquête un peu fouillée puisqu’il était détenteur sur son ordinateur d’une liste de 11 personnalités avec divers renseignements obtenus lorsqu’il travaillait comme agent de sécurité chez Gallimard et qu’il possédait également des renseignements collectés sur Internet sur la façon de fabriquer des engins explosifs. S’étant (un peu) fait oublié même s’il participait au site Vox-NR et qu’on pouvait le voir dans des manifestations nationalistes, il est réapparu en 2007 avec la publication, sous le pseudonyme d’Hervé Ryssen, d’un ouvrage intitulé Les espérances planétariennes dans lequel il prétendait analyser le discours mondialiste juif. Ayant un peu vendu de sa prose, il a repris sa plume pour sortir une Psychanalyse du judaïsme dont il annonce modestement que c’est « le livre le plus fort, le plus profond mais aussi le plus fracassant qui ait jamais été écrit sur le messianisme juif et l’identité juive ». Il prétend en effet y résoudre de multiples et supposés problèmes juifs comme la question de l’inceste par exemple. Bref, on l’aura compris, Lalin fait partie de la catégorie des antisémites pathologiques et fiers de l’être. Source : REFLEXes []

Laisser un commentaire »