Calais : quand Riposte laïque défend Civitas et s’en prend à des lycéens

26 mai 2017 0 Imprimer ce billet Imprimer ce billet

Le groupuscule Riposte laïque (RL), que nous avons déjà présenté ici, s’en est pris à trois jeunes lycéens, tout en soutenant la catholique intégriste Marie-Jeanne Vincent, candidate Civitas aux prochaines législatives. Il nous semble important, même si les militants de RL sont les chihuahuas de l’extrême droite (ça gueule, mais mord rarement), d’apporter des arguments pour répondre à leur anti-antifascisme, et les mettre face à leurs contradictions, sans oublier d’épingler l’incohérence de la candidate Civitas au vue du projet éducatif des catholiques intégristes.

Les militants de RL tentent d’exister travers des articles dont l’outrance des propos n’a d’égal que l’incapacité de leurs auteurs à organiser la moindre action concrète, et leur isolement au sein de l’extrême droite montre que même pour des nationalistes, ils sont difficiles à supporter. Pas étonnant alors d’y retrouver pour l’essentiel de vieux croûtons rassis qui déversent leur fiel à longueur d’articles, surtout dirigé contre les musulmans mais aussi parfois contre celles et ceux qui, en particulier lorsqu’ils sont jeunes, n’ont pas comme eux le racisme chevillé au corps.

Le prototype du pauvre type

C’est ainsi qu’un certain Martin Moisan a récemment cru bon, à coups d’insultes et de menaces à peine voilées sur le site de RL, de s’en prendre violemment à trois lycéens de Calais qui s’étaient insurgé-e-s contre la candidature d’une prof de leur lycée sous l’étiquette Civitas pour les législatives à venir. Ce petit commerçant de Seine-et-Marne, visiblement retraité, nous fait part de ses obsessions islamophobes sur le site de Riposte laïque depuis bientôt dix ans, mais aussi de ses petites remarques sexistes. Car il a visiblement des choses à régler non seulement avec les musulmans, mais aussi avec les femmes[1] et comme par hasard, sur les trois lycéens, c’est surtout à la seule fille du groupe, Manon, qu’il s’en prend. On a visiblement affaire à un pauvre type qui a quelque chose à se prouver ; aussi, quand papy éructe en parlant des lycéens : « et s’ils voulaient en découdre physiquement, même à trois contre un, je ne leur conseille vraiment pas d’essayer… », ce n’est pas de la crainte que nos trois jeunes devraient ressentir, mais de la pitié[2] Il est bien triste d’ailleurs, de voir une personne âgée faire preuve de tant de vulgarité et de si peu de dignité…

« La liberté c’est l’esclavage, le fascisme, c’est l’antifascisme »

En plus de cette agressivité maladive, Moisan reprend une des stratégies actuelles de l’extrême droite pour faire oublier d’où elle vient, en tentant une inversion des rôles toute orwellienne qui prétend, fausse citation de Churchill à l’appui, que « les fascistes d’aujourd’hui s’appelleraient antifascistes »[3]. Pour essayer de donner du sens à cette formule oxymorique, le principal reproche fait aux antifascistes est d’être « anti-démocratiques » tout en étant en même temps téléguidés par le pouvoir (police, services secrets, « lobbies »). La réalité est plus simple : ce que ne peuvent pas supporter les groupes nationalistes, c’est que celles et ceux qui s’opposent à eux soient capables de mettre à jour leurs turpitudes et la réalité de leurs discours. Ainsi, faut-il le rappeler, Riposte laïque se retrouvait en 2010 au local du néonazi Serge Ayoub, avant de se rapprocher (puis de s’éloigner) des Identitaires, tandis que ses dirigeants étaient condamnés à plusieurs reprises pour « incitation à la haine raciale », et qu’on les retrouvait à Hayange bras dessus, bras dessous avec le maire FN de la ville, Fabien Engelmann. Enfin, dernière exemple en date, Caroline Alamachère, collaboratrice régulière de Riposte laïque, sera candidate aux prochaines législatives pour le Parti de la France aux côtés de Thomas Joly, qui n’hésite pas lui non plus à se pavaner aux côtés de néonazis.  Décidément, autour de Moisan, ça sent le moisi…

Civitas, pour la fin de la laïcité et une éducation rétrograde

Mais il ne faudrait pas dans cette histoire oublier l’essentiel : à savoir la candidature sous les couleurs de Civitas (dont nous avons déjà raconté les origines et la formation actuelle) de Marie-Jeanne Vincent, professeure de lettres et de théâtre dans un lycée public. Car si l’engagement politique des enseignants les regardent, du moment qu’ils le gardent pour eux, le point de vue de Civitas sur l’éducation interroge quand même la façon dont Vincent exerce son métier, à moins qu’elle soit totalement schizophrène.

Marie-Jeanne Vincent et Claude Berthelot-Meunier mordent la main qui les nourrit…

Car quel est le projet de Civitas pour l’école ? Publié en décembre 2016 dans le n°62 de sa revue, ce projet écrit par Claude Meunier-Berthelot, elle aussi pourtant nourrie par l’Éducation nationale, ne laisse aucune place à l’ambiguïté. Marie-Jeanne Vincent, en tant qu’enseignante, serait ainsi selon Civitas au service d’une idéologie perverse : « Obligeant les jeunes à s’inscrire dans la logique des valeurs de la république avec obligation de les servir alors qu’aucun texte ne définit ces valeurs (sic), l’institution scolaire et universitaire poursuit le dessein de pervertir la moralité de nos enfants avec des principes totalement contraires aux lois naturelles. » Vincent serait aussi au service de l’anti-France : « Le système scolaire pour nos enfants est anéanti pendant que dans le même temps, un système éducatif parallèle d’excellence en faveur des élèves issus de l’immigration a pris un essor considérable ». Aussi, on ne pourrait que conseiller à Vincent de démissionner, et vite, pour rejoindre une école « véritablement libre », c’est-à-dire hors contrat. Car comme le dit Meunier-Berthelot, il faut que « le peuple français puisse s’affranchir de cette institution républicaine, véritable machine à broyer l’intelligence de nos enfants et à détruire l’identité française ». Alors Marie-Jeanne, prête à renoncer au confort d’un salaire de fonctionnaire pour tes convictions ? Un peu de courage politique, s’il te plaît…

Riposte laïque au secours des intégristes

Notons au passage que Civitas n’a pas cru bon de se fendre d’un communiqué pour défendre sa candidate (le sens du martyr, sans doute), laissant à la fachosphère le soin de le faire. Le site national-catholique Media Presse Info a ainsi fustigé les «ayatollahs de la laïcité » qui ose s’en prendre à Vincent, et dans le même temps c’est de Riposte laïque que sont venues les attaques les plus violentes contre les élèves du lycée de Calais.

Alain Escada (premier en partant de la gauche) et Pierre Cassen (troisième en partant de la gauche) à la même tribune le 9 octobre 2016.

Il s’agit bien entendu d’une unité de façade, et aux journées de Synthèse nationale le 2 octobre 2016, où Alain Escada, président de Civitas, et Pierre Cassen, responsable de Riposte laïque, partageaient la même tribune, les oreilles d’Escada ont dû saigner en entendant Cassen déclarer être content de vivre en France où, dans les écoles publiques, les enfants  « n’enseignent pas (sic) au-dessus d’un crucifix »… Mais Cassen s’est ensuiste rattrapé, en disant qu’il considère la laïcité actuelle comme « d’abord catholicophobe (resic) et ensuite islamophile ». Car qu’on ne s’y trompe pas : ces alliances contre-nature sont rendues possibles par une seule chose, l’islamophobie. Et c’est parce qu’ils ont osé dénoncer ce racisme, cette xénophobie dangereuse, que les trois lycéens de Calais sont devenus la cible d’une vieille barbe.

La Horde

  1. quand on écrit un article intitulé « Un volontaire pour enculer Christine Angot et la calmer ? » ça sent la frustration ! []
  2. Quant à la phrase « Je conseille à X de ne jamais croiser mon chemin », elle conclut plusieurs de ses articles, et c’est visiblement plus une façon un peu pathétique d’affirmer une virilité déclinante que des menaces pouvant se concrétiser. []
  3. Avec la finesse et le sens de la mesure qui le caractérisent, Moisan excelle dans le genre : dans un article de 2015, déjà, il compare les antifas aux SA de Röhm ! []

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