La Meute France : François « Batdaf » Galvaire aurait-il vu le loup ?

22 août 2017 0 Imprimer ce billet Imprimer ce billet

Dimanche dernier, les médias français ont découvert la Meute, dont nous vous parlions la semaine dernière déjà, suite à sa minable manifestation anti-réfugiés à Montréal. Or il se trouve que ce groupe a réussi à developper une identité suffisamment forte pour s’exporter à l’étranger : c’est ainsi qu’est apparu il y a un peu plus d’un an « la Meute France ». Heureusement pour nous, son audience est pour l’instant confidentielle, et ses membres, sous la houlette de François « Batdaf » Galvaire, qui fait à plus de cinquante ans ses débuts en politique dans les pas de l’illustre exemple paternel, ont encore du mal à passer du virtuel au réel…

Grâce aux informations de nos camarades du Greda, nous avons présenté la Meute outre-Atlantique dans un autre article, auquel nous renvoyons la lectrice ou le lecteur, pour nous concentrer sur son antenne franchouillarde, qui peine à singer son grand frère québécois. Comme son modèle à ses débuts, l’activité de la Meute France est pour l’instant quasi-exclusivement virtuelle ; et comme son modèle là encore, le militantisme des membres se réduit pour l’essentiel à acheter des t-shirts et des casquettes et à partager sur les réseaux sociaux les vidéos de leur chef en s’imaginant ainsi « sauver la civilisation européenne ». Dans le même état d’esprit, il est assez cocasse de voir le décalage entre les propos passe-partout de la page d’accueil et ceux de son « chef ».

La Meute, ou l’art du double discours…

Les valeurs de la Meute sont en effet ainsi définies : « tolérance, bienveillance, apolitisme, défense du patrimoine culturel, lutte contre la pauvreté ». Mais quand on lit « le mot  du président », François Galvaire, ce dernier parle surtout de « perte de nos valeurs », d’« immigration massive », d’« ennemi intérieur bénéficiant d’une impunité incompréhensible » (suivez mon regard !!), tout en dénonçant sans peur du paradoxe le « capitalisme triomphant » mais en plaignant les « entrepreneurs poussés au suicide par un RSI délirant, injuste et tout puissant de la force étatique » (ça sent le vécu, on y reviendra). Surtout, le ton est très vite moins amène que sur la page d’accueil : adieu tolérance et bienveillance ! Galvaire prévient : « n’attendez pas de moi que je sois compréhensif, empathique, à l’écoute, aimable, courtois, démocratique, consensuel, tolérant… Je vais vous mener au combat et j’attends de vous que vous soyez déterminés et intraitables. » On verra que ces paroles de va-t-en-guerre sont surtout là pour donner de petits frissons d’excitation à ses fidèles, car dans les faits aucun engagement véritable n’est exigé. Ainsi, comme la Meute canadienne, la Meute France refuserait probablement d’être classée à l’extrême droite, alors qu’elle en a les caractéristiques : racisme à peine voilé, idéologie réactionnaire, complotisme et autoritarisme…

Cependant, on a du mal à saisir comment un mouvement comme la Meute canadienne, qui cherche par tous les moyens à se respectabiliser et surtout à se banaliser, a pu confier son antenne à un personnage comme François Galvaire, qui, de son propre aveu, n’est pas une « pointure », contrairement à son père Jean-François, dont le parcours à l’extrême droite est plutôt conséquent (cf. encadré ci-dessous).

Jean-François Galvaire

Jean-François Galvaire, décédé en 2012, fait ses premiers pas en politique au sein de l’Union de défense de la jeunesse, une association de soutien à Pierre Poujade à la tête de laquelle il remplace Jean-Marie Le Pen. Après un passage par les comités Tixier Vignacour, Jean-François Galvaire rompt finalement avec l’avocat populiste pour préparer en septembre 1969 la création d’Ordre Nouveau (ON) dès septembre 1969 avec les dirigeants du GUD et d’Occident (qui vient d’être dissout), et c’est lui qui préside le congrès fondateur du 13 mai 1970.

 

Entouré, Jean-François Galvaire, avec à sa droite François Brigneau, au meeting fondateur d’Ordre nouveau, le 13 mai 1970.

Pour l’anecdote, révélée par le site Fragments sur les Temps présents, signalons que la veille du meeting, une bombe fait exploser la salle qui devait l’accueillir. Jean-François Galvaire prévient : « il n’y a plus, à partir de ce jour, un seul militant gauchiste en sécurité ». Or selon Jean-Marie le Pen, dans un entretien accordé en 2010, « cette bombe avait été posée par les amis de Galvaire : c’était donc une provocation, une espèce d’auto-attentat ».

Quinze jours plus tard, Galvaire, à peine choisi comme président d’ON, est poussé à la démission après le premier congrès du mouvement : il est en effet jugé « trop modéré » suite à une interview accordée à l’hebdomadaire d’extrême droite Minute dans laquelle il laisse entendre qu’ON entretiendrait de bons rapports « de terrain » (c’est-à-dire dans les bagarres avec l’extrême gauche) avec le Betar, un groupe d’extrême droite juif… Pourtant, difficile de soupçonner Galvaire de philosémitisme, quand on lit ce qu’il écrivait dans L’Élite européenne, revue dans laquelle il invitait  à « s’opposer à l’éternelle et pernicieuse organisation judéo-maçonnique, qui place aux postes de commande ses hommes de paille » !

Réunion de « Faire Front » à Paris. À l’extrême droite, Jean-François Galvaire.

Proche de Jean-Marie Le Pen, qu’il aurait connu dans les bagarres du Quartier latin pour défendre « l’Algérie française », il participe pourtant dans un premier temps en 1974 à la création de son concurrent direct, le Parti des Forces Nouvelles (PFN) dont il anime le mensuel Initiative Nationale, avant de rejoindre le Front National deux ans plus tard, en 1976. Galvaire aurait participé à des tentatives de rapprochements entre le FN et le MSI, principal mouvement néofasciste italien, en particulier à l’occasion d’un congrès du MSI à Rome en 1979.

Mais c’est essentiellement en tant qu’avocat que Jean-François Galvaire va œuvrer non seulement au sein du Front National (en particulier dans ses procès face à la presse), mais aussi au bénéfice de la Fédération Professionnelle Indépendante de la Police (FPIP), un syndicat policier d’extrême droite qui a défrayé la chronique dans les années 1980 car il accueillait en son sein des militants néonazis du PNFE. Non seulement Galvaire défend la FPIP au tribunal, mais il est aussi leur conseiller juridique, et participe à des réunion publique du syndicat, comme celle du 30 mai 1985.

Jean-François Galvaire dans les années 1990.

Membre du bureau politique du FN, Galvaire père s’est implanté localement en Charente dès le début des années 1980 : maire de Benest de 1983 à 1991, il est candidat FN aux législatives de 1997 en Charente-Maritime (où il possède un manoir), il n’obtient que 10,23% des voix. Il est pourtant l’année suivante élu conseiller régional Poitou-Charente.

À la même période, Galvaire s’intéresse aussi à la presse d’extrême droite : il a été président des Amis de National Hebdo dans les années 1990, et a racheté Le Crapouillot en 1991 avec Roland Gaucher.

Mais au moment de la scission, Galvaire choisit de suivre Bruno Mégret, dont il admire l’efficacité, et il poursuit ses mandat sous l’étiquette du MNR, le nouveau parti du « félon ». On le retrouve logiquement sur les listes MNR aux élections européennes de juin 1999, et tout aussi logiquement, il devient le conseiller juridique de Mégret, secrétaire national aux affaires juridiques, mais également secrétaire national à la sécurité et justice du MNR. Au début des années 2000, Jean-François Galvaire décroche son dernier mandat comme conseiller municipal de Saint-Denis.

Rompant avec la politique électoraliste, on le retrouve en 2002 en tant que responsable du Cercle des Hommes Libres, à organiser un dîner-débat avec Guillaume Faye qui venait présenter son livre Avant-guerre, dans lequel le « penseur » d’extrême droite prédit une « troisième guerre mondiale » imminente, résultat du « choc des civilisations » et de « l’offensive islamiste »…

Le 26 janvier 1997 à Bordeaux, ce dernier avait déclaré, à propos de Jean-Marie Le Pen : « Tout est à détruire, puis à refaire (…) Une terre, un peuple, un chef (…) Un chef, rien qu’un chef, mais un chef en tout toujours et partout. Un chef à tout. » Pour ses premiers pas (tardifs) en politique, son fils François a repris à son propre compte les paroles paternels. Mais il faut reconnaitre que son parcours fait un peu pitié comparé à celui de papa…

Galvaire fils n’avait pas, jusqu’à assez récemment, eut l’air de marcher dans les pas de son père.  Ici d’un milieu très aisé, le jeune François est un rebelle qui fait le désespoir de ses parents, et qui passe même quelques temps en prison, à la Santé, dans le quartier psychiatrique. Après avoir enchaîné des petits boulots, c’est peut-être par l’intermédiaire de sa mère, directrice d’école privée, que notre « aventurier » comme il se désigne lui-même finit par se ranger, en se retrouvant devant des élèves d’un lycée privé, mais là non plus sans y trouver son compte.

François Galvaire en 2013. Avant la lycanthropie…

C’est finalement en tant que restaurateur (il est passionné de cuisine) que dans les années 2000, il trouve sa voie professionnelle, là encore avec l’aide de maman : c’est elle en effet qui est la gérante légale du restaurant « Le Sept », à Bordeaux, qui propose des plats du Sud-Ouest jugés par certains clients gras et sans finesse, un peu à l’image de l’humour de son patron qui aime blaguer avec ses clients, à condition qu’ils ne critiquent ni sa cuisine, ni ses manières. Au même moment, en 2008, sous le sobriquet de Batdaf (probable référence aux Bataillons d’Afrique de la fin du XIXe siècle composés de « mauvais garçons », à moins qu’il s’agisse du personnage d’Astérix, un Normand pas finaud avec lequel Galvaire a une certaine ressemblance), il met en ligne son autobiographie, Elle est pas belle la vie ?.

Amertume et frustration en vidéo

Jusque-là, rien que de très ordinaire, et pour tout dire sans grand intérêt, si ce n’est de mieux comprendre son poujadisme hérité de papa. Il faut attendre 2015 pour que le discours politique de Galvaire s’affirme et se précise, et surtout se diffuse plus largement, sous l’effet conjugué de l’actualité (l’attentat contre Charlie Hebdo), de ses déboires personnels (puisque son restaurant met la clé sous la porte) et peut-être aussi de la crise de la cinquantaine (particulièrement sensible dans sa première vidéo « faut que j’te dise », et dans les photos qu’il poste sur les réseaux sociaux).

Galvaire le mytho s’exhibe sur son profil Facebook (public) : faudrait pas vieillir…

Tout commence avec des difficultés financières : Galvaire ayant oublié de payer ses cotisations à l’Urssaf, le matériel de son restaurant est saisi, et il doit régler une dette de plusieurs milliers d’euros. Plein d’amertume, mais avec un style « cash » et une gouaille qui n’est pas sans rappeler celle de Dieudonné (l’obsession islamophobe remplaçant ici celle des juifs, et l’humour en moins), il lance ses premières vidéos, qui mêlent sans originalité ressentiment à l’égard de l’État (en particulièrement son administration fiscale !), islamophobie, machisme ordinaire et sociologie de comptoir. Détournant une formule d’Audiard dans Un Taxi pour Tobrouf, il résume et justifie ainsi sa raison d’être : « Depuis quarante ans, on a trop pensé : mais un con qui s’énerve, ça vaut un paquet d’intellos. » Certaines de ses vidéos sont bloquées, et son compte Facebook suspendu à plusieurs reprises, pour la teneur raciste de leur propos…

L’appel de la forêt

Les choses commencent à devenir concrète en juin 2016, avec la création d’une boutique de t-shirts en ligne, domiciliée à Bordeaux, Batdaf Design, avec des visuels sans ambiguïté et un slogan tout en poésie : « Porte tes couilles…ou fais les porter par ta femme. »

Quelques mois plus tard, Galvaire déclare dans une de ses vidéos qu’il est temps d’arrêter de parler et d’agir : présentant les initiateurs de la Meute au Canada comme des « amis », il annonce la création de « la Meute France », antenne officiellement reconnue par la maison-mère. Galvaire a fait les choses dans les règles, en créant une association du même nom fin 2016, dont il est évidemment le président et dont le trésorier est Philippe Jusla, un ancien militaire reconverti dans le désossage. L’association se présente comme « une force de réflexions et de propositions sur des thèmes chers aux français comme la démocratie, la laïcité, la solidarité, les valeurs républicaines » mais précise quand même défendre avant tout « tout racisme anti-français, ainsi que le droit à l’existence et à la paix des victimes du racisme et de la christianophobie« …

Le président François Galvaire, et son trésorier, Philippe Jusla.

Pour ce qui est de l’organisation interne, elle est censée être la même que celle de leur modèle québécois, puisqu’on y retrouve par exemple les « portiers » chargés de recruter des nouveaux membres, et tout en haut, le membre « Alpha », Galvaire lui-même. En revanche, pas de véritables groupes de travail, mais la volonté sur le site de traiter des sujets de prédilection de ses membres, souvent en lien avec leur situation personnelle : pour tous l’islam ou du moins l’image qu’ils s’en font, pour Galvaire la fiscalité , pour la « responsable Aquitaine » le handicap, pour celle d’île de France l’écologie… On trouve aussi sur le site une rubrique « survivalisme » assez savoureuse, dans laquelle on trouve plusieurs conseils vitaux, comme ne pas oublier de charger son portable avant de quitter son domicile, ou s’acheter un Smartkey pour ne plus trouer ses poches avec ses clés !

Inconnus comme le loup blanc ?

Quelques membres revendiqués de la Meute : une vraie cour des miracles…

Qui peut bien être attirer par une telle bouffonnerie ? En parcourant les profils Facebook des membres revendiquéEs de la Meute France, on croise quelques militaires (vétérans ou en service), un pompier ou de petitEs employéEs, la plupart quinquagénaires, originaires pour l’essentiel de la Gironde ou de la région parisienne, certainEs, finalement plutôt rares, affichant leur sympathie pour le Front National. Mais ce qui frappe justement, c’est l’absence de connexion avec le milieu d’extrême droite, malgré un discours commun. On pouvait s’attendre, vu le discours de Galvaire, à ce que, au minimum, soit relayer les articles crapuleux de Riposte laïque, ou des visuels des Identitaires : mais on comprend très vite qu’ici, ce sont les liens affinitaires qui structurent le groupe, plus que les idées, au demeurant plutôt fumeuses, développées par la Meute. C’est d’ailleurs vrai dans l’autre sens : la Meute s’est développée sur internet depuis maintenant plus d’un an, dans l’indifférence générale du milieu nationaliste, pourtant toujours en quête de nouveaux amis. On peut donc en déduire que la Meute se développe en circuit fermé, s’élargissant au gré des amitiés des uns et des autres, ou dans des sphères communautaires d’un autre genre : ainsi, les motards y sont très présents, le folklore lupin se mariant plutôt bien avec celui des « bikers ».

Quand on parle du loup, on n’en voit même pas la queue

Mais si la Meute est active sur les réseaux sociaux, pour ce qui est de l’action concrète qui était pourtant censée être sa raison d’être, elle est inexistante ou presque, en dehors de deux ou trois maraudes de militantes en Île-de-France, qui ont donné quelques objets de première nécessité à une vingtaine de SDF. Pas de réunion publique, pas de production en dehors des vidéos égocentriques du Chef et d’une revue de presse type digest de Fdesouche, passée récemment de deux à une page.

Boxe, tir à l’arc et apéro : la Meute forme ses militants de demain.

L’appartenance à la Meute reste sans engagement véritable, permettant surtout à des personnes désœuvrées et sans repères d’avoir un semblant de vie politique et sociale tout en s’en prenant aux musulmans, objet de leurs fantasmes et boucs-émissaires de leur frustration. Espérons d’ailleurs que les choses en restent là : n’oublions pas cependant que le modèle québécois a lui aussi commencé sur Facebook, et parvient aujourd’hui, non sans mal grâce à la mobilisation des antifascistes locaux, à se faire entendre, en partie grâce à une certaine complaisance des médias, malgré la posture victimaire adoptée par la Meute.

Que nos loups hexagonaux se le tiennent pour dit s’ils s’avisent de pointer dans la rue le bout de leur truffe : nous serons là, nous aussi, pour les empêcher de hurler leurs insanités islamophobes.

La Horde

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