DEFEND EUROPE : des hommes armés à bord ?

21 juillet 2017 2 Imprimer ce billet Imprimer ce billet

D’après le site antifasciste anglais Hope not Hate, le C-Star, le bateau de la campagne « Defend Europe » menée par plusieurs groupes Identitaires européens, serait bloqué au port de Suez par les services de sécurité, le capitaine n’ayant pas pu présenter une liste de l’équipage conforme. On comprend mieux pourquoi le projet était bloqué depuis près d’une semaine, le bateau n’ayant pas atteint la Méditerranée aux dates prévues. En même temps, vu le passé du propriétaire du navire et l’éventualité d’un équipage armé à bord du C-Star, le légalisme affiché des Identitaires commence à avoir du plomb dans l’aile…

Un armateur condamné pour fraude

Le C-Star appartient à la société Marine Global Services LTD, qui se présente sur son site comme ayant été fondée en 2002 pour proposer des services de sécurité sur les côtes d’Afrique de l’Est, mais précise que « depuis le début de l’année 2017 » elle développe son activité « sur le marché nord-européen pour des navires de surveillance et de poursuite, pour des navires hydrographiques et pour l’entretien et la mise à l’abri des navires. » L’enquête menée par Hope not Hate révèle par ailleurs que Sven Tomas Egerstrom, directeur de Marine Global Services LTD, a été reconnu coupable de fraude en 2002 et condamné à deux ans et demi de prison.

L’enregistrement de la fraude.

Contacté par Hope not Hate, Egerstrom a confirmé que sa société était toujours propriétaire du C-Star, qu’elle a fourni l’équipage à bord et qu’il était informé des intentions de Defend Europe. Quand on lui demande ce qu’il pense du projet d’extrême droite, il déclare :

« La politique n’a pas sa place dans une relation commerciale, en aucun cas. (…) Je ne vois aucun problème avec ce navire qui poursuit des recherches légales dans la zone. »

Et sur l’éventualité d’actes illégaux menés par Defend Europe, il ajoute :

« Nous ne laissons nos navires s’impliquer dans aucune activité illégale, et si cela devait être le cas, nous comptons sur les autorités pour s’en occuper. »

Pourtant, toujours selon Hope not Hate, un groupe d’hommes armés pourraient bien se trouver à bord, en plus des militants et des six membres d’équipage, ce que semblent confirmer les déclarations des deux principaux animateurs de Defend Europe.

Sociétés de sécurité et fusils semi-automatiques

Daniel Fiß, leader des Identitaires allemands, a déclaré au site d’informations Tagesschau.de que le groupe prendrait du personnel de sécurité à bord du C-Star pour « agir » contre les passeurs. De son côté Lorenzo Fiato, leader des Identitaires italiens, a déclaré récemment que l’équipage du navire était ukrainien : or Sven Tomas Egerstrom, le propriétaire suédois du navire de Defend Europe, s’intéresse justement à des sociétés de sécurité armée privée en mer, utilisant spécifiquement du personnel ukrainien.

Selon la Companies House, le registre du commerce britannique, Egerstrom était administrateur et consultant pour la société Seamarshals Risk Management Ltd à partir de décembre 2011, avant de démissionner en mars 2014. Mis à part son autre directeur, Stephen Mark Collins, la seule a avoir un contrôle important de l’entreprise est la société Marshals Group Plc, qui possède 75% ou plus des actions de Seamarshals Risk Management Ltd. Or non seulement Egerstrom a été nommé directeur de Marshals Group Plc le 31 janvier 2017 (le jour même où Stephen Mark Collins a démissionné du rôle de directeur suppléant), mais il détient également 75% ou plus de ses actions.
Or que propose la SeaMarshals Ltd ? des équipes de sécurité en mer équipées de fusils semi-automatiques.

Capture d’écran du site de SeaMarshals Ltd.

La société a récemment déclaré à Wales Online que ses équipages comprenaient des Ukrainiens (elle planifie actuellement une journée de recrutement à Odessa, en Ukraine). Il est également intéressant de noter que SeaMarshals Risk Management Ltd a eu sa certification ISO 28007 suspendue : il s’agit d’une norme internationale pour les entreprises de sécurité maritime privées conçue pour s’assurer qu’ils agissent légalement. MSS Global, qui fournit les certificats, a confirmé la suspension, mais sans en préciser la cause, pour respecter la confidentialité de son client. Notons enfin que la société opère à Djibouti et dans le Canal de Suez, où se trouve le C-Star depuis quelques mois.

Mysterieux rendez-vous sur la mer Rouge

Pourquoi le C-Star et le Jupiter se sont-ils rencontrés ?

Le 12 juillet dernier, en mer Rouge, le C-Star a rencontré le Jupiter, un navire transportant du personnel armé, en route vers le canal de Suez. Or le Jupiter avait déjà stationné à Port Khalid à Sharjah, aux Émirats arabes unis, qui se trouve à seulement 40 minutes en voiture du deuxième bureau de Maritime Global Services LTD, la société d’Egerstrom, à Dubaï. Si rien ne permet de confirmer que le personnel armé du Jupiter a abordé le C-Star, reste à savoir pour quelles raisons les deux navires se sont rencontrés. Il est également intéressant de noter que, selon le Remote Control Project (un groupe de recherche d’Oxford), le C-Star a été enregistré comme «arsenal flottant» en 2014,  c’est-à-dire comme navire utilisé par les compagnies privées de sécurité maritime pour stocker et détenir des armes…

Les intérêts d’Egerstrom dans des sociétés de sécurité employant des hommes armés en mer, le fait qu’il a fourni à Defend Europe un équipage ukrainien, le mystérieux rendez-vous sur la mer Rouge avec un navire transportant des hommes armés : autant d’informations qui amènent à s’interroger sur la possibilité d’un équipage armé à bord du C-Star. Tout comme on peut s’interroger sur les compétences médicales de l’équipage pour réellement venir en aide à des réfugiés en détresse qui croiseraient la route du C-Star, comme les Identitaires s’y sont engagés afin de rester dans la légalité.

« La pire garce du Royaume-Uni » à bord

Malgré toutes ces incertitudes quant à la légalité du projet Defend Europe et les difficultés administratives qu’elle rencontre, la campagne des Identitaires pourrait bien être relancée depuis que Katie Hopkins, célèbre chroniqueuse du Sun surnommée « la pire garce du Royaume-Uni », a annoncé sur Twitter avoir rendez-vous avec l’équipage du C-Star en Sicile, à Catane, pour couvrir pendant une semaine ses sinistres activités.

Il faut dire que Hopkins est surtout connue pour ses sorties racistes particulièrement violentes contre les migrants. En 2015, elle avait titré sa chronique : « Moi, j’utiliserai des navires de guerre pour stopper les migrants« , qu’elle avait comparés à des « cafards« .

Une absence totale d’empathie…

Elle avait surtout fait preuve d’une incroyable absence d’empathie en commençant ainsi sa chronique :

« montrez-moi des images de cercueils, montrez-moi des corps flottant dans l’eau, jouez-moi du violon et montrez-moi des gens maigres et tristes… Je m’en fiche ! »

On comprend mieux son intérêt pour l’odieux projet Defend Europe. Décidément, que du beau monde sur le navire des Identitaires !

Source : Hope not Hate (traduit et adapté par la Horde)

2 commentaires »

  1. Lucia Nar 21 juillet 2017 at 20:05 - Reply

    Petite remarque:
    Malgré la position infâme de Katie Hopkins, c’est dommage que la Horde véhicule son surnom sexiste ( même si c’est elle-même qui l’utilise parfois), dénonçons surtout son racisme, patriotisme, etc, non?

    • La Horde 21 juillet 2017 at 20:20 - Reply

      Le reprendre n’est pas l’approuver… mais ça permet quand même de situer le personnage.

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